La fausse victoire de Monsieur Raffarin
Jun 13, 2003
Auteur: L'investigateur

Le Premier ministre est certain de tenir sa victoire. De fait la mobilisation contre le projet des retraites reflue. La radicalisation de certains secteurs le d�montre a contrario. Mais o� se situe la victoire de Monsieur Raffarin ? C�est donc dit la r�forme des retraites sera vot�e lorsque le Parlement aura �lagu� le maquis des amendements d�pos�s par l�opposition. Passons sur les �carts de langage mis�rable du Premier ministre. Affirmer que le Parti socialiste confond sa patrie et son parti rappelle des temps ex�crables et l�on ne voit pas tr�s bien ce que cela apporte au d�bat. D�une gestuelle relativement ridicule, le Premier Ministre devrait s�abstenir de ses � bons mots � qui deviennent de v�ritables maux pour une cause qui n�a pas besoin de ces m�chantes formules.

Analysons d�abord les raisons de la d�faite momentan�e des syndicats. La France est le pays le moins syndiqu� de toute l�Europe : moins de 11% de la population active. Cette faiblesse est compens�e par des bastions dans les entreprises nationalis�es plac�es � des centres strat�giques : �nergie, transport, administration. Mais l� s�arr�te la v�ritable puissance syndicale. Dans le secteur priv�, c�est une v�ritable d�b�cle qu�ont subie les grandes conf�d�rations depuis les ann�es 80 et l�arriv�e de la gauche au pouvoir. Non que celle-ci se soit attaqu�e � ce contre-pouvoir mais son accession � la pr�sidence de la r�publique a correspondu avec la grande crise sid�rurgique puis � la crise tout court de l�industrie europ�enne.

Les syndicats ont donc jou� sur leur propre client�le : celle du secteur public et nationalis�. Ce faisant ils se sont coup�s d�une grande partie du monde du travail qui travaille d�j� 40 ans et n�aime gu�re les fonctionnaires et leurs � acquis �. L��chec du mouvement r�side dans son incapacit� � �tendre la col�re au secteur priv�. Sa force a surtout �t� la b�tise du gouvernement qui croyant b�n�ficier de 83% de l��lectorat a jet� en vrac toutes les r�formes au risque de f�d�rer les m�contentements.

En jouant l��preuve de force, le gouvernement Raffarin a pris un risque monumental : celui de faire perdre la face � des syndicats qui, qu�on le veuille ou non, canalise la col�re des salari�s. Il a pris le risque d��mietter les centres de d�cision et de se retrouver � l�automne en face d�une multitude de coordinations. La CGT ne demandait qu�� n�gocier. Avec quelques miettes, elle aurait cri� � la victoire. Mais la droite fran�aise ne poss�de pas la culture du dialogue. Elle est issue de ces franges dures qui, avant la Seconde Guerre mondiale, ne percevaient dans le monde ouvrier qu�une masse de � salopards en casquette �. Or l� r�side le grand malentendu. Le pr�sident de la R�publique doit en partie sa victoire aux gr�vistes d�aujourd�hui. Dans un pays rest� tr�s client�laire, les fonctionnaires (dont on ne dira jamais assez l��trange �go�sme et souvent le conservatisme) attendaient du mieux dans leur situation. La r�action de nombreux �l�phants du PS en faveur de la r�forme, d�montre le malaise de la gauche. Qu�aurait-elle fait d�autre ? Rien vraisemblablement mais elle doit se refaire une sant� et ne peut trouver ses vitamines que dans ce mouvement si ambigu.

Le gouvernement sait la soci�t� fran�aise malade, bouff�e par les scandales, min�e par les comportements indignes d�un certain nombre de magistrats et d�hommes politiques. Elle craint plus qu�un danger d�extr�me-gauche