Ouvrir dans une nouvelle fen�tre La trace du � Serpent �
Sep 22, 2003
La trace du � Serpent �

R�cit de Pierre Prakash du journal Lib�ration.

Thompson Thomas, un �crivain am�ricain est entr� dans la l�gende des best sellers en �crivant � La trace du serpent � l�histoire vraie d�un tueur en s�rie fascinant. (Le Livre de Poche, LGF)

Son �diteur �crivait ceci au quatri�me de couverture de ce livre qui se d�vore comme un roman.

� Quel touriste isol� en pays �tranger n'accueillerait avec joie la compagnie du compatriote rencontre par hasard? Quel Europ�en noy� dans les foules d'Asie refuserait l'aide offerte par un autre Europ�en, surtout si ce bon Samaritain est jeune, �l�gant, apparemment riche ? Rien ne vaut le charme et l'aisance mondaine pour inspirer confiance...

Confiance - ma�tre mot des relations humaines mais aussi ma�tre mot : d'un jeu o� l'on peut tout perdre y compris la vie quand il est jou� par un sp�cialiste de ce que les Am�ricains appellent le � confidence game � : l'escroquerie � la confiance - et quand ce sp�cialiste s'appelle Charles Gurmukh Sobhraj.

Vous ne l'auriez probablement pas connu sous ce nom-l� en Tha�lande, en Inde ou au. N�pal, ses terrains de chasse. Vous n'auriez pas remarqu� ses origines asiatiques sous son aspect de play-boy occidentalis� par des habits de bonne coupe - mais Charles ou Alain Dupuis ou Alain Gauthier ou Daniel Chaumet, homme d'affaires et n�gociant en pierres pr�cieuses, n'en est pas moins un serpent tentateur dirigeant une cohorte de s�ductrices ravissantes.

Et lui et sa compagne Monique, alias la Canadienne Marie-Andr�e Leclerc, n'ont pas h�sit� quinze mois durant � tuer pour s'emparer des biens du touriste m�me le plus d�muni, du � routard � le plus paume...

Horrifique histoire vraie d'une affaire qui n'aurait peut-�tre pas encore �clat� au grand jour sans le diplomate hollandais Herman Knippenberg - et dont Thomas Thompson a reconstitu� magistralement la gen�se et le d�roulement � travers les hauts lieux d'Asie dans ce document-roman justement devenu un best-seller.

En avril 1997, la presse hexagonale annon�ait : � Le � serpent � aux prises avec la justice fran�aise �

Charles Sobhraj, apr�s avoir pass� vingt ans dans les ge�les indiennes, foulait enfin le sol fran�ais pour se retrouver aux prises avec la justice qui l'avait mis en examen pour empoisonnements mais l'avait laiss� en libert�. Douze heures apr�s son arriv�e � Roissy, Charles Sobhraj, alias � le Serpent �, quittait libre le palais de justice de Bobigny en compagnie de son avocat, l�in�vitable Me Jacques Verg�s, et s�engouffrait dans un taxi.

� Je suis heureux d'�tre enfin libre sur le sol fran�ais �, avait-il lanc�, tout en se d�clarant � surpris de se retrouver dans le bureau du juge �, pensant que � c'�tait une affaire termin�e �. Il faisait allusion aux quelques dizaines d�assassinats dont il �tait soup�onn� �tre l�auteur.

Celui que ses biographes ont surnomm� � le Serpent � avait �t� mis en examen pour empoisonnements par le juge d'instruction charg� d'une information judiciaire, ouverte � la suite de plaintes d�pos�es r�cemment en France par d'anciens �l�ves ing�nieurs de Tarbes, auxquels Sobhraj est soup�onn� d'avoir donn� du poison, le 28 juin 1976 � New Delhi.

Les �tudiants en avaient r�chapp�, mais la justice fran�aise consid�rait que le fait de donner du poison � quelqu'un constituait en soi un empoisonnement, que cela ait conduit ou non � la mort de la personne.

Me Verg�s, indiquait que son client avait d�j� �t� jug� en Inde pour cette affaire. � Son client, avait-il ajout�, a ni� les faits et a �t� condamn� � deux ans de prison �.

Le juge avait lanc� une commission rogatoire internationale pour v�rifier aupr�s des autorit�s indiennes si Sobhraj avait �t� ou non jug� pour cette affaire. Le parquet r�clamait alors des investigations suppl�mentaires pour savoir si ces faits �taient couverts ou non par la prescription.

