Des journaux frapp�s de c�cit�
Les m�dias fran�ais ont qualifi� l�attentat de Bagdad d�acte terroriste - pas l�attentat de J�rusalem. Le probl�me ne se retrouve pas uniquement en France. Il s�agit d�une maladie europ�enne.
Que sont les mots devant les corps d�chiquet�s de b�b�s ? Dans cette r�alit� sanglante, les caract�res d�imprimerie auront du mal � soigner, consoler ou expliquer. Et malgr� cela, une semaine apr�s l�attentat, il est pertinent de se pencher sur les termes employ�s en France pour d�crire le carnage de J�rusalem. Pertinent de souligner la vision s�lective des Fran�ais, mise en �vidence par la concomitance d��v�nements tragiques que nous a r�serv�s le destin.
Mardi dernier, quelques heures avant l�explosion � J�rusalem, la terreur avait frapp� au c�ur de Bagdad, enterrant vivant le repr�sentant sp�cial de l�ONU en Irak et faisant vingt-deux autres morts. Deux attentats presque simultan�s, mais pas exactement similaires. L�un a clairement choisi une cible civile - un autobus de fid�les - � J�rusalem Ouest. L�autre visait une organisation internationale, l�ONU, venue aider la force am�ricaine qui occupe la capitale de l�Irak.
Le minist�re des Affaires �trang�res fran�ais a aussit�t r�agi par des d�clarations indign�es, condamnant ces attentats. Le Paris � officiel � n�a pas h�sit� � qualifier d�acte ignoble ce qui s�est pass� � J�rusalem. Cependant, le lendemain, dans les principaux quotidiens fran�ais, les articles publi�s c�te � c�te d�crivaient deux r�alit�s diff�rentes. L�une terroriste, l�autre pas vraiment.
La palme revient au Monde, qui a qualifi� l�attentat de Bagdad de : � nouvelle �tape dans la d�rive terroriste en Irak �. Quant � l�attentat � J�rusalem, il s�agit, pour ce journal, d�un � attentat-suicide �, perp�tr� par une � organisation radicale �. Le mot d� assassinat � n�appara�t pas une seule fois dans l�article. Ce mot, le journaliste du Monde le r�serve pour l�ex�cution d�Isma�l Abou Chanab, qu�il d�crit comme � connu pour son ton mod�r� et son caract�re tranquille �, se r�f�rant apparemment � une interview t�l�visuelle donn�e par ce dernier la veille de sa mort, une interview au cours de laquelle il justifiait l�assassinat de b�b�s juifs. Abou Chanav s�exprimait-il alors aussi, (toujours selon l�appr�ciation du Monde) sur le ton mod�r� que lui dictait son caract�re tranquille ?
Juste derri�re, vient se placer le quotidien de gauche Lib�ration. Dans son �ditorial et dans un reportage de Bagdad, Lib�ration met en garde contre � les terroristes irakiens �. L�assassin de b�b�s � J�rusalem, est, lui, qualifi� de � kamikaze �. Pour le journal de droite le Figaro, il est aussi question de deux �v�nements totalement diff�rents. � J�rusalem, c�est le � mouvement radical palestinien Hamas � qui a revendiqu� l�attentat, alors qu�en Irak, il s�agit, sans l�ombre d�un doute, de � terroristes �.
� droite comme � gauche, la distinction est donc claire. Dans l�Irak occup�, c�est la terreur qui frappe. En Isra�l, ce sont des Palestiniens radicaux, des extr�mistes, des kamikazes. Tout ce que vous voudrez pour ne pas parler de terreur. Le seul qui a sauv� l�honneur de la presse fran�aise est le Parisien (tablo�de souvent d�nigr� par ses confr�res qui lui reprochent son c�t� � populaire �, ce qui n�emp�che pas son tirage d��tre en augmentation permanente). Le Parisien a �t� en effet le seul � appeler l�horreur par son nom, � parler de violence terroriste en Irak et d�acte de terreur en Isra�l.
Quelques articles de plus ou de moins dans le Monde, le Figaro ou Lib�ration ne changeront gu�re la triste r�alit�, cette spirale sanglante qui secoue le Moyen Orient. Il faut cependant qu�en Isra�l, on mette en perspective le vocabulaire des principaux journaux europ�ens et la croisade terroriste meurtri�re dont le but est d�effacer toute pr�sence juive en Isra�l. Ce choix linguistique des Fran�ais est loin d��tre fortuit. Il est le sympt�me d�une c�cit� morale. Une c�cit� dont souffrent, malheureusement, non seulement les journalistes, mais une majorit� de gens en France et sur tout le continent europ�en.
*Sefi Hendeler est le correspondant du quotidien Maariv en France
(source Maariv)
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