Est-ce vraiment un hasard si l�arrestation de Jos� Bov� correspond avec une offensive mondiale des �tats-Unis sur le probl�me des OGM, ces organismes g�n�tiquement modifi�s qui ont valu au leader paysan sa condamnation ? La France a beaucoup � se faire pardonner depuis sa position sur la guerre en Irak. Or l�Europe peine � adopter une position lib�rale en mati�re d�OGM et les actions du mouvement altermondialiste n�y sont pas pour rien.
Les �tats-Unis pr�nent un emploi sans r�serve des OGM tandis que leurs adversaires affirment qu�on ne conna�t pas encore les cons�quences de ces organismes sur la cha�ne de vie et plus particuli�rement sur les �tres humains. De surcro�t l�emploi des OGM pose un v�ritable probl�me �conomique. Leur fabrication est entre les mains de quelques firmes � dominante am�ricaine dont Monsanto. Ce qui signifie que d�ici une vingtaine d�ann�es ces firmes poss�deront la ma�trise totale des semences qui ont la particularit� de ne pas pouvoir se reproduire. Elles sont de plus tr�s co�teuses � l�achat. Pour faire court, cette agriculture sera non seulement domin�e par les grandes firmes agroalimentaires mais aura pour particularit� d��liminer toutes les agricultures autochtones. La majorit� des peuples de la plan�te seront donc soumis � la loi du profit le plus sordide. Fervents adeptes d�un syst�me qui �liminent les plus faibles, les �tats-Unis que seul cette loi de la jungle peut permettre � l��conomie mondiale de fonctionner. Leurs adversaires craignent un monde sans humanit� dans lequel les riches s�enrichiront au d�triment d�une masse de pauvres soumis aux al�as d�une bourse capricieuse.
L�offensive am�ricaine concernant les OGM a commenc� depuis des ann�es. Mais cette ann�e, l�administration Bush pousse son avantage.
La Conf�rence minist�rielle et l'exposition sur les sciences et techniques agricoles se tiennent du 23 au 25 juin � Sacramento- (Californie). Elles mettront l'accent sur le r�le critique que peut jouer la technologie au niveau de l'augmentation de la productivit� agricole des pays en d�veloppement.
La ministre am�ricaine de l'agriculture, Mme Ann Veneman, s�est longuement expliqu�e dans une interview accord�e au "Washington File". Elle a pr�cis� que cette conf�rence avait �t� convoqu�e � l'issue du Sommet mondial de l'alimentation organis� en 2002 � Rome par les Nations unies.
Plus de 150 ministres repr�sentant 105 pays participent � cette conf�rence minist�rielle.
L�argumentation am�ricaine
Le pr�sident de la Chambre des repr�sentants des �tats-Unis, M. Dennis Hastert, a �tabli un lien entre la faim en Afrique et la politique selon lui malavis�e de l'Union europ�enne (EU) relative aux organismes g�n�tiquement modifi�s (OGM). M. Hastert est intervenu afin de r�agir � un rapport affirmant que le Soudan avait refus� d'accepter des OGM dans les camps de r�fugi�s, ce qui, selon l'Agence des �tats-Unis pour le d�veloppement international (USAID), nuira � 97 % des enfants de ces camps.
Selon M. Hastert la r�action du Soudan cadre "avec la r�cente tendance en Afrique, o� plusieurs pays ont rejet� de l'aide alimentaire am�ricaine parce que certaines livraisons contenaient du ma�s g�n�tiquement modifi�. Ces d�cisions sont motiv�es exclusivement par la crainte de voir les pays de l'UE refuser les exportations alimentaires africaines pour cause de contamination des r�coltes locales par des OGM."
L'administrateur de l'USAID, M. Andrew Natsios a abond� dans le m�me sens. "Il ne fait aucun doute que l'absence d'une r�glementation fonctionnelle et reposant sur des bases scientifiques, alli�e � la crainte irrationnelle de la biotechnologie dans l'Union europ�enne a entrav� le d�veloppement des produits issus de ces techniques en Afrique."
"La r�alit� est que la plupart des produits issus de la biotechnologie et destin�s aux petits agriculteurs africains, qui ont du mal � assurer leur subsistance, risquent fort peu d'affecter les denr�es export�es vers l'Europe. Malheureusement, des affirmations insens�es insinuant que les g�nes modifi�s risquent de se transmettre d'une esp�ce � l'autre, par exemple du ma�s aux arbres fruitiers, ont renforc� les craintes."
Affirmant que cette "hyst�rie" sans fondement �tait l'un des principaux obstacles au d�veloppement et � l'utilisation de la biotechnologie, M. Natsios a abord� plusieurs aspects scientifiques de la question, notamment l'affirmation selon laquelle ces produits sont dangereux pour la sant�.
"Le pr�sident en mange. Tous les membres du Congr�s en mangent dans leurs c�r�ales. La r�alit� est qu'il n'y a eu aucun probl�me de sant�. Personne n'a fait de proc�s." Le ma�s g�n�tiquement modifi� est utilis� aux �tats-Unis depuis sept ans.
