Ouvrir dans une nouvelle fen�tre Un triste � h�ros �
Sep 10, 2003

Rafles, tortures, escadrons de la mort... l�arm�e fran�aise a form� les militaires d'Am�rique latine et des �tats-Unis � ces � techniques � anti-subversion. Nous avons d�j� parl� de cette enqu�te explosive de Marie-Monique Robin, pour "90 minutes", d'apr�s les t�moignages des principaux g�n�raux incrimin�s.

On y apprenait notamment que le g�n�ral Aussaresses avait export� son savoir faire en mati�re de torture dans le monde entier. L�auteur a �t� interview� par le journal de Canal+.

Vous r�v�lez que la France et son arm�e ont th�oris� et export� des m�thodes de lutte anti-subversion dans les ann�es 60, en Am�rique latine et aux �tats-Unis. Comment la France en est-elle venue � d�velopper ces techniques?

Marie-Monique Robin: En Indochine, les officiers fran�ais ont d�couvert une guerre diff�rente. L'ennemi �tait partout, tout le monde devenait un ennemi potentiel. C'est ce que le g�n�ral Lacheroy, colonel � l'�poque, qui en est le th�oricien, a baptis� par la suite la � guerre r�volutionnaire�. Apr�s Di�n Bi�n Phu, les militaires fran�ais se sont interrog�s sur leur d�faite. Ils ont compris que les organisations subversives ne pouvaient pas exister sans le soutien des populations civiles.

Quel a �t� le r�le de la guerre d'Alg�rie dans le d�veloppement de cette th�orie?

M.-M. R. Les militaires ont d�velopp� la doctrine fran�aise de la guerre r�volutionnaire en s'appuyant sur les rafles, la torture, les disparitions, les escadrons de la mort. La bataille d'Alger �tait typiquement une guerre urbaine. Dans le but de d�manteler le FLN, l'arm�e a organis� des rafles. Tout le monde �tait arr�t�, des quartiers entiers. Pour faire parler, la torture �tait syst�matique. Mais rien ne devait transpara�tre. D'o� les techniques de disparition, le g�n�ral Aussaresses le dit clairement, puis les escadrons de la mort, des militaires en commando. Cela a pris de l'ampleur apr�s la campagne d'attentats lanc�e par le FLN, puis avec la remise des pleins pouvoirs au g�n�ral Massu le 7 juin 1957. La police se voyait alors plac�e sous l'autorit� militaire. C'est ce qu'ont fait par la suite toutes les dictatures d'Am�rique latine.

Comment la France a-t-elle export� ce � savoir-taire�?

M.-M. R. L'�cole militaire fran�aise a un rayonnement mondial. Des militaires du monde entier viennent y �tudier, comme le g�n�ral Lopez Aufranc en 1957-1959, ou le g�n�ral Bignone, bras droit de Videla. Ils ont m�me fait des �stages � en Alg�rie. Quand le colonel Lacheroy est revenu d'Alg�rie, il a expos� sa th�orie � l'�cole, dans des revues. Il a donn� une conf�rence � la Sorbonne devant 3 000 personnes...

Avec l'aval du gouvernement fran�ais?

M.-M. R.: Pierre Messmer, nomm� ministre des Arm�es en 1960, le reconna�t. Il a lui-m�me �t� contact� par les �tats-Unis, o� des experts fran�ais ont form� les officiers am�ricains. En 1961, l'arm�e fran�aise donnait des cours de lutte antir�volutionnaire dans 16 pays d'Am�rique du Sud et du Nord.

Vous avez recueilli les t�moignages des principaux protagonistes. Comment avez-vous fait? M.-M. R. : J'ai fait un travail d'infiltration, et un travail historique, qui a dur� deux ans. Et puis je suis une femme, je suis s�re que �a a jou�. Tous ces vieux g�n�raux avaient besoin de se justifier..

(Propos recueillis par Martine Chenot-Jeandot)

Or le g�n�ral Lacheroy vient de publier un ouvrage � De Saint-Cyr � l'Action Psychologique � L�auteur y livre sa r�flexion relative � la guerre subversive, r�volutionnaire ou psychologique.

Le quatri�me de couverture annonce ceci :
� Le Colonel Lacheroy fut assur�ment l'une des personnalit�s les plus marquantes de l'arm�e fran�aise au cours des ann�es 1950.
Conf�rencier in�puisable, homme de l'ombre de diff�rents Ministres de la D�fense de la IV�me R�publique, ma�tre � penser d'une g�n�ration d'officiers aux prises avec les conflits d'Indochine et d'Alg�rie, Charles Lacheroy a connu, au tournant des ann�es 1956/57, une immense popularit�, d�passant m�me les seuls milieux militaires.

Cet ouvrage vient combler un vide : souvent cit�s, manifestement peu lus, ceux qui furent qualifi�s, au moment de la guerre d'Alg�rie, de th�oriciens de la guerre r�volutionnaire et de l'action psychologique n'ont laiss� que fort peu de t�moignages.

Le plus c�l�bre d'entre eux a enfin d�cid� de parler apr�s plus de 40 ans de silence.
Qui est-il ? Quel fut son parcours d'officier et d'homme ? Comment a t-il �t� conduit � formuler une pens�e militaire originale et novatrice ?

Tel est l'objet de ce livre-t�moignage qui, par son caract�re in�dit et hors des sentiers battus, int�ressera tout autant les historiens et sp�cialistes du monde contemporain que le grand public soucieux de mieux comprendre une p�riode encore mal connue de notre histoire.

N� en 1906, Charles Lacheroy est Saint-Cyrien de la promotion Maroc-Syrie (1925/27). Il vit � Aix en Provence �.

Le succ�s du g�n�ral Aussaresses aurait pouss� ce vieux soldat � revendiquer ses droits sur les horreurs de la guerre contre-r�volutionnaire.

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s