Erignac : un verdict très lourd et injuste qui mettra le feu aux poudres
Jul 12, 2003
Auteur: L'investigateur

Après six semaines de procès et sept heures de délibérations, les sept magistrats de la cour d'assises spéciale ont prononcé la peine maximale contre Alain Ferrandi, 42 ans, et Pierre Alessandri, 44 ans, les deux hommes qui auraient accompagné Yvan Colonna pour tuer le préfet.

Ils ont condamné à trente ans de réclusion Vincent Andriuzzi, 47 ans, et Jean Castela, 43 ans, présentés par l'accusation comme les "cerveaux" du crime.

Une peine de vingt-cinq ans de réclusion a été prononcée contre Didier Maranelli, 38 ans, qui aurait "couvert" les tueurs, une peine de vingt ans contre Martin Ottaviani, 35 ans, et contre Marcel Istria, 46 ans, impliqués dans le transport des assassins.

Enfin, Joseph Versini, 45 ans, qui a participé à des réunions préparatoires mais a refusé de participer directement au crime, a été condamné à 15 ans de réclusion.

Claude Erignac avait été tué de trois balles le 6 février 1998 à Ajaccio. Le verdict était très attendu en Corse, où les indépendantistes menaçaient plus ou moins explicitement avant le verdict d'intensifier les attentats et la violence.

À Paris, les proches des condamnés ont entonné le "Diu vi salve Regina", hymne national corse, le poing levé, provoquant l'intervention des gendarmes. Alors que les gendarmes l'emmenaient. Alain Ferrandi a crié en langue corse : "Evviva a lotta !" (vive la lutte !).

Dans les couloirs, surveillés par des dizaines de gendarmes, les proches des accusés ont continué de protester bruyamment et des incidents ont éclaté entre eux et les photographes.

Les avocats de Vincent Andriuzzi et Jean Castela, qui demandaient l'acquittement, ont annoncé leur décision de faire appel de l'arrêt, ce qui provoquera automatiquement l'organisation d'un nouveau procès. Les avocats des autres accusés ne se sont pas prononcés dans l'immédiat.

"C'est honteux, ce jugement est une honte", a hurlé Me Eric Dupond-Morretti, avocat de Jean Castela. Me Philippe Lemaire, avocat de la famille Erignac, s'est déclaré satisfait.

"C'est un verdict qui est normal compte tenu des faits perpétrés, qui sont ce que l'on peut faire de plus grave, l'assassinat d'un homme. La justice est passée", a-t-il dit.

Lundi dernier, le procureur général Jean-Louis Nadal et ses avocats généraux avaient demandé quatre peines de perpétuité pour Jean Castela, Vincent Andriuzzi, Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, sollicitant de surcroît une période de sûreté incompressible de 22 ans pour les trois premiers.

Ils avaient demandé par ailleurs 25 ans de réclusion pour Didier Maranelli et Martin Ottaviani, ainsi que 20 ans pour Joseph Versini et Marcel Istria.

Dans des dossiers distincts de l'affaire Erignac, Jean-Philippe Antolini a été condamné par la même cour à 10 ans de réclusion pour un attentat contre l'ENA à Strasbourg en 1997. Là encore il n’y avait aucune preuve sinon des présomptions. Antolini avait toujours nié. Benoît Fustier et Stéphane Monti , dont on se demande ce qu’ils faisaient dans ce cadre judiciaire, ont pour leur part été condamnés à cinq ans de prison dont quatre avec sursis pour une action contre un concours de l'éducation nationale en 1994 à Nice.

Un verdict complexe

L’intérêt du procès des présumés assassins du préfet Erignac était son impartialité et son caractère indubitable. Ce devait être le procès de personnes mis en examen pour l’assassinat d’un préfet et non celui de militants politiques. Une majorité d’avocats se sont d’ailleurs trompé de stratégie en voulant absolument expliquer l’assassinat par un contexte politique illisible depuis le continent. Ce faisant ils ont globalisé la cause de leurs clients alors qu’il eut mieux valu leur rendre leur responsabilité individuelle. Ce faisant ils auraient obligé les juges à voir des hommes là où ils n’ont perçu que les instruments d’un acte global.

