Récit : Ajaccio, vendredi 6 février 1998, 21H05 : un préfet tué à bout touchant
Le vendredi 6 février à 17H30, les conjurés se retrouvent dans un hangar automobile dans la zone commerciale de Baleone, à la sortie d'Ajaccio : chacun connaît sa mission, il n'y a plus qu'à agir, si l'on en croit leurs premiers aveux recueillis par les enquêteurs.

Didier Maranelli quitte les lieux le premier, direction le parking du port de l'Amirauté où il laisse son véhicule et monte s'installer à la terrasse de l'un des cafés du cours Napoléon en face du palais Lantivy, siège de la préfecture. Son rôle : alerter par portable les tueurs de la sortie du préfet.

Martin Ottaviani conduit la deuxième voiture, une Peugeot 306 blanche. Le cerveau présumé de l'opération, Alain Ferrandi, a pris place à sa droite. Derrière, Yvan Colonna et Pierre Alessandri achèvent de se grimer, le premier se parant d'une perruque blonde, le second d'une casquette, de lunettes et de gants de jardinier.

Ils sont arrivés un peu tôt et font donc les cent pas dans la rue Colonel-Colonna-d'Ornano, où se trouve le théâtre municipal, et dans les petites rues adjacentes, tandis qu'Ottaviani, l'oreille tendue vers son walkie-talkie les attend non loin à bord de la 306, avenue Président-Kennedy, d'où il assurera le repli du commando.

Ce n'est qu'à 20H56 que Ferrandi reçoit sur son portable l'appel de Maranelli: le guetteur signale que le préfet et sa femme, passant sous ses yeux, sont sortis en voiture du palais Lantivy et roulent vers le lieu du concert. Claude Erignac arrête sa voiture devant le théâtre pour déposer son épouse Dominique puis repart se garer sur le Cours Napoléon.

Les Erignac sont des fidèles de l'association Musique en Corse et les tueurs étaient assurés qu'ils honoreraient de leur présence l'orchestre d'Avignon qui donne la symphonie "Héroïque" que Beethoven, dans un premier temps, avait dédiée au général Bonaparte.

"C'est bon on l'a tué"

Mme Erignac ne risque rien. Le commando a décidé depuis huit jours qu'elle n'était pas une "cible", à la différence de son mari, "un symbole de l'État" qu'ils voulaient "taper".

En remontant à pied la rue Colonel-Colonna-d'Ornano, le préfet croise Alessandri qui le surveille. Colonna surgit, il emboîte le pas du haut fonctionnaire sous l'oeil de Ferrandi, prêt à intervenir en renfort. Au moment où le préfet parvient à la hauteur du restaurant le Kalliste, au 4 de la rue, le berger de Cargèse le rejoint et, à bout touchant, lui tire une balle dans la nuque avant de l'achever de deux autres balles. Mortellement atteint, Claude Erignac s'effondre sur le trottoir. Il est 21H05. Le tueur authentifie son crime en déposant près du corps le Beretta 9 mm volé cinq mois plus tôt aux gendarmes de Pietrosella et s'enfuit avec ses deux complices.

Colonna, Ferrandi et Alessandri courent vers la Peugeot où les attend Ottaviani qui vient d'être prévenu de leur arrivée par la liaison walkie-talkie maintenue avec Ferrandi : "C'est bon on l'a tué", lâche l'un d'eux en montant dans la voiture. Direction Alata, village perché derrière Ajaccio où Ottaviani dépose ses trois passagers près du domicile de Ferrandi.

C'est dans la chambre de ce dernier qu'ils allumeront la radio qui annonce déjà ce "crime d'État" sans précédent: l'assassinat du préfet de Corse.

©2003 L'investigateur - tous droits réservés