Au bon plaisir du pr�sident Fran�ois Mitterrand
Jun 3, 2003
Auteur: L'investigateur

Le temps qui passe est cruel pour les idoles momifi�es au Panth�on de la France id�ale. L�image de Fran�ois Mitterrand s�est effrit�e au fil du proc�s Elf. Gu�re plus reluisant que ses pr�d�cesseurs, le p�re Fran�ois est apparu comme un potentat tyrannique et �gocentrique. Ainsi il aurait fait racheter par Elf pour son plaisir personnel la maison de son ami le docteur Raillard.

Tous les lundis, Fran�ois Mitterrand jouait au golf avec son ami, le docteur Laurent Raillard. Celui-ci �tait d�sireux de vendre sa propri�t� de Louveciennes dans les Yvelines, une maison de ma�tre de 600 m2 habitables, situ�e dans un parc arbor�. On a beau �tre de gauche on reste attach� aux biens mat�riels de notre pauvre monde. M. Mitterrand fait alors savoir au pr�sident d'Elf, Lo�k Le Floch-Prigent, que M. Raillard cherche acqu�reur.

Cela suffit pour que Elf agisse. Raillard en a r�v� et Mitterrand l�a fait.

M. Le Floch-Prigent en parle � Alfred Sirven qui en parle � Jean-Fran�ois Pag�s, le directeur du patrimoine immobilier du groupe. Et en juin 1991, Elf ach�te la villa, pour 20 millions de francs, plus 6 millions en dessous-de-table. Le prix est tr�s largement surestim� pour la c�te immobili�re de l��poque. Mais qu�importe ! Quand on aime, on ne compte pas. Et Mitterrand aime Raillard et Elf aime Mitterrand, l�incarnation glorieuse d�une France g�n�reuse. Surtout avec l�argent de l�Afrique et des Fran�ais. Officiellement, cette demeure sera destin�e � servir de lieu de r�ception pour les prestigieux clients africains de la compagnie p�troli�re. Mais �a n�est un pr�sident de gauche qui va � fabriquer � un sans domicile fixe. Aussi le docteur Raillard obtient-il fort g�n�reusement le droit de rester dans les lieux, moyennant paiement d'un loyer mensuel.

M. Pag�s se souvient tr�s bien de l�affaire : "C'est M. Raillard qui a fix� le prix de sa maison, �a ne se discutait pas, c'est tout. Quand, en 1991, on vous fait en permanence r�f�rence au pr�sident Mitterrand, c'est extr�mement difficile de dire non."

Et puis le docteur Raillard commence � faire des caprices sans que Elf ne puisse dire non. Elf paye donc les factures d'eau, d'�lectricit�, de fuel, de t�l�phone de M. Raillard. Le salaire du couple de gardiens de la villa, "avec les primes d'anciennet�" ? Qu�� cela ne tienne ? Une parole du bon docteur � son ami le bon Pr�sident et tout est r�gl� rubis sur l�ongle. Aux frais de la princesse bien entendu� Non, nous ne parlons pas ici de Mazarine, nourrie, gard�e et entretenue elle-aussi par la France mais de la R�publique, cette bonne vieille royaut� fran�aise qui ne veut pas dire son nom.

"Les diktats du Dr Raillard, c'�tait surr�aliste ! �a tenait de la gaminerie boudeuse, d�crit Pag�s avec amertume. Et si on avait le malheur de ne pas abonder dans son sens, on savait qu'il irait se plaindre le lendemain matin, au neuvi�me trou de son parcours", Au bout de quelques mois, M. Raillard ne paye plus son loyer. Il doit estimer qu�on lui doit un logement � l��il, un logement qui lui a tout de m�me �t� achet� 26 millions de francs. Elf ren�gocie. En �change d'une occupation gratuite des lieux, M. Raillard s'engage � assurer quelques r�ceptions pour le compte d'Elf. Et Pag�s d�ajouter : "Si je lui avais donn� son pr�avis, je pouvais donner le mien en m�me temps !"

Le pr�sident couvre sans h�sitation. Alfred Sirven confirme. "C'est vrai que cela n'a pas �t� une p�riode facile. Et nous n'avons pas �t� tr�s durs sur les conditions dans cette affaire-l�� Un jour, j'ai crois� le pr�sident de la R�publique � Louveciennes, et il m'a dit : 'Eh bien, Elf a encore fait une bonne affaire !'"
Il �tait cinoque ou alors compl�tement cynique.

M. Le Floch-Prigent n�a rien � ajouter � la version de ses deux anciens collaborateurs. L'achat de cette villa, explique-t-il, �tait � un ordre du pr�sident qui m'a �t� confirm� ex post�C'�tait le souci de tous ses collaborateurs de trouver une solution pour que le pr�sident puisse continuer d'aller tous les lundis � Louveciennes, comme il en avait l'habitude."

Gravement malade, le Dr Raillard, �g� de 78 ans, n'a pas pu compara�tre devant le tribunal.

Au fait il a peut-�tre des enfants qui vont profiter de tout cet argent. Il serait vraiment injuste que le bon docteur se soit donn� tout ce mal pour rien.

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