L’impression dominante est donc que les juges ont rendu un verdict terriblement politique, un verdict de vengeance. C’est d’ailleurs ce qu’ont déclaré les indépendantistes. Or, en Corse, le mot de « vengeance » est chargé de violence. À la vengeance on répond par la vengeance. Désormais , chacun est suspendu aux conséquences des condamnations.

Et si demain il s’avère que ces condamnations coûtaient de nouvelles vies humaines, alors la justice aurait failli.

Son rôle aurait dû être celui de la conciliation entre les intérêts de la société et celui des victimes, cherchant à éviter des troubles futurs qui risquent de faire couler le sang. La position des indépendantistes, qui est une position affective avant d’être politique, risque d’être comprise par une
grande partie de la population corse pour qui le verdict est troublant.

Contre ceux des accusés qui avaient avoué, on voit difficilement comment la peine aurait pu être différente. La perpétuité est infligé ici en guise de symbole car on voit mal en quoi 30 ans ou la perpétuité sont différents. L’important était d’éviter l’incompressibilité requise par l’avocat général qui fermait la porte à toute espérance de règlement ultérieur. En Corse, tout le monde peut comprendre pourquoi ceux-là ont été très lourdement condamnés. Ils ont agi en adultes responsables et devaient être jugés comme tels.
L’absence d’incompressibilité doit donc être saisie comme une chance future pour que la peine soit réduite. Il reste à savoir le moyen d’y arriver. Et les clandestins n’en connaissent qu’un : la violence qui, à leurs yeux, peut faire changer d’avis un pouvoir politique. Si eux seuls avaient été condamnés aussi lourdement, chacun en Corse l’aurait accepté.

Mais il y a les autres, toutes les autres.

L’acceptation par leur peuple d’une justice rigoureuse exige que les condamnations soient fondées sur des preuves matérielles tangibles ou au moins sur un début de preuves. Il faut que le peuple puisse se dire en son for intérieur : « Mais c’est vrai ce qu’ont dit les juges. Les éléments qu’ils ont produits permettaient qu’on les condamnât ou qu’on ne les condamnât pas ». Sans une telle réflexion intime qui entre en concordance avec le jugement, la justice est ressentie comme le fruit d’un rapport de forces qu’on subit ou qu’on cherche à changer. Pour ce qui concerne Castela et Andriuzzi, il n’y avait rien sinon l’intime conviction des policiers. Que Castela ait été condamné pour l’attentat du rectorat qu’il avait avoué à mi voix, n’avait rien de révoltant.

Mais il aurait du être acquitté pour un assassinat qu’il n’a cessé denier et qui n’a jamais été étayé par la moindre preuve. Compte tenu de cette absence de preuves, 30 ans, c’est exorbitant.

Pour Andriuzzi, la condamnation est plus terrible encore puisqu’il n’est même pas soupçonné d’avoir exécuté le moindre acte violent. 30 ans, c’est tout simplement atroce.

Et que dire de Marcel Istria qui, depuis le début, n’a pas dévié de sa ligne de conduite, refusant d’endosser la moindre responsabilité et contre lequel rien n’a été prouvé. Mis en cause par des accusés, il a ensuite été mis hors de cause. Il a été condamné à 20 ans. C’est ubuesque

Le guetteur, Didier Maranelli, a été condamné à 25 ans de détention, une peine qui punit devant les Assises un assassinat commis sur plusieurs personnes avec actes de barbarie. Le chauffeur, Martin Ottaviani, a été condamné à 20 ans.

Enfin Joseph Versini, qui avait participé à au moins une réunion préparatoire puis avait refusé de participer à une action qui consistait à "tuer un homme", selon ses propres termes, a été condamné à 15 ans, la peine qui punit généralement un assassinat de droit commun.

Il paraît donc que ces peines sont légèrement inférieures aux demandes de l'accusation. C’est heureux.
Certains avocats, notamment ceux d'Andriuzzi et de Castela, qui avaient plaidé l'acquittement, ont d'ores et déjà annoncé qu'ils faisaient appel du verdict.

