Paul Giacobbi : sur les traces du p�re
Samedi Corse-Matin, publiait une interview de Paul Giacobbi, l�h�ritier du clan radical de gauche et n�anmoins jusque l� un �volutionniste convaincu. Il avait �t� le fer de lance du � oui � au r�f�rendum. Mais � c�t� de cette interview, le pr�sident du Conseil g�n�ral de la Corse du Sud joignait une lettre � ceux qui posent des bombes qu�on lira ci-dessous.
Sans taire le courage de Paul Giacobbi, il faut tout de m�me analyser ce tournant � 90� d�un homme qui, apr�s avoir pr�n� le changement institutionnel, s�en prend aujourd�hui au premier ministre qui sugg�rait qu�apr�s les territoriales, le d�bat pourrait reprendre. Contre toute attente, le fr�re ennemi �mile Zuccarelli trouve donc en Paul Giacobbi un alli� de poids pour que sur la plan institutionnel plus rien ne bouge.
On comprend que Paul Giacobbi doive faire face � une fronde au sein de ses partisans qui avaient accept� du bout de l�vres que lui, le pr�sident du conseil g�n�ral, demande la disparition des d�partements. Or, beaucoup des fid�les de Paul Giacobbi n�ont de pouvoir que gr�ce au d�partement. La Haute-Corse a embauch� sans compter de mani�re � asseoir un client�lisme qui, seul, peut permettre � Paul Giacobbi de p�renniser son pouvoir.
Aujourd�hui le fils prodigue rentre dans le rang et retrouve les accents anti-nationalistes de son p�re. Paul Giacobbi avait �t� tra�n� dans la boue par les nationalistes qui le surnommaient dans le Ribombu, le comte de Venacaux (allusion � son village Venacu, francis� pour l�occasion). Puis il avait connu une lune de miel avec ces m�mes nationalistes au point de leur accorder une longue interview peu apr�s un s�minaire aux �les Auland.
Nicolas Sarkozy comptait sur lui pour �ventuellement monter une majorit� qui aurait englob� les corsistes, Jos� Rossi et les nationalistes. Paul Giacobbi pouvait alors esp�rer la pr�sidence de l�ex�cutif. En une interview et une lettre, cet enfant terrible vient de casser ce bel �difice. Car on voit mal comment il parviendra � recoller les morceaux d�ici mars 2004. � moins de se faire �lire sur un programme puis de le renier tout aussit�t pour s�allier avec ceux qu�ils d�non�aient la veille. Tout cela ne permet pas la clart� dans la Corse a grand besoin. Paul Giacobbi est s�rement devenu le digne h�ritier du clan qu�il incarne. Mais au prix de contorsions politiques que son physique imposant aurait du rendre impossible. Si Jos� Rossi �tait d�clar� in�ligible, la � majorit� de progr�s � insulaire n�aurait d�s lors plus aucun atout en poche.
Interview de Paul Giacobbi parue dans Corse matin du samedi 13 septembre 2003
Question : Comment la Corse peut-elle g�rer sereinement l'apr�s r�f�rendum alors qu'elle entre d�j� en campagne �lectorale ?
P. G. En ne changeant pas d'avis. J'�tais favorable � une r�ponse positive mais le �non � met fin et pour de longues ann�es au d�bat institutionnel.
Que pensez-vous alors que la d�claration du Premier ministre qui n� ferme pas la porte � un nouveau d�bat
P.G.ne suis pas d'accord et je ne le comprends pas. C'est peut-�tre un malentendu car le gouvernement avait �t� tr�s clair sur la cl�ture de la discussion institutionnelle en cas d'�chec. Il nous reste beaucoup de travail, � commenter par la clarification des comp�tences et le PEI. Et il n'y a pas lieu d'�tre optimiste.
Pas de simplification signifie complexit� administrative?
P.G. La gestion sera plus difficile. Les dossiers en panne des ordures m�nag�res, de l'eau et de l'assainissement le d�montrent. La conf�rence d'harmonisation qui se r�unit d�but octobre a toute sa raison d'�tre.
Et si le scrutin du 6 juillet �tait annul� ?
