Erignac : un réquisitoire-guillotine qui appelle la terreur !
Jul 9, 2003
Auteur: L'investigateur

La perpétuité a été requise contre Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, qui auraient accompagné Yvan Colonna pour tuer le préfet le 6 février 1998 à Ajaccio. Cette réquisition était attendue et on voit difficilement comment il aurait pu en être autrement vu la tournure prise par la très curieuse défense des inculpés.

Plus choquant, la même peine a été demandée sans être étayée par de quelconques preuves contre Jean Castela et Vincent Andriuzzi, qui auraient conçu et revendiqué le crime.

Le magistrat, Yves Janier, a demandé, et c’est là que risque de s’exercer la rupture, que cette peine soit assortie d'une période de sûreté incompressible de 22 ans, le maximum prévu par la loi, pour Ferrandi, Castela et Andriuzzi, mais pas pour Pierre Alessandri.

Le procureur a prononcé un véritable réquisitoire politique à défaut d’être judiciaire. « La sévérité de votre sanction doit être le révélateur de l'attachement aux serviteurs de la République », a dit Yves Janier.

Ce dernier a cependant souligné qu'il souhaitait faire des distinctions entre les accusés suivant leur degré d'implication présumé dans le crime, même s'ils ne revendiquent qu'un « acte collectif » sans vouloir décrire leurs rôles.

Il a requis 25 ans de réclusion criminelle contre Didier Maranelli, qui aurait signalé par téléphone aux tueurs l'arrivée du préfet, et contre Martin Ottaviani, chauffeur présumé du commando.

Enfin, il a demandé vingt ans de réclusion contre Marcel Istria, qui aurait recueilli dans un hangar après le crime la voiture des tueurs, et la même peine contre Joseph Versini, qui a participé à des réunions préparatoires sans être impliqué dans l'action.

Toutes aussi implacables sont les réquisitions dans les affaires annexes.

Dans le dossier d'une attaque en février 1994 contre un concours de l'agrégation à Nice, jugé dans le même procès, l'avocat général a demandé « cinq à sept ans » de prison ferme contre Benoît Fustier et Stéphane Monti.

Enfin, il a requis quinze ans de réclusion contre Jean-Philippe Antolini, qui comparaît notamment pour « complicité » dans un attentat contre l'ENA à Strasbourg en 1997. C’est la peine la plus lourde jamais demandée pour un attentat. Le drame pour Antolini est d’avoir été raccroché on ne sait trop comment au dossier Erignac.
Yves Janier a été précédé par un autre avocat général, Jean-Paul Bazelaire, et par le procureur général Jean-Louis Nadal pour cinq heures de réquisitions au total, après plus d'un mois de procès.

"Ce sont des assassins que nous jugeons aujourd'hui, a dit le procureur Nadal. Ce n'est ni la Corse, ni les Corses, ni les opinions de certains d'entre eux. C'est un crime contre un serviteur de la République. Mais l'homme ne se divise pas, les assassins du préfet Erignac sont aussi ceux de Claude Erignac, être de chair, époux, père de famille », a-t-il ajouté. Aux accusés qui ont dit avoir voulu frapper le "symbole de l'État", il a répondu: "Les mots sont comme la cagoule sur le visage du terrorisme, un pauvre paravent."

L'association de soutien aux prisonniers politiques, le Comité anti-répression (CAR), a aussitôt dénoncé lundi 7 juillet les réquisitions « iniques » contre les assassins présumés du préfet Erignac devant la cour d'assises spéciale de Paris, qui ne peuvent « qu'engendrer de nouveaux drames ».

« On en vient à remercier feu (le président) François Mitterrand d'avoir aboli la peine de mort car si elle existait encore, ils l'auraient demandée", a déclaré lors d'un point presse à Ajaccio Jean-Marie Poli, porte-parole du CAR, en présence d'une centaine de militants et d'un élu de Corsica Nazione, Marceau Simeoni.

Le CAR appelle à un rassemblement jeudi soir 9 juillet, date attendue du verdict, devant l'assemblée de Corse.

Le CAR a également réaffirmé son soutien à Yvan Colonna, ainsi qu'aux « personnes inquiétées pour avoir fait leur devoir de solidarité entre Corses », a poursuivi Jean-Marie Poli, qui évoquait le gérant de la bergerie où le tueur présumé avait été arrêté vendredi 4 juillet ainsi qu'un directeur de camping et son épouse, tous trois interpellés

« Je suis heureux de constater qu'on peut toujours passer quatre ans au maquis avec toutes les polices de France aux fesses, cela montre la solidarité entre Corses », a déclaré pour sa part Marceau Simeoni, élu Corsica Nazione qui s’était récemment singularisé en énonçant des propos particulièrement stupides. Le cas échéant, Yvan Colonna « aurait trouvé chez moi le gîte et le couvert comme partout pratiquement en Corse », a-t-il affirmé.

Les avocats ont souligné l’absence de démonstration dans le réquisitoire. De fait, pour de telles condamnations, il est tout de même de rigueur d’étayer les propos. Là pas grand-chose pour ce qui concerne les détenus qui n’ont jamais rien avoué et qui, surtout, n’ont jamais été mis en cause. L’intime conviction ne suffit peut-être pas pour envoyer des hommes dans un cachot. D’autant que les peines demandées ne le sont que rarement pour des tortionnaires et des tueurs de vieillards ou d’enfants. C’est donc dans un souci de punir sans rémission que le représentant de l’état a parlé.

« Un préfet est mort car il était le symbole le plus éloquent de ce qui leur était insupportable: la République", a déclaré le procureur. Nadal au début de ses réquisitions, avant d'affirmer « l'impérieuse nécessité d'une réponse
judiciaire à la hauteur du crime commis ».

Dossier Erignac

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