L’attitude de la Cour d’Assises constitue une faute. Les juges professionnels avaient la possibilité de juger avec discernement. C’était même leur devoir. Il devait trouver une voie médiane qui satisfasse la famille Erignac, indique la détermination de l’état mais désamorce un éventuel sentiment d’injustice des Corses. Ce faisant il apaisait la situation dans l’île où ; la population n’a jamais été tendres avec les assassins du préfet Erignac mais redoute plus que tout les effets de l’injustice. De toutes époques, c’est l’injustice qui a été pourvoyeuse de la fameuse « vendetta » dont on a beaucoup parlé ces derniers jours.

Comment se présentent les jours à venir ?

Comment se présentent les jours à venir ? De la plus mauvaise manière qui soit, il faut l’avouer. Les premières réactions en Corse venues de la population sont l’abasourdissement et la révolte. Les magistrats auront réussi en une décision à créer une base réelle à une clandestinité qui va se mettre en branle dès cette nuit.

Les arrestations de complices présumés d’Yvan Colonna, la décision de justice et la victoire du non ont crée en quelques jours un climat épouvantable dont on se demande comment il va évoluer. Selon des rumeurs fiables, de petits groupes de clandestins sont déjà prêts à agir quelle que soit la décision des directions clandestines. Des cibles sont prêtes. La rumeur encore elle parle de gendarmeries mitraillées. Pire de cibles humaines visées. On dit encore que le 14 juillet risque d’être salué d’une manière sanglante. La Corse, de nouveau, part à la rencontre de ses vieux démons. Les magistrats, engoncés dans leur robe d’apparat, ont rendu un verdict que beaucoup de braves gens vont payer d’une façon terrible. En voulant signifier que le préfet Erignac était vengé, ils ont ouvert une atroce boîte de Pandore.

Quant à Yvan Colonna, on ne voit plus guère d’espoirs pour son avenir judiciaire. Si Castela, Andriuzzi et Istria, malgré leur dénégation ont plongé pour des décennies, celui que la presse et la police ont d’ores et déjà condamné, ne pourra pas échapper à un verdict terrible : la perpétuité assortie d’incompressibilité. Dans de telles conditions, sa défense aura intérêt à se défendre par tous les moyens, à provoquer une crise majeure de façon à pouvoir redistribuer la donne. Les semaines à venir s’annoncent terribles sur tous les plans. À la crétinerie institutionnelle va répondre la crétinerie clandestine. À l’attitude symboliquement criminelle des magistrats professionnels (car l’intransigeance est souvent pourvoyeuse de crimes) va s’opposer l’attitude authentiquement criminelle de fanatiques déchaînés.

Tout cela sonne le glas de bien des espoirs. « Avemu l’odiu in corpu » (Nous avons la haine au ventre) nous a déclaré un militant clandestin bien décidé à en découdre. Les clandestins devraient d’abord penser aux détenus et s’interroger sur le fait de savoir si de nouveaux drames joueront en faveur de ceux qu’ils prétendent vouloir aider. La réponse est évidemment négative et la Corse en a assez du sang, des larmes et des explosions. Une mesure d’apaisement pourrait évidemment être la tenue d’une promesse faite il y a quelques mois : le transfert à Borgo des détenus condamnés de telle façon à ce qu’ils puissent être visités par leur famille. Mais monsieur Sarkozy se rapelle-t-il encore de cette promesse faite par lui-même et le Garde des Sceaux ?

"Une vengeance", selon les indépendantistes

Le verdict rendu dans le procès Erignac constitue "davantage une vengeance qu'une décision judiciaire", ont déclaré vendredi dans un communiqué les organisations nationalistes Corsica Nazione et Indipendenza.

"Face à un verdict constituant davantage une vengeance qu'une décision judiciaire, Corsica Nazione et Indipendenza apportent leur total soutien patriotique aux condamnés", écrivent dans un communiqué le porte-parole de Corsica Nazione Jean-Guy Talamoni et le représentant de l'exécutif d'Indipendenza François Sargentini. Les deux organisations nationalistes "Corsica Nazione et Indipendenza appellent le peuple corse à la mobilisation et à répondre massivement aux appels du comité anti-répression", une association nationaliste de soutien aux prisonniers, poursuit le texte. À propos des condamnés au procès Erignac, le communiqué ajoute: "tous ceux qui se reconnaissent dans le mouvement national sont ce soir auprès d'eux et de leur famille, les entourant de leur solidarité et de leur affection".

