La lib�ration de pr�s de 200 enfants p�cheurs au Ghana
Une vie nouvelle a d�but�, le 11 septembre, pour 173 enfants d'un village de la province Brong Afafo du Ghana appel� Yeji. Il s'agit de gar�ons �g�s de 3 � 14 ans, qui menaient une existence de servitude au service de p�cheurs du lac Volta. Ces derniers, parfois appel�s "ma�tres esclavagistes", ont accept� d'en c�der la garde aux repr�sentants de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et d'organisations non gouvernementales locales, qui les rendront prochainement � leur famille.
"Ils font partie d'un groupe plus important de 1.002 enfants qui devraient bient�t �tre lib�r�s", a d�clar� M. Jean-Philippe Chauzy, porte-parole de l'OIM, dans un communiqu� diffus� au si�ge de cette organisation � Gen�ve. Le d�partement d'�tat am�ricain a contribu� � hauteur de 350.000 dollars � l'ex�cution de ce projet.
Les victimes avaient �t� "plac�es" en servitude par leurs parents, qui ignoraient les "conditions de vie avilissantes" que leurs enfants allaient devoir endurer. Le directeur du projet de l'OIM, M. Ernest Taylor, travaille au Ghana depuis avril 2002 � leur lib�ration. Dans la publication du d�partement d'�tat intitul�e "La lutte contre la traite des personnes", parue en juin 2003, M. Taylor �crivait : "R�duits � des conditions de travail forc�, priv�s d'affection et d'un environnement convivial, ces enfants sont traumatis�s et d�prim�s."
Mal nourris, mal �duqu�s, oblig�s de travailler toute la journ�e dans les bateaux, les enfants vivent dans d'insalubres conditions de promiscuit�. Parfois, les p�cheurs les font plonger au fond de l'eau pour d�m�ler les filets. Beaucoup d'enfants ont ainsi p�ri noy�s, affirme l'OIM.
La lib�ration, le 11 septembre, de ce premier groupe d'enfants avait �t� soigneusement pr�par�e par M. Taylor et ses collaborateurs. Nombre d'enfants ne se souvenaient plus de leur lieu d'origine, ni � quelle famille ils appartenaient, si bien que l'identification de leur �tat civil et la recherche de leur famille ont constitu� une phase cruciale du projet. Les enfants qui ont �t� remis entre les mains des directeurs du projet vont maintenant rejoindre leurs proches au cours de la prochaine quinzaine, a indiqu� M. Antonio Polosa, chef de mission de l'OIM � Accra.
"Puis ce sera le tour de 400 autres enfants, qui seront lib�r�s dans six � huit semaines", a d�clar� M. Polosa qui r�pondait par courriel aux questions du "Washington File". "Nous pensons qu'apr�s ces premi�res lib�rations d'autres p�cheurs vont envisager de renoncer � cette pratique et de recourir aux services de l'OIM."
Selon les estimations de M. Polosa, les enfants travaillant en servitude sur le lac Volta, mais en dehors de la r�gion vis�e par le projet, seraient au nombre de 2.000 � 3.000.
L'un des facteurs cl�s du projet consistait � offrir aux p�cheurs des solutions de rechange au travail forc� des enfants. Dans un communiqu� de l'OIM, M. Taylor a pr�cis� : "Fait int�ressant, la plupart des p�cheurs qui ont accept� de lib�rer ces enfants ont renonc� � la p�che, optant pour d'autres activit�s telles que l'�levage des bovins et des porcs. L'OIM leur a fourni une formation � cette fin et les a aid�s � acheter des b�tes ainsi que le mat�riel essentiel."
Au Ghana, aucune loi n'interdit le "placement des enfants", pratique traditionnelle de longue date � laquelle ont recours, en particulier, les familles pauvres qui ont du mal � subvenir aux besoins �l�mentaires de leurs enfants. "Toutefois, depuis une quarantaine d'ann�es, les trafiquants qui ne s'int�ressent qu'� l'argent exploitent la mis�re terrible de la r�gion ; ils ont d�natur� cette pratique traditionnelle", indiquait M. Taylor dans son article de juin 2003.
En remontant jusqu'aux familles, M. Taylor a constat� qu'elles s'inqui�taient surtout de la difficult� qu'elles auraient � s'occuper des enfants � leur retour. Il fallait donc faciliter la r�unification, et ce travail constitue un �l�ment important du projet. Gr�ce � divers programmes d'aide et de microcr�dit, "nous devons trouver des moyens de permettre aux familles d'am�liorer leurs revenus, afin qu'elles puissent assumer ces nouveaux fardeaux".
Pr�venir le renvoi des victimes en servitude repr�sente sans doute le probl�me le plus ardu auquel l'OIM ait � faire face dans les divers projets qu'elle a mis en �uvre de par le monde, estime M. Marco Gramegna, directeur du service de lutte contre la traite des personnes au sein de l'OIM. "Nous ne saurions accepter que ces gar�ons, ou toute autre victime, retombent dans la m�me situation", a-t-il d�clar� lors d'un entretien dont le texte figure dans la publication "La lutte contre la traite des personnes". "Nous devons leur trouver des possibilit�s d'�mancipation (...) Ces enfants doivent comprendre que d'autres choix leur sont possibles dans la vie, gr�ce � l'�ducation ou, peut-�tre, � un emploi assorti d'une �ducation."
La traite des personnes en Afrique de l'Ouest ne se limite d'ailleurs nullement � l'industrie de la p�che sur le lac Volta, a soulign� M. Gramegna. "En Afrique de l'Ouest, on observe divers types de traite selon les diff�rents objectifs : exploitation sexuelle, travail forc�, travail domestique, mendicit�, criminalit�, et la conjugaison de plusieurs types � la fois."
La traite des personnes est une activit� criminelle tr�s difficile � quantifier. M. Gramegna estime qu'on peut compter dans la seule Afrique de l'Ouest des dizaines de milliers de victimes chaque ann�e.
Dans son rapport sur la traite des personnes, publi� en juin dernier, le d�partement d'�tat am�ricain estime � entre 800.000 et 900.000 le nombre annuel des personnes qui traversent une fronti�re dans le cadre de ce genre de trafic.
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