La cour d'assises spéciale de Paris a interrogé mercredi Joseph Versini, seul membre du commando accusé de l'assassinat de Claude Erignac à avoir refusé de participer directement à l'attentat contre le préfet de Corse.
Au 17e jour du procès des huit suspects de ce crime, cet agriculteur de 45 ans a expliqué qu'il n'avait pas été capable, à la différence de certains de ses co-accusés, d'accepter l'idée de tuer un homme.
"J'étais d'accord avec le choix du symbole de l'État mais je ne voulais pas tuer l'homme (...) Je ne me sentais pas capable de monter sur une action comme celle-là", a-t-il dit à la barre.
Jugé pour "complicité d'assassinat" en raison de sa participation à des réunions préparatoires à l'attentat, Joseph Versini encourt la réclusion à perpétuité bien que l'enquête ait établi qu'il n'était pas présent à Ajaccio le 6 février 1998.
Perturbé par le crime qui allait se commettre, l'éleveur était ce soir-là dans sa ferme, alité avec une forte fièvre.
Lors des réunions préparatoires début 1998 avec les autres membres du groupe, il avait d'abord été question d'enlever le préfet, puis l'idée de le tuer a été retenue, a-t-il expliqué.
Joseph Versini a reconnu qu'il n'avait rien fait pour dissuader ses camarades. Il a ajouté qu'il n'avait pas participé à la revendication et n'avait plus parlé du crime avec eux jusqu'à son arrestation en mai 1999.
"Bien sûr que je regrette la mort du préfet Erignac, comme je regrette la mort de plusieurs de mes compatriotes (...) Je reste solidaire du groupe, je ne suis pas juge, mais l'action, je m'en suis détaché", a-t-il dit.
Dans ses premières déclarations en 1999, Joseph Versini expliquait qu'il figurait deux ans plus tôt avec Yvan Colonna, Alain Ferrandi et Pierre Alessandri parmi les fondateurs d'un nouveau groupe clandestin.
Didier Maranelli, Marcel Istria, puis Martin Ottaviani les avaient ensuite rejoints, expliquait-il. Au-dessus de ce groupe, "il y avait d'autres gens que je ne connaissais pas, mais je savais qu'Alain Ferrandi les connaissait et faisait le lien avec eux", précisait Joseph Versini dans ses premières déclarations lues à l'audience.
Il est revenu cette fois-ci sur le récit de la préparation du crime qu'il avait fait à l'instruction, tentant désormais d'innocenter Yvan Colonna, l'auteur présumé des coups de feu actuellement en fuite.
A la barre, il a expliqué mercredi que la police et le juge d'instruction avaient fait pression sur lui pour qu'il mentionne les noms de Marcel Istria (accusé présent dans le box mais qui, à la différence des autres, nie toute implication) et d'Yvan Colonna, et pour qu'il parle également "d'autres gens".
En dehors de ces déclarations initiales et de quelques indices, l'accusation n'a guère d'éléments à charge contre les enseignants Jean Castela et Vincent Andriuzzi, les deux accusés qui auraient été, selon l'avocat général, ces "autres gens", concepteurs du crime.
En fin d'audience, la cour a examiné un de ces indices, un texte retrouvé dans l'ordinateur de Vincent Andriuzzi. Il s'agit, semble-t-il, d'un document interne au FLNC-Canal historique, rédigé entre 1993 et 1998, où l'auteur fait des propositions d'organisation.
Vincent Andriuzzi a alors expliqué qu'il n'avait "rien à voir avec ce texte" et a parlé d'un "montage" réalisé par la police après son arrestation.
Séance donc sans surprise qui donne l’impression que les accusés parviennent à s’en tenir à une ligne de défense basée sur trois éléments :
- Ils ont subi des pressions de la police qui les a forcés à donner des noms. Assertion hautement improbable puisque, rappelons-le, les policiers de la DNAT étaient à cent lieues de penser qu’ils tenaient les coupables.
- Yvan Colonna n’était pas là. Mais aucun d’entre eux n’a expliqué pourquoi ils ont donné le nom d’Yvan Colonna qui n’était pas repéré par les policiers.
- Le refus d’expliquer le rôle des uns et des autres qui permettra peut-être d’alléger les condamnations de quelques-uns même si en droit discuter de l’assassinat d’un homme sans dénoncer cet acte ouvre la voie à une condamnation aussi lourde que celle requise pour le geste lui-même.
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