Dans un message rendu public peu après le verdict, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a affirmé de son côté: "Faisons en sorte que plus jamais de tels drames ne se produisent". Il a souhaité que la Corse "accepte de tourner la page de la violence". Il faut d’abord le souhaiter pour elle-même

La famille Erignac va enfin pouvoir faire son deuil

La dignité de la famille du préfet Erignac, son absence de sentiment de haine ou de vengeance au cours des six semaines d'audience au procès des assassins présumés de son époux, ont été unanimement salué par les avocats de la défense mais aussi par les accusés. Les membres de la famille Erignac vont enfin pouvoir faire leur deuil.

"Vous être une femme d'honneur", a salué Me Vincent Stagnara s'adressant à Dominique Erignac et reprenant le titre d'un portrait qui lui a été consacré dans la presse. Avocat de trois des nationalistes qui ont reconnu avoir participé à l'assassinat, il poursuit "vous êtes cela mais vous êtes davantage". Vincent Stagnara s’est exprimé sans qu’on sache exactement s’il parlait ainsi par intérêt ou par conviction.

Toujours vêtue de couleur sombre, assise face aux accusés et à leurs conseils, Mme Erignac a assistée attentive à plus de quatre semaines d'audience consacrée à la mort de son mari, laissant peu transparaître ses émotions. Parfois elle s'asseyait de profil et regardait le sol, assises aux côtés de ses deux enfants, Christophine, 30 ans, et Charles Antoine, 26 ans.

S'exprimant devant la cour le 3 juillet, l'épouse et les deux enfants n'ont pas exprimé de haine mais ont insisté sur les qualités de Claude Erignac - "tellement plus que ce simple symbole que certains ici tentent d'imposer", a dit sa fille -, et sur les questions restées sans réponse.

"Je n'ai pas encore compris aujourd'hui la raison pour laquelle ces hommes ont pu commettre un tel acte", a expliqué Charles-Antoine. Il est vrai qu’on voit encore mal pourquoi le malheureux Claude Erignac a payé de sa vie la guerre intestine entre nationalistes.

Mme Erignac a poursuivi : "Ma vie est marquée par une quête de vérité" depuis sa mort. Mais "tout au long de ce procès, de ces longs jours, la vérité ne m'a été que partiellement donnée", a-t-elle regretté, réprimant avec peine des sanglots.

Tour à tour en plaidant les avocats se sont adressé à cette famille pour souligner "l'absence de haine", "de sentiment de vengeance" qui l'a animée. Certains ont insisté sur "son immense douleur" et rapproché cette souffrance de celle ressentie par les veuves, dont les maris ont été assassinés dans les années 90, victime de la lutte fratricide.

"Ces souffrances ne se comparent pas, elles s'additionnent", a convenu me Stagnara. Avec un peu de réflexion il aurait même réussi à les hiérarchiser. Il y a la souffance de ceux qui ne verront plus jamais l’être cher et celles de ceux qui ont une chance un jour de le voir revenir. Et cela s’appelle la frontière entre la vie et la mort.

Même les accusés ont souligné l'attitude de la famille de la victime. Lors de l'audience, Alain Ferrandi a ainsi indiqué souhaiter "pouvoir se hisser à la hauteur de la dignité qui vous (Mme Erignac, ndlr) caratérise ici et que vous affichez depuis cinq ans".

Avant le délibéré

La cour d'assises spéciale, composée de sept magistrats, a débattu toute la journée de vendredi avant de rendre son verdict dans la soirée. Elle devait répondre à la majorité à 268 questions sur la culpabilité éventuelle des accusés.

