La dixième audience du procès de l'assassinat de Claude Erignac a été consacrée lundi sur un voyage à Strasbourg, trois mois avant un attentat contre les locaux de l'Ena, de Jean Castela, présenté par l'accusation comme le "cerveau" qui a conçu le meurtre du préfet de Corse en 1998.
C'est ce mardi que la cour d'assises spéciale de Paris commencera réellement à aborder les faits directement liés à l'assassinat de Claude Erignac.
Jean Castela est soupçonné d’avoir le concepteur d’attentats qui préparaient en fait cet assassinat et dont la plupart ont été exécutés par le groupe des anonymes, responsable de l’assassinat du préfet.
Parmi ces opérations, l'attentat contre les locaux de l'École nationale d'administration (Ena) perpétré à Strasbourg le 4 septembre 1997 a été la première des opérations revendiquées par les assassins du préfet. Or, en juin, Jean Castela s'était rendu dans la capitale alsacienne - selon l'accusation pour préparer cet attentat.
Pour expliquer son voyage à Strasbourg en compagnie d'un autre accusé, Jean-Philippe Antolini, l'un de ses étudiants, le professeur d'histoire-géographie a longuement développé lundi son intérêt pour l'architecture gothique. Explication réellement baroque !
Il s'agissait de visiter la cathédrale de la ville, a dit Jean Castela. "En Corse, nous n'avons pas d'art gothique, seulement le roman et le baroque. Il était donc intéressant de présenter un autre style", a-t-il expliqué. Lumineux comme la révélation divine.
Il a ajouté qu'il s'était ensuite rendu dans le Jura suisse pour y rencontrer des militants autonomistes. Il est vrai qu’il avait souvent écrit dans le Ribombu sur ce mouvement séparatiste.
Pour l'accusation, la visite à Strasbourg couvrait un "repérage" en vue de l'attentat à l'explosif contre l'Ena.
L'avocat général Yves Janier a souligné que les deux hommes étaient descendus dans un hôtel proche des locaux de l'école où ils n'ont pas donné leurs véritables identités.
La défense a produit des documents démontrant que les deux hommes s'étaient bien rendus en Suisse après leur passage à Strasbourg. Elle a présenté un mémoire d'étudiant où Jean-Philippe Antolini a consigné des remarques sur "l'archéodrome de Bourgogne" visité sur la route en juin 1997. Jusqu’à ce mardi nous resterons donc dans cette pénible impression d’à peu près d’un côté comme de l’autre.
Ce mardi, la cour va aborder pendant treize audiences, jusqu'au 3 juillet, les faits concernant l'assassinat du préfet.
Cinq accusés reconnaissent leur participation au meurtre de Claude Erignac: Pierre Alessandri, 43 ans, Alain Ferrandi, 42 ans, Joseph Versini, 45 ans, Martin Ottaviani, 35 ans, et Didier Maranelli, 37 ans.
Trois autres nient les faits: Marcel Istria, 46 ans, Vincent Andriuzzi, 47 ans, et Jean Castela. Jean-Philippe Antolini n’est pas mis en examen pour l’assassinat du préfet.
Marcel Istria est mis en cause par ses co-accusés comme participant, Vincent Andriuzzi et Jean Castela derniers sont censés avoir conçu l'action.
Une filature policière a établi que Castela et Andriuzzi s'étaient rencontrés pendant près de quatre heures au domicile de la sœur d'Alain Ferrandi à Ajaccio le 19 août 1998. Les deux hommes affirment que cette rencontre portait sur des affaires communes dans l'immobilier.
L'accusation dispose aussi de relevés téléphoniques montrant que Jean Castela a reçu, d'un correspondant inconnu, trois appels très courts sur son portable et un appel de deux secondes à son domicile le soir de l'assassinat du préfet. Il prétend qu’il s’agissait de faux numéros.
Selon Maranelli, Ferrandi et Alessandri, c'est Yvan Colonna, 43 ans, en fuite depuis mai 1999, qui a fait feu trois fois sur le préfet Erignac au soir du 6 février 1998. Ils sont ensuite revenus sur ces déclarations.
Dans une lettre envoyée fin 2000 à un périodique nationaliste, Yvan Colonna clamait son innocence et disait ne pas comprendre pourquoi ses amis le mettaient en cause.
Le porte-parole de Corsica Nazione Jean-Guy Talamoni a estimé lundi que le procès des assassins présumés du préfet de Corse, Claude Erignac, "est politique de toute évidence" et qu'il serait "vain et grotesque de le contester".
"Le procès est politique de toute évidence. Je crois qu'il serait vain et même grotesque de le contester", a-t-il affirmé sur RTL. Le dirigeant nationaliste corse souhaiterait que "le drame de l'attentat contre le préfet Erignac" soit replacé dans le contexte des "nombreux drames" qui "pèsent sur la Corse".
"Il serait injuste de faire reposer sur les seules épaules des accusés l'ensemble de la problématique et les drames qui sont liés à cette problématique", a jugé le chef de file des élus nationalistes à l'Assemblée de Corse pour qui "il y a de multiples responsabilités" dans cette situation.
M. Talamoni a demandé que l'État français et les Corses construisent un dialogue pour "essayer de construire une nouvelle situation dans laquelle plus personne n'aura à payer de sa vie le problème corse, qu'il s'agisse d'un préfet, d'un gendarme ou d'un militant nationaliste".
La Cour d'assises spéciale de Paris doit entendre M. Talamoni le 3 juillet à la demande de la défense des onze nationalistes corses, dont huit sont accusés d'avoir participé à l'assassinat du préfet Erignac le 6 février 1998 à Ajaccio.
Monsieur Talamoni en s’exprimant ainsi se trompe sur deux points. Le premier est que si l’assassinat du préfet Erignac est indubitablement politique, le procès ne l’est pas puisqu’il juge un assassinat. Ou alors il faut affirmer que lorsqu’un islamiste qui a tué des innocents est jugé, son procès est également politique. Lorsque des militants d’extrême-droite tuent un homme parce qu’il est noir, c’est également politique. En conséquence le terme de politique n’a plus grand-chose de discriminant.
La deuxième erreur de Monsieur Talamoni est de considérer que la France et les Corses doivent construire un dialogue. Jusqu’à nouvel ordre, les nationalistes toutes tendances confondues réunissent à peine un quart des suffrages exprimés. Ce qui signifie que 75% de l’électorat de Corse n’est pas d’accord. Et si on mesure le poids de l’indépendantisme en Corse, on tombe à moins de 10%. C’est léger pour se prétendre le porte-parole des Corses.
Enfin monsieur Talamoni devrait se rappeler que si les assassins du préfet Erignac sont aujourd’hui jugés c’est en grande partie grâce aux renseignements donnés par ses propres amis que cet acte gênait grandement comme en témoignent les déclarations de Charles Pieri et de François Santoni que nous avons publiés dans ces colonnes. À l’époque Monsieur Talamoni occupait les mêmes fonctions qu’aujourd’hui mais il a la mémoire élastique.
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