L’État se porte enfin partie civile dans l’affaire Érignac
Jun 4, 2003
Auteur: L'investigateur

Le procès des assassins présumés du préfet Claude Erignac a repris mardi matin devant la cour d'assises spéciale de Paris avec la poursuite de la lecture des actes d'accusations. Le procès,se tient face à une cour uniquement composée de magistrats et ne prendra fin qu’à la mi-juillet.

La lecture des actes d'accusation, qui a débuté lundi, s’est poursuivie une partie de la matinée avec surtout l'arrêt de renvoi concernant l'assassinat du préfet, le 6 février 1998, abattu de trois balles dans la nuque alors qu'il marchait seul dans une rue d'Ajaccio pour se rendre à un concert.

L'audience a été ensuite consacrée à l'examen de la personnalité des accusés. Mme Erignac était absente ce matin à la reprise des débats. Ses enfants étaient présents sur les bancs de la partie civile tandis que leur oncle se tenait un peu plus loin. La rumeur rapporte que rien ne va plus entre la famille Erignac et l’épouse du défunt préfet.

Des proches des accusés ont fait le déplacement de Corse mais la plupart, notamment les épouses ou compagnes, ne pourront assister au procès avant d'être entendus comme témoins, les 26 et 27 juin. Seront également appelés à la barre pour témoigner de nombreux policiers, dont Roger Marion qui avait mené l'enquête dans des conditions toujours controversées en raison notamment de l'arrestation ratée d'Yvan Colonna, tueur présumé du préfet. Témoigneront en outre deux figures du nationalisme corse, Edmond Simeoni et Jean-Guy Talamoni.

Maître Vincent Stagnara qui défend plusieurs des mis en examen a déclaré : "Ca va être un procès long et complexe. Il nous faudra expliquer inlassablement pourquoi des hommes ordinaires, insérés dans la société, ont fait un tel geste". Maître Stagnara sait de quoi il parle lui qui pourrait être jugé « inséré dans la société » et à qui la rumeur attribue un rôle important dans le FLNC jusqu’à il y a quelques années. N’a-t-il pas fait partie de ce quarteron d’avocats nationalistes qui avaient applaudi lorsque des représentants du FLNC avaient revendiqué, il y a exactement dix ans, l’assassinat de Robert Sozzi ? C’est dire si Maître Stagnara plaiderait pro domo.
Pour cela, il faut "prendre en compte le contexte historique de la Corse", a insisté son collègue Me Lucien Felli, pour qui cette affaire "est éminemment politique". Rappelons pour mémoire qu’en 1998, la Corse n’avait jamais connu de période aussi calme, que François Santoni se trouvait en prison et que se préparait un scrutin démocratique à savoir les élections territoriales. Et c’est pour cela que le commando a abattu le préfet, afin de troubler la période.
Les mis en examen ont donc confirmé lundi leur identité avant d'écouter silencieusement la fastidieuse lecture des actes d'accusation.

Très affaibli par un accident cardiaque en prison, Jean Castela, 43 ans, soupçonné d'être l'un des inspirateurs de l'assassinat du préfet, a été autorisé à ne pas se lever pour répondre aux questions de la cour, contrairement aux usages.

Non représenté lors de l'instruction, l'État s'est enfin constitué partie civile au premier jour du procès et entend "démontrer la culpabilité des accusés", a insisté l'un de ses avocats, Me Benoît Chabert. De manière étonnante, le témoignage du préfet Bonnet, tout de même essentiel n’a été requis par aucune des parties. Celui-ci a pourtant écrit ,sans obtenir de réponse, les 8 mai et 20 mai 2003 au procureur général Nadal pour lui proposer de témoigner dans le procès des assassins présumés de son prédécesseur.

Il a saisi par lettre recommandée le 30 mai 2003 le président Yves Jacob de son intention de témoigner sans effet à ce jour. Pourquoi ne veut-on pas entendre celui qui a été en grande partie responsable de l’arrestation des assassins du préfet ? Que craint-on de cet homme sinon peut-être la révélation de fautes commises au plus haut niveau par l’état ?
D’autant que le planning du procès permet de constater que des hommes comme Antoine Rufenacht, maire UMP du Havre et président d'une association pour le souvenir de Claude Erignac n’a qu’un rapport lointain avec l’assassinat du préfet.

Calendrier du procès

mois de juin
- 3 et 4 juin : examen des personnalités des accusés.
- 5: témoignage du commissaire Roger Marion, ex-directeur central adjoint de la PJ.
- 6 et 10: examen des attentats perpétrés en 1994 à Mende, Nice et Paris
- Du 11 au 13 puis le 16: examen des attentats perpétrés en 1997 à Strasbourg (contre l'ENA), à Vichy et contre la gendarmerie de Pietrosella.
- 17: examen de l'assassinat du préfet Claude Erignac. Sa veuve pourrait prendre la parole "si elle le désire", selon le président de la cour. Témoignage du commissaire Demetrius Dragacci, chef de la police judiciaire d'Ajaccio à l'époque.
- 26 et 27: témoignages des compagnes des accusés.

mois de Juillet
- 2: témoignages de membres de la famille d'Yvan Colonna, tueur présumé du préfet, toujours en fuite.
- 3: témoignages des leaders nationalistes Edmond Simeoni et Jean-Guy Talamoni, cités par la défense.
- 4: témoignage du maire UMP du Havre, Antoine Rufenacht, président d'une association pour le souvenir de Claude Erignac.
(le 6 juillet les Corses votent pour ou contre le projet du gouvernement relatif à une collectivité unique)
- à partir du 7: plaidoiries des parties civiles, réquisitoire de l'accusation et plaidoiries de la défense.

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