Sobhraj avait �t� remis en libert� le 17 f�vrier 1997, apr�s qu'un tribunal indien eut tir� un trait sur la derni�re charge pesant contre lui en Inde : son �vasion en 1986 de la prison Tihar � New Delhi.

Il �tait soup�onn� d'avoir tu� au moins une quinzaine de touristes occidentaux (dont des Fran�ais, des N�erlandais et un Isra�lien) en Tha�lande, en Inde, au N�pal et en Afghanistan dans les ann�es 70, � l'�poque des transhumances hippies vers le Sud-Est asiatique.

N� � Sa�gon d'un p�re indien et d'une m�re vietnamienne remari�e avec un militaire fran�ais, Charles Sobhraj a pass� une partie de son enfance en France. Il a v�cu en Gr�ce � partir de 1973, o� il se serait livr� � de vastes escroqueries, puis en Tha�lande en 1975 o� il aurait �t� n�gociant en pierres pr�cieuses. Dans les ann�es qui suivent, Sobhraj se fait appeler Alain Gautier et il est soup�onn� d'avoir tu� des touristes, retrouv�s morts, �trangl�s et drogu�s.

Charles Sobhraj avait d'ores et d�j� indiqu� qu'il comptait voir sa m�re en France et n�gocier � les droits � d'interviews, d'un film sur sa vie et d'un livre.

Le chemin du �serpent� s'arr�te � Katmandou


Les fant�mes des routards de Katmandou sont revenus hanter Charles Gurmukh Sobhraj, le tueur en s�rie fran�ais qui s�vissait en Asie dans les ann�es 70. Aujourd'hui �g� de 59 ans, le c�l�bre meurtrier a en effet �t� arr�t�, t�t hier matin, dans le casino �du Yak et du Yeti� de Katmandou. Il �tait recherch� au N�pal depuis pr�s de trente ans pour les meurtres d'une Am�ricaine et d'une Canadienne.

Des forfaits qu'il aurait commis en 1975, � l'�poque o� il parcourait l'Asie, tuant des touristes occidentaux tomb�s sous son charme. La police n�palaise le traquait depuis qu'un quotidien local avait publi� sa photo, cette semaine, affirmant qu'il �tait au N�pal pour tenter de monter une affaire d'exportation de ch�les et mettre en place une association d'aide aux enfants d�favoris�s.

Surnomm� le �Serpent�, tant pour sa capacit� � s'�vader de prison que pour sa f�cheuse habitude d'empoisonner ses victimes, Charles Sobhraj avait d�fray� la chronique au d�but des ann�es 70, lorsqu'il s�vissait dans les milieux des �routards� en qu�te de drogue et de spiritualit� sur les fameux �chemins de Katmandou�. Tout � tour escroc, s�ducteur, d�trousseur de touristes, roi de la cavale, expert en poisons, trafiquant de drogue et assassin, l'homme est accus� de plus d'une vingtaine de meurtres dans diff�rents pays d'Asie. Incarc�r� vingt ans dans les quartiers de haute s�curit� de la prison de New Delhi, il avait �t� lib�r� en 1997 et vivait depuis paisiblement en France. La fin, pensait-on, de ce personnage � glacer le sang, dont la vie a �t� domin�e par le crime.

N� en 1944 � Sa�gon d'un p�re indien et d'une m�re vietnamienne, Sobhraj h�rite de la nationalit� fran�aise � l'occasion du remariage de sa m�re avec un militaire fran�ais. Envoy� en pension � Paris, il fugue � deux reprises pour retourner au Vietnam, puis rentre en France o� il fait ses premi�res armes : des ch�ques en bois sur le compte de sa s�ur. �Charles a d�cid� de devenir criminel � 12 ans�, a un jour d�clar� son demi-fr�re. �galement port� sur les jeux d'argent, le jeune homme entame rapidement une carri�re d'escroc international. D�s le d�but des ann�es 60, on le retrouve en Gr�ce, en Iran, au Pakistan et en Afghanistan.

