Procès Erignac : « Il faudrait réveiller la greffière ! »
Jul 10, 2003
Auteur: L'investigateur

L’Est Républicain donne une savoureuse description du roupillon piqué par la greffière de la Cour spéciale d’Assise alors que se joue la liberté des accusés du procès Erignac. Il est 14 h 50, de sa voix de stentor, Me Maisonneuve est en train de clamer que : « Jamais M. Andriuzzi ne s'est engagé dans le mouvement (nationaliste) public ! » La formule mériterait d'ailleurs un instant d'attention puisqu'il est reproché surtout ici au dit Andriuzzi d'être un chef du mouvement clandestin FLNC-canal historique. Mais bon...



Patrick Maisonneuve a encore le bras droit levé, il se fige. En roulant des yeux comme un acteur de cinéma muet, le président Jacob semble lui indiquer qu'il se passe quelque chose dans son dos. L'avocat se tourne, et d'une voix parfaitement égale : « Vous avez raison, M. le président. Je vais m'arrêter. Il faudrait peut-être réveiller la greffière ! » Et il ajoute, avec une élégance un peu perverse : « Vous n'y pouvez absolument rien, M. le président. Ce sont des événements qui arrivent dans l'histoire judiciaire ». Robe noire remontée sur ses bras nus croisés, la greffière en chef de la cour d'assises spécialement composée pour juger des faits d'assassinat à caractère terroriste, dort profondément. La tête en arrière, bouche ouverte...

Le « trouble » de Colonna


Devant les robes rouges rehaussées d'hermine du procureur général de Paris, des deux avocats généraux, du président Jacob, les robes noires des huit juges et d'une quinzaine d'avocats, devant Mme Erignac et ses enfants, devant les accusés dont quatre sont passibles de la réclusion criminelle à perpétuité... Le silence de Me Maisonneuve l'a réveillée. Elle a bon sommeil, Mme la greffière, parce que cinq minutes seulement auparavant, la sérénité de l'audience avait été déjà troublée par l'arrivée d'Yvan Colonna au palais. Sirènes hurlantes et hélicoptère en stationnaire. Mes Sollacaro et Garbarini, avocats de Colonna s'étaient alors éclipsés. Comment prétendre que ces deux événements judiciaires ne sont pas liés ! « Vous n'y pouvez rien, M. le président » disait Maisonneuve. Bien sûr qu'il pouvait. Rien ne sera épargné à ce procès.

C'est vrai qu'arrivé en sixième semaine d'audience, tout le monde est fatigué. Les plaidoiries ont débuté hier matin, dans l'ordre inverse de la gravité des peines demandées, selon la coutume. Mais que ce soit pour les « frêles petits soldats », (Monti et Fustier, deux jeunes mouillés dans quelques attentats reprochés au groupe Andriuzzi-Castela en 1994 ! ) ou pour le commando Erignac plus tard, le même procès de la DNAT a commencé. « Les incohérences » dit Me Antomarchi. « Les pratiques douteuses » selon Me Felli.

Remis en liberté


« Par pitié, doutez ! » a demandé le premier aux juges. Si l'ordre dans l'énoncé des peines requises a un sens, Vincent Andriuzzi, lui, est à l'opposé de Monti et Fustier. Son nom a été prononcé le tout dernier. Or « vous n'avez pas fait la preuve de sa culpabilité » a lancé son avocat, Me Maisonneuve, à l'accusation. Aucune preuve matérielle en tout cas n'a pu être retenue pour étayer l'implication des deux profs bastiais dans l'assassinat de Claude Erignac. L'avocat d'Andriuzzi a dressé la liste des « comportements » qui avaient pu « contaminer la marche de l'instruction » : « l'expression extérieure » (la presse, les commissions d'enquête), « les témoins singuliers » (François Santoni ou le préfet Bonnet), « les thèses inventées » (« quand on est prof de maths, ça aide ! » a dit un avocat de la partie civile, « les sentiments policiers » (« il a le profil » ou « il consultait la presse »). Mais de preuves, aucunes... Au contraire, la défense a habilement démonté qu'il n'y avait pas « d'éléments indiscutables » comme se targuait d'en fournir l'accusation, permettant « de condamner cet homme à la réclusion à perpétuité à l'issue de ce débat ». La chambre de l'instruction, en janvier 2001, a d'ailleurs remis Andriuzzi et Castela en liberté dans le dossier Erignac. Celui-là même qui leur vaudrait ici 22 ans au moins de réclusion.
(Compte-rendu d'audience : Philippe JARRASSÉ publié le 8 juillet 2003)

Dossier Erignac

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