P.G. �a ne modifierait pas mon avis. Quelle que soit, la d�cision du conseil d'�tat, il n'y a pas lieu de remettre �a sur le tapis. De toute fa�on, l'opinion corse est partag�e, elle n'est pas d�cid�e.
Le r�sultat vous a-t-il politiquement fragilis� ?
P.G. Pas du tout. Le vote du budget modificatif a r�uni une majorit� de 18 voix rarement atteinte. J'en sors plut�t renforc�.
Mais �tes-vous logique lorsque vous annoncez votre candidature en 2004 � la pr�sidence d�un consul g�n�ral dont vous ne vouliez plus?
P.G. Je suis un d�mocrate et je tiens compte de ce que le peuple d�cide. Je le confirme ici : je serai pr�sent aux �lections territoriales et cantonales. Et j'aurai probablement un r�le d�terminant � y jouer.
Vous ne craignez pas un probl�me d�investiture pour les deux scrutins avec le PRG (Parti des radicaux de gauche NDLR) ?
P.G. Aucun probl�me. J'ai toute ma l�gitimit� au sein du PRG.
Dans les coulisses, il s'est dit que vous seriez susceptible de constituer une liste avec Jean-Claude Guazzelli...
P.G. Entendre tout et n'importe quoi ne m'emp�che pas de r�fl�chir. Avant ta fin de l'ann�e, il n'est pas question pour moi de parler de constitution de listes ou d�alliances. Si j'attends le texte l�gislatif sur la parit�, j�esp�re que le mode de scrutin restera en l'�tat, � savoir la prime de trois si�ges, 5 % des exprim�s pour participer au deuxi�me tour et pas de seuil pour fusionner.
Une fois encore, vous allez �tre frapp� par le cumul des mandats et il faudra choisir...
P.G. Je choisirai le moment venu.
On vous reproche d'avoir dit que les tenants du Non �taient responsables du regain de violence...
P.G. Pas du tout. Les responsables de la violence sont ses auteurs, Le FLNC a clairement fait campagne pour le Non. Je le dis dans la lettre que j'adresse aujourd'hui aux poseurs de bombes pour les mettre face � leurs lourdes responsabilit�s.
Fran�ois Tatti, porte-parole du PRG, a dit qu'en �voquant la fraude �lectorale vous aviez d�sign� des �lus � la vindicte publique et donc � celle des plastiqueurs�
P.G. De tels propos ne rel�vent pas de la joute politique mais de l'application du droit. Une proc�dure judiciaire est donc en route.
Comment allez-vous, lors de la session du conseil g�n�ral du 16 octobre, faire face aux critiques sur l'audit?
P.G. Si on a eu recours c'est pour faire face � l�APA (allocation pour personnes �g�es, N.D.L.R) qui a co�t� 15 millions d'euros � la collectivit�. Personne en France n'avait pr�vu de d�penses d'une telle ampleur.
Reste, l'inflation des embauches.
P.G. Depuis deux ans maintenant, les d�penses de personnels sont stabilis�es. Je ne crains pas d'aborder la question. Bien au contraire. Nous avons int�gr� les forestiers sapeurs, renforc� leurs effectifs et apr�s les feux dramatiques de cet �t�, personne ne peut s'en plaindre. Nous avions au d�cid� de renforcer nos services sociaux. Ce sont l� des choix politiques que je suis fier de d�fendre.
(interview de Jean-Marc RAFFAELI)
Paul Giacobbi, d�put� et pr�sident du conseil g�n�ral de Haute-Corse adresse une lettre ouverte aux poseurs de bombe.
Messieurs,
Chaque jour, chaque nuit vous d�truisez un bien ou un service public que nous payons avec nos imp�ts et qui est utile � chacun d'entre nous dans notre vie quotidienne. Souvent aussi vous vous en prenez � des biens priv�s qui appartiennent � ceux qui ont investi dans notre �le leur argent mais aussi un peu de leur vie et parfois beaucoup de leur c�ur. Chaque fois c'est un peu de la Corse que vous cassez ou que vous blessez. Car, ce ne sont pas que des biens mat�riels qui sont en cause.
T�t ou tard la folie de l'un de vos attentats tuera ou blessera des innocents. Avez-vous jamais entrevu quand vous amorcez vos bombes ce qui pourrait en �tre la cons�quence: le corps disloqu� de l'enfant que vous prenez le risque de tuer.