Et M. Hastert d'ajouter : "On pourrait penser que l'Union europ�enne, et tous les pays qui ont adopt� des mesures protectionnistes du m�me type, finiraient par adopter une technologie si prometteuse. Or, il n'en est rien. Il est maintenant �vident que seule une intervention de l'Organisation mondiale du commerce constituera un message convaincant selon lequel des mesures d'interdiction de la biotechnologie non fond�es sur le plan scientifique sont ill�gales."
Cependant, certains pays africains sont favorables � ces m�thodes d'am�lioration de l'agriculture africaine. Le pr�sident du Nigeria, M. Olusegun Obasanjo, a publiquement approuv� la biotechnologie et a critiqu� les travaux de groupes qui cherchent � interdire son utilisation en Afrique. L'Afrique du Sud a �galement r�cemment approuv� de nouvelles vari�t�s de cultures.
"Voir les deux g�ants �conomiques de l'Afrique approuver ces techniques est encourageant", a d�clar� M. Natsios. "Nous esp�rons que leur exemple sera suivi ailleurs."
Non contente d'encourager les dirigeants africains � adopter la biotechnologie, l'USAID soutient plusieurs organisations et institutions de recherches africaines, notamment au Kenya, en Ouganda, au Nigeria et en Afrique du Sud, afin de les aider � concevoir leurs propres strat�gies en mati�re de biotechnologie.
Pour ce faire, l'USAID s'est associ�e � plusieurs groupes, dont la Fondation Rockefeller. Cette derni�re insiste sur le fait que les Africains doivent avoir le mot de la fin en ce qui concerne le recours � la biotechnologie.
Les intervenants am�ricains ont fait remarquer que l'aide alimentaire n'�tait qu'une solution � court terme d'un probl�me qui, sans une strat�gie � long terme d'augmentation de la production agricole, ne pourra que s'aggraver. "Notre meilleur espoir d'augmenter la productivit� est de recourir � l'outil puissant que constitue la biotechnologie. Cette technique permet de cr�er de nouvelles vari�t�s de plantes qui tol�rent la s�cheresse et la pauvret� des sols, qui r�sistent aux insectes nuisibles et aux maladies, et qui sont dot�es d'autres caract�ristiques uniques, notamment sur le plan nutritionnel."
Nous reproduisons ci-dessous l�interview de la ministre am�ricaine de la culture, Ann Veneman. Elle donne une id�e de l�enjeu plan�taire de cette offensive am�ricaine.
Question - Quelle est la taille de la d�l�gation am�ricaine ? Quels seront les principaux officiels am�ricains ? Des repr�sentants du secteur priv� se joindront-ils � eux ?
Mme Veneman - Cette conf�rence historique est la plus vaste r�union minist�rielle jamais organis�e par le minist�re am�ricain de l'agriculture. Plus de 150 ministres se rassembleront � Sacramento, repr�sentant 105 pays et plus de 5 milliards d'habitants de la plan�te. Cette conf�rence est coparrain�e par l'Agence des �tats-Unis pour le d�veloppement international et le d�partement d'�tat des �tats-Unis.
S'y adresseront plus de 80 orateurs et sp�cialistes du monde entier qui ont �t� s�lectionn�s par un comit�. Parmi eux se trouveront des experts de gouvernements des pays d�velopp�s et en d�veloppement, d'organisations internationales, d'instituts de recherche et d'universit�s, de fondations et du secteur priv�.
Question - Quels seront les principaux sujets de d�bat ?
Mme Veneman - Le th�me de la conf�rence est le r�le critique que jouent les sciences et les techniques dans l'augmentation de la productivit� agricole des pays en d�veloppement afin de lutter contre la faim et la pauvret�, mais tout en respectant l'environnement.
En juin dernier, � Rome, au Sommet mondial de l'alimentation, les �tats-Unis ont fait partie des 180 pays qui se sont r�unis pour faire le bilan des progr�s r�alis�s vers l'objectif de la r�duction de moiti� du nombre des affam�s d'ici � 2015. Nous avons constat� que les choses �voluaient beaucoup trop lentement. Or lorsqu'il s'agit de la question de la faim, des vies sont en jeu. La seule fa�on d'atteindre notre objectif est d'acc�l�rer la production et la productivit� agricoles dans les zones les plus afflig�es par la famine et la malnutrition. D'o� cette conf�rence. Lors des discussions avec les ministres, la question du r�le de la technologie a �t� soulev�e � maintes reprises. Nombre de mes coll�gues �taient d'avis que la propagation des innovations scientifiques et techniques dans le domaine de l'agriculture profite � tout le monde. Ainsi est n� le th�me de la conf�rence minist�rielle de cette semaine : que peut faire la technologie pour nous ? Comment pouvons-nous partager avec d'autres ce que nous apprenons ?
Question - Quels sont les principaux points de vue que les �tats-Unis vont mettre en avant durant cette conf�rence ?