Jean Castela, 43 ans, Vincent Andriuzzi, 47 ans, présentés par l'accusation comme les "cerveaux" du crime, et Marcel Istria, 46 ans, qui aurait recueilli les tueurs après l'action, ont répété qu'ils n'étaient pour rien dans les faits. "Je voudrais réaffirmer avec force que je n'ai pas participé aux faits dont on m'accuse", a lancé Vincent Andriuzzi, professeur de mathématiques. "Je confirme avec la plus grande vigueur mon innocence de l'assassinat du préfet Erignac", a lui aussi dit Jean Castela, professeur d'histoire-géographie. "Je veux remercier mon avocat et dire à la cour que je suis innocent", a fait écho Marcel Istria.

Les cinq autres accusés ont maintenu leur position et expliqué qu'ils n'avaient "rien à ajouter". Alain Ferrandi, 42 ans, Pierre Alessandri, 44 ans, Didier Maranelli, 38 ans, Martin Ottaviani, 35 ans, ont reconnu à l'audience leur implication dans l'assassinat, sans vouloir détailler leurs rôles respectifs.

Joseph Versini, 45 ans, reconnaît sa participation à des réunions préparatoires mais il n'est pas impliqué dans l'action directement.

Lundi dernier, les avocats généraux ont requis la peine maximale, la réclusion à perpétuité assortie d'une période de sûreté incompressible de 22 ans, contre Vincent Andriuzzi, Jean Castela et Alain Ferrandi. La perpétuité simple a été demandée contre Pierre Alessandri, 25 ans de réclusion contre Martin Ottaviani et Didier Maranelli, 20 ans de réclusion contre Joseph Versini et Marcel Istria.

Le verdict est très attendu en Corse où les indépendantistes ont organisé jeudi soir une manifestation de plusieurs centaines de personnes en soutien aux accusés, devant le siège de l'Assemblée territoriale à Ajaccio. De mémoire de nationalistes, cela faisait longtemps que les « vieux » n’étaient pas venus en aussi grand nombre. Les indépendantistes ont multiplié les appels à la clémence, assortis d'avertissements plus ou moins explicites aux magistrats de Paris.

Jeudi soir, Vincent Stagnara, avocat de quatre accusés et ancien responsable du parti nationaliste Cuncolta, a même évoqué la possibilité d'une "vendetta". "Votre décision est importante. Elle est espérée, redoutée, attendue. Actuellement, le droit est du côté de la famille Erignac. Descendez et descendez beaucoup par rapport aux réquisitions (...) Autrement, dès le 11 juillet, le droit serait de l'autre côté. Ne laissez pas la place à la vendetta", a dit l'avocat dans sa plaidoirie.

Le 3 juillet, entendu comme témoin à la cour, l'élu indépendantiste Jean-Guy Talamoni, avait prévenu la cour des "conséquences politiques importantes" du verdict. Ces déclarations ont fait éclater l'unité de la défense. Hors-audience, Me Patrick Maisonneuve, avocat de Vincent Andriuzzi a protesté devant la presse, alors que le délibéré commençait. "Je ne pense pas qu'on puisse dire raisonnablement à une juridiction : jugez dans tel sens car il y aura peut-être des bombes demain ou jugez dans le sens de la rigueur car il y a eu des bombes hier", a-t-il dit.

Les milieux judiciaires et policiers craignent à juste titre une intensification des attentats et de la violence dans l'île après un éventuel verdict sévère. Le procès intervient après le rejet par référendum dimanche dernier de la réforme des institutions, soutenue par les indépendantistes et aussi après l'arrestation le 4 juillet d'Yvan Colonna, auteur présumé des coups de feu sur le préfet.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, deux maisons de continentaux ont été plastiquées. Il est vraisemblable qu’elles l’ont été par de petits groupes qui ne rêvent plus que d’en découdre. La voiture d’un policier a été plastiquée à Ajaccio. Pour l’heure, la région bastiaise est tranquille. Mais le FLNC 3 étend son territoire jusqu’aux portes de la capitale nordiste. Et les observateurs notent que le secteur bastiais du FLNC Union des Combattants ne pourra pas se tenir tranquille dans son coin. Soupçonné par la base de préférer les affaires à l’action clandestine, il va nécessairement devoir faire preuve de sa détermination. D’autant qu’il a été le meilleur soutien de Jean-Guy Talamoni, le responsable de Corsica nazione qui, avec la victoire du «non » a encaissé une défaite personnelle.

Dossier Erignac

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