Chaque jour vous obligez par la destruction, la menace et les extorsions qui les accompagnent, des familles qui aimaient la Corse � la quitter brusquement et en larmes et vous osez �voquer nos traditions d'hospitalit� Il est arriv� dans l'histoire que ce cort�ge de violences, d'horreurs et d'inhumanit� ait un sens. Aux lendemains du 60e anniversaire de la lib�ration de la Corse nous rendons hommage ceux qui ont utilis� la violence pour lib�rer notre �le et plus g�n�ralement la France envahie et plac�e sous le joug d'une des plus atroces tyrannies que le monde ait connu.
Mais de qui pr�tendez-vous nous lib�rer aujourd'hui : de la d�mocratie, de la France qui est depuis si longtemps indissociable de notre identit�, qui nous apporte sa solidarit� et avec laquelle nous avons partag� plus de deux si�cles de grandeur et de drames ?
Depuis le 9 septembre 1943 la France n'a connu qu'une tyrannie et ne subit qu'une violence organis�e et d�gradante: celle que vous nous infligez. Et s'il faut nous lib�rer de quelque chose c'est de ce que vous nous faites subir et de la peur par laquelle vous tentez de nous imposer votre loi.
Dans notre d�mocratie fran�aise vous disposez de tous les moyens de l'action politique et rien ne justifie le recours � la violence. Et de gr�ce ne nous infligez pas le discours de la fraude �lectorale pour disqualifier la d�mocratie
La fraude existe, elle ne peut qu'�tre sanctionn�e par l'application de la loi, mais elle ne change ni fondamentalement ni syst�matiquement le verdict des urnes devant lequel nous devons tous nous incliner, m�me lorsqu'il nous d��oit.
Vous venez d'ailleurs � cet �gard d'�tre pris en flagrant d�lit de duplicit� : comment osez-vous justifier la vague de violence actuelle par le r�sultat du r�cent r�f�rendum alors m�me que vous avez clairement appel�, � travers vos organisations clandestines � voter � non �? Qui peut encore �tre dupe de pareilles contradictions ?
J'ai bien conscience en m'adressant � vous que vous n'�tes que des ex�cutants et que ceux qui commanditent vos actes sont plus coupables que vous, m�me si vous ne pouvez pas �chapper � vos propres responsabilit�s.
Vous ne pouvez l�ignorer compl�tement et vous ne pouvez �viter de vous poser des questions sur le train de vie, de vos chefs, leurs investissements, les sommes consid�rables dont ils disposent ne serait-ce que pour vous payer.
Ceux l� m�me qui ont initi�, il y a une trentaine d'ann�es, l'action violente en Corse, qui ont eu tort de le faire, mais qui avaient pour eux ta conviction et le d�sint�ressement, ne se g�nent pas pour d�noncer dans la presse ou dans leur �crits cette d�rive financi�re.
Vous, n'�tes donc pas des soldats engag�s au service d'une juste cause mais des mercenaires qui servent les app�tits de pouvoir et d'argent de ceux qui vous paient.
Si vous �tes conscients de tout cela sans que cela vous pose probl�me tout ce que l'on pourra vous dire ne servira � rien. Mais si vous croyez � la Corse, � des id�es, que chacun doit respecter et discuter m�me si nous ne sommes pas d'accord, il est encore temps de renoncer d�finitivement � toute forme de violence et de retrouver le chemin de l'action politique ou tout simplement citoyenne.
On d�montre plus de choses en construisant qu'en d�truisant, la parole publique est plus efficace que la violence clandestine, la conviction que la terreur. Vous devriez y r�fl�chir avant qu'il ne soit trop tard pour vous et pour nous tous c'est-�-dire pour la Corse.
Encore un mot. En m'adressant publiquement � vous et en soulignant le caract�re crapuleux des motivations de vos commanditaires, je sais que je m'expose en retour � la violence que je d�nonce. Mais un homme politique se doit de dire tout haut ce que les citoyens pensent tout bas. Je le fais donc sans h�siter parce que c'est plus que mon devoir, c'est ma raison d'�tre.
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