Signature

Sa principale activit� est le trafic d'h�ro�ne. Il se d�barrassera peu � peu de plusieurs de ses concurrents via une m�thode qui deviendra sa signature : l'empoisonnement. Puis il commence � s'en prendre aux touristes, de simples routards qui ont eu le malheur de croiser son chemin. Parlant plusieurs langues et dou� d'un charisme exceptionnel, il joue les s�ducteurs pour gagner leur confiance, puis leur administre un cocktail mortel avant de les d�trousser. Leurs passeports lui serviront pour ses trafics de drogue et de pierres pr�cieuses. En 1975, la police tha�landaise d�couvre le cadavre d'une jeune femme sur une plage. C'est le premier de la s�rie des �meurtres bikini� qui le rendront mondialement c�l�bre. Cinq autres victimes suivront (toutes en bikini), certaines ayant �t� battues, �trangl�es ou br�l�es.

Arr�t� � plusieurs reprises tant en Europe qu'en Asie, le Serpent parvient longtemps � passer entre les mailles du filet, soit en s'�vadant, soit en soudoyant ses ge�liers. C'est en Inde qu'il est finalement arr�t�, en 1976, apr�s avoir tent� d'empoisonner un groupe d'�tudiants fran�ais. Cherchant � leur d�rober leurs passeports pour se forger de nouvelles identit�s, le meurtrier distribue au groupe ce qu'il dit �tre des �pilules contre la dysenterie�. Mais l'arnaque tourne mal lorsque les premi�res victimes s'effondrent alors qu'il est encore dans le hall. Arr�t� et inculp� pour deux meurtres perp�tr�s sur le territoire indien, il est condamn� � la perp�tuit� et incarc�r� � Tihar, la prison de New Delhi. En 1986, il est cependant acquitt� en appel. Mais Charles Sobhraj craint, s'il sort, d'�tre extrad� vers la Tha�lande, o� il risque la peine de mort. C'est alors qu'il pr�pare une �vasion pour le moins rocambolesque.

Somnif�res. A l'occasion de son anniversaire, �Sir Charles�, comme on l'appelle en prison, organise une petite f�te, invitant p�le-m�le d�tenus et gardiens. Habile manipulateur, l'escroc a en effet r�ussi, en dix ans d'incarc�ration, � mettre l'ensemble de Tihar Jail � sa botte, notamment les gardiens qu'il soudoie sans mal. Habitu�s aux largesses du d�tenu, ceux-ci ne se doutent donc de rien lorsqu'il les invite, et piochent sans h�siter dans les grappes de raisin que le Serpent, fid�le � ses habitudes, a inject� de somnif�res. Une fois qu'ils sont tous endormis, il sort, avec quatre complices, par la porte principale...

La cavale ne dure pas longtemps et Sobhraj est � nouveau arr�t� � Goa et inculp� pour possession d'armes � feu. De retour � Tihar, il reprend sa vie de d�tenu de luxe. Les gardiens lui fournissent tout ce qu'il d�sire : nourriture, vin, t�l�vision, t�l�phones portables et m�me visites f�minines nocturnes. En 1997, son proc�s n'est toujours pas termin� mais il est rel�ch�, sa d�tention pr�ventive ayant exc�d� la peine maximale qu'il encourait. Qu'importe, il refuse de quitter sa cellule tant que l'ambassade de France ne lui aura pas fourni des papiers susceptibles de le renvoyer en France. La peur, toujours, d'�tre extrad� vers la Tha�lande... Paris n'a cependant pas la moindre envie de r�cup�rer cet encombrant criminel. Apr�s quarante-sept jours de bras de fer avec le gouvernement indien, qui menace de le �larguer� � l'ambassade de France, Paris finit par lui accorder un laissez-passer.

Depuis, le Serpent vivait tranquillement en France, � l'abri de tout souci financier depuis qu'il a sign� un contrat de 15 millions de dollars pour la production d'un film et d'un livre sur sa vie. Impitoyable homme d'affaires, il monnayait aussi ch�rement ses entretiens avec la presse internationale. Dans ses interviews, il a parfois �voqu� de �profonds regrets� sur son pass�, mais a toujours maintenu, contre toute �vidence, que ses victimes �taient des rivaux dans le trafic d'h�ro�ne. Se revendiquant businessman et non criminel, il a �galement affirm� avoir �t� employ� par les triades de Hongkong qui voulaient, selon lui, inonder l'Occident d'h�ro�ne afin de prendre leur revanche contre la guerre de l'opium, au XIXe si�cle... Un discours qui collait certes avec sa fascination pour l'Asie et son id�ologie anticolonialiste, mais qui n'explique rien � sa violence de psychopathe.

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s