La France � hue et � dia
Jul 1, 2003
Auteur: L'investigateur

La France aura-t-elle le courage d�aller jusqu�au bout de sa r�volution d�centralisatrice sans y �tre oblig� par l�Europe et le monde ? Rien de moins s�r. La preuve : elle est parfois prise de hoquets autoritaires comme le d�montrent l�affaire Montgolfier et l�affaire Al�gre.

Quittons par la pens�e le XXI�me si�cle et fermons les yeux. N��coutons plus que le � grondement � de la France d�en haut. Qu�entendons-nous ? Le ministre de la Justice d�sign� aussi comme � le Garde des Sceaux � Dominique Perben cause � lui seul un vacarme retentissant. Ils nous parlent du d�cret de gr�ce du 14 juillet "en pr�paration". Il nous annonce une "r�organisation" judiciaire � Nice. Il tente de mettre de l�ordre, son ordre dans l�affaire Al�gre. Bref, le pouvoir central qui pr�tend l�cher du lest est actuellement partout. Ou plut�t il est remont� en forces dans les domaines r�galiens � savoir l��ducation nationale, le maintien de l�ordre et la justice. Serions-nous revenus au temps de la royaut� ? Question annexe. Avons-nous jamais quitt� une forme de monarchie constitutionnelle ? Car enfin, notre �poque rappelle curieusement les ann�es 80. Nous voulons �videmment parler des ann�es 1780. � l��poque, le ministre Necker a annonc� une r�forme �conomique n�cessaire. Car la France est en crise : crise �conomique et crise politique. Mais elle a l�heur de ne pas satisfaire les fermiers-g�n�raux et un certain nombre de robins de province. Exit Necker avec l�aide de Marie-Antoinette. Le pauvre Louis XVI tout � son horlogerie et � ses serrures peine � imposer les r�formes n�cessaires. Le pouvoir provincial prend de l�importance. Puis c�est l�irrationnel : la Grande Peur. Il est trop tard. � la Bastille par un �t� caniculaire, on tue le gouverneur d�une prison tomb�e depuis belle lurette en d�su�tude. Qu�importe : elle deviendra le symbole de l�oppression elle qui servait � mettre � l�ombre des aristocrates faillitaires et des d�chus du pouvoir. C�est toute la France �a. Et parce qu�en d�finitive la R�volution c�est le ressaisissement du pouvoir central contre la province, le parti de la bourgeoisie triomphe. Passons sur les d�tails et les convulsions de cette France sans cesse partag�e entre un d�sir de retrouver sa libert� int�rieure et sa tentation d�un pouvoir centralis� qui brise toutes r�sistances en son propre sein. Hier �tienne Marcel, pr�v�t des marchands de Paris mena�ait une royaut� faiblarde et aussit�t les riches paysans du Beauvaisis se soulevaient en une jacquerie transform�e par la gr�ce d�un marxisme essentiellement r�visionniste en une r�volution de petits paysans. Louis XIV s�imposait contre ses minorit�s, protestantes par ci provinciales par l�. La France de l�an II c��tait aussi le centralisme contre la province royaliste notamment en Vend�e et en Bretagne. Napol�on c��tait la province aux pieds de Paris. Thiers et Versailles c��tait curieusement l��tranglement du Paris soulev� pour mieux redonner le pouvoir au c�ur de la France : sa capitale.

Alors que se passe-t-il aujourd�hui ? De Gaulle avait incarn� une sorte de retour � la monarchie quand P�tain repr�sentait la France rurale, provinciale � la fois paysanne et notabilis�e. La Quatri�me R�publique n�avait en d�finitive �t� que la prolongation de P�tain comme P�tain avait le prolongement monstrueux de la 3�me n�e des amours des monarchistes tels que Thiers, Mac Mahon et des R�publicains nationalistes qui m�neront � la Premi�re guerre mondiale.

Aujourd�hui encore le projet corse de Sarkozy transcende et divise les grandes familles politiques. Mais ce fut vrai en toute �poque. Les monarchistes r�vaient pour les uns d�une monarchie provinciale les autres d�un pouvoir absolu. C��tait l� le grand d�bat entre les Bourbons et les Orl�ans. Cette ligne de fracture perdura dans la droite fran�aise voire dans l�extr�me-droite. Les uns sont europ�ens et jacobins, les autres franco-centristes et girondins. � gauche ? M�me combat jusqu�au sein des partis.
Dans un tel paysage, boulevers� � l�extr�me, l��tat doit c�der du terrain. Et les territoires qu�ils occupaient sans contestation possible hier se d�couvrent peu � peu et laissent la place � de nouveaux pr�tendants. Ils sont issus du pouvoir m�diatique, du pouvoir judiciaire. Ils hurlent qu�ils veulent un nouveau partage des pouvoirs. Les petits juges sont de ceux-l� et les journalistes qui ont � d�couvert � les affaires �galement. Ils ne sont que le produit de la d�composition �tatique.

La France est le pays d�Europe le moins syndiqu� (moins de 11% des actifs), le moins � liseur � de journaux. C�est un pays qui ignore l�art des n�gociations et du compromis. On pr�f�re ne pas discuter quitte � rendre la situation explosive. D�o� ce syndicalisme jusqu�au boutiste, ce patronat stupide et hautain, cette gauche souvent marxisante et cette droite revancharde. Le r�sultat se paye en jours de gr�ve, en retard � l�investissement. Les Fran�ais, dot�s de l�un des syst�mes les plus centralis�s au monde, sont aussi ceux qui bougent le moins. On appartient � une province plus qu�� un pays. On parle une langue et on regarde l�Europe de haut.

C�est tout cela, soit un mill�naire de culture fran�aise, qui est remis en cause par la v�ritable r�volution de ce mill�naire : la mondialisation.

Nous parlions plus haut des pouvoirs remis en cause. Les affaires Montgolfier et Al�re sont la d�monstration de ce que nous avan�ons. Le procureur Montgolfier est un excellent procureur. Peut-�tre a-t-il parfois p�ch� par imprudence. Mais il a d�nonc� des faits vrais. Et tous les habitants de Nice, Toulon ou Marseille le savent. Mais les hobereaux locaux ont eu sa peau parce que tout simplement les territoriales de 2004 approchent et que le pouvoir actuel esp�re bien l�emporter afin de contr�ler la d�centralisation. Il en est de m�me pour Al�gre. Le tueur en s�rie est un malade mental. Monsieur Baudis doit profiter de la pr�somption d�innocence. Il n�emp�che que la justice s�exerce de fa�on caricaturale. Aucun des policiers mis en cause n�a encore �t� entendu. Le principal t�moin est emprisonn� pour d�nonciation abusive etc. etc.

Est-ce � dire que nos notables provinciaux sont plus pourris qu�avant et que la d�centralisation est en cause ? Absolument pas. Malheureusement, les horreurs d�voil�es � Toulouse comme hier � Auxerre ont toujours exist�. Mais la crise de l��tat permet qu�aujourd�hui on en parle malgr� les tentatives d��touffement.

Qu�on le veuille ou non la mondialisation fera craquer la centralisation fran�aise. Mais il revient � la France de savoir mener sa propre op�ration faute de quoi, elle se fera dans les pires conditions. La R�publique a fabriqu� de nouveaux aristocrates, robins pour les uns technocrates pour les autres. Ce sont eux qui r�sistent. Ce sont eux qu�il faut mettre au pas. Pour le bien de la France.

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s