Le procès des assassins présumés du préfet de Corse Claude Erignac tué en février 1998 s'ouvre ce lundi 2 juin 2003 devant la cour d'assises spéciale de Paris en l'absence d'Yvan Colonna, auteur présumé des coups de feu mortels, en fuite et dont le cas a été disjoint.
Huit nationalistes corses sont accusés d'être soit les "exécutants" ou leurs complices pour six d'entre eux, soit les "inspirateurs", pour les deux autres, de l'assassinat de Claude Erignac, préfet de Corse, tué à 60 ans de trois balles dans la nuque à Ajaccio le 6 février 1998 alors qu'il se rendait à un concert au Kallisté à Ajaccio.
L'auteur présumé des coups de feu, Yvan Colonna, ne sera pas jugé. Il a pour l’heure échappé à toutes les polices depuis plus de quatre ans. Son cas a été disjoint pour permettre la poursuite des recherches le concernant tout en jugeant les autres.
Dans le box, Jean Castela, 43 ans, et Vincent Andriuzzi, 47 ans, tous deux enseignants, sont accusés d'être les "intellectuels" du groupe et "les inspirateurs" du crime. Ce qu'ils contestent farouchement.
À leurs côtés, Alain Ferrandi, 42 ans, Didier Maranelli, 38 ans, Martin Ottaviani, 35 ans, Pierre Alessandri, 44 ans, Marcel Istria, 46 ans, et Joseph Versini, 45 ans, sont considérés comme exécutants ou ayant participé à des actes préparatoires. Cinq d'entre eux ont reconnu les faits, certains désignant nommément Yvan Colonna comme le tueur avant de se rétracter.
Tous encourent une peine de réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans. C’est vraisemblablement sur cette sûreté que se jouera le procès.
Trois autres hommes, Jean-Philippe Antolini, Benoît Fustier et Stéphane Monti, doivent comparaître pour leur participation à deux séries d'attentats en 1994 et 1997, jointes au dossier principal et qui seront examinées en premier. C’est d’ailleurs là l’un des rares aspects scandaleux de ce procès si particulier : joindre le cas de ces trois mis en examen apparaît comme une manière de donner une cohérence insidieuse à des affaires qui, a priori, n’en ont aucune.
L’ancien ministre de l’intérieur Jean-Pierre Chevènement, jamais en manque d’imagination, l’a d’ailleurs très bien compris, puisque selon lui « c’est le (qui) FLNC a commandité l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac le 6 février 1998 à Ajaccio ». Ce qui n’est étayé par aucune preuve et surtout va à l’encontre de l’enchaînement des faits. Mais qu’importe : après la thèse de la mafia, celle de la piste agricole, de la piste intellectuelle, Jean-Pierre Chevènement en rajoute dans le gendre confus et au risque pour le coup de faire passer le procès pour un procès politique ce qui curieusement rejoindrait les positions des nationalistes.
L'actuel ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, en déplacement vendredi en Corse, a d’ailleurs réfuté la thèse de Jean-Pierre Chevènement. "Le procès Erignac relève exclusivement du droit pénal sans revêtir une quelconque dimension politique", a-t-il déclaré.
Conséquence de l’affaire Antolini-Fustier-Monti, l'assassinat du préfet Erignac ne devrait donc pas être abordé avant "la mi-juin", indique-t-on au ministère de la Justice.
L'assassinat du préfet de Corse a été attribué par les enquêteurs à un groupe de neuf militants cherchant à "refonder" le combat nationaliste après les luttes entre factions rivales des années 90.
L'objectif du commando, composé de militants purs et durs "en rupture avec le FLNC", était "de créer un électrochoc pour les nationalistes, pour la Corse, pour le peuple et l'État, en visant un symbole de l'État en Corse".
Les clandestins du "groupe des anonymes" avaient pris la décision de faire quelques actions très symboliques pour qu'elles se distinguent de celles perpétrées par les autres branches armées du mouvement nationaliste. Selon les déclarations de certains accusés devant les enquêteurs, l'idée était progressivement venue d'assassiner le préfet de Corse en sa qualité de plus haut représentant de l'État sur l'île et de ce fait "cible la plus symbolique".
La première opération, celle de l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella, n’avait en définitive créé aucun remous ce qui avait profondément déçu le groupe sans-nom. D’où la « nécessité » de mettre la barre toujours plus haut.
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