Mme Veneman - Nous mettrons d'abord l'accent sur la n�cessit� pour les pays en d�veloppement d'adopter et d'adapter les nouvelles techniques. Nous aborderons donc les questions de l'acc�s � ces techniques, des nouveaut�s en mati�re de recherche scientifique, du lien entre r�glementation et innovation, des m�canismes politiques et institutionnels n�cessaires aux transferts de techniques et du d�veloppement de structures locales de recherche. Nous explorerons en outre la cr�ation de partenariats visant � aider les pays en d�veloppement � accro�tre leurs rendements agricoles.
Les techniques actuelles et � venir offrent la possibilit� d'augmenter les rendements agricoles, d'am�liorer les qualit�s nutritionnelles des aliments, de fournir des vaccins comestibles peu co�teux et d'offrir de nouvelles possibilit�s de commercialisation. Ces techniques offrent �galement de nouvelles perspectives de ressources aux agriculteurs dans les domaines des plastiques biod�gradables et des produits bio�nerg�tiques issus de l'agriculture.
L'augmentation de la productivit� agricole, l'am�lioration de la nutrition et une meilleure distribution des vivres n�cessitent la diss�mination et l'adoption des techniques existantes et nouvelles. Ces derni�res sont partie int�grante de l'instauration de la s�curit� alimentaire dans le monde. Nous voulons encourager les pays � �uvrer de concert afin de profiter des avantages qu'offrent les nouvelles techniques.
Question - Quels sont les pays qui soutiennent le plus la position des �tats-Unis ?
R�ponse - Comme je l'ai d�j� dit, plus de 180 pays ont r�affirm�, lors du Sommet mondial de l'alimentation de juin dernier, leur soutien en ce qui concerne la r�alisation des objectifs du Sommet de 1996, notamment celui de r�duire de moiti� d'ici � 2015 le nombre de personnes qui souffrent de la faim dans le monde. Je pense donc qu'il est bon de dire que tous les pays dont les repr�sentants assisteront � cette conf�rence sont favorables � la r�alisation de cet objectif, qui n'est pas seulement l'objectif des �tats-Unis, mais aussi celui de l'ensemble de la communaut� internationale.
Question - Avec quels pays aurons-nous des n�gociations particuli�res ?
R�ponse - Le nombre des entretiens bilat�raux n'est pas encore tout � fait fix�, mais j'esp�re m'entretenir avec des repr�sentants d'au moins 10 � 12 pays. En outre, je pr�siderai deux r�unions r�gionales avec des ministres africains et avec des ministres latino-am�ricains.
Question - Quels autres grands points tenez-vous � souligner ?
R�ponse - Une t�che de grande ampleur nous attend : plus de 800 millions de personnes, soit 1 personne sur 7, souffrent d'une faim chronique. Un tiers des enfants dans le monde entier sont sous-aliment�s. Toutes les 5 secondes, un enfant meurt de faim. La moiti� de la population mondiale ne dispose que de 2 dollars par jour pour vivre. Le vaste �cart entre les pays industriels et les pays en d�veloppement qui ne fait que s'accro�tre est inacceptable. Nous pouvons cependant faire quelque chose � ce sujet.
L'augmentation de la productivit� agricole dans les pays en d�veloppement est l'une des mesures les plus directes que nous pouvons prendre pour r�duire la faim dans le monde. Elle doit faire partie d'une strat�gie ax�e sur la croissance et visant � atteindre les pauvres dans les zones rurales.
L'augmentation de la productivit� agricole constitue une mani�re d'accro�tre les quantit�s de vivres et l'acc�s � ces vivres dans les pays en d�veloppement. Il convient � cet effet que ces pays adoptent une politique ax�e sur l'�conomie de march� qui contribue � stimuler leur secteur agricole au lieu de l'entraver.
Lors de r�unions ayant trait � la r�duction de la pauvret� dans le monde, � l'am�lioration des r�sultats �conomiques et � la hausse du niveau de vie des populations, le pr�sident Bush souligne souvent que nous devons donner l'exemple. Les �tats-Unis ont fait cela en s'engageant � fournir des millions de dollars au titre du financement des mesures de r�duction de la pauvret� et du d�veloppement �conomique � travers le monde. Ces mesures comprennent le renforcement des capacit�s, la collaboration avec les pays en d�veloppement en vue non seulement d'augmenter leur productivit� et de subvenir � leurs besoins alimentaires, mais aussi de mettre en place les institutions qui les aideront � jouer un r�le plus actif dans le commerce international.
Le commerce peut, et doit, jouer un r�le fondamental dans la satisfaction des besoins alimentaires du monde. Dans l'�conomie mondiale actuelle, l'�conomie de march� et le libre-�change permettront bien mieux � la population d'avoir acc�s aux vivres si les �tats n'�rigent pas des obstacles inutiles au syst�me commercial. Nous devons collaborer �troitement afin de veiller � ce que notre syst�me commercial joue son r�le dans toute la mesure du possible de mani�re � accro�tre la s�curit� alimentaire de la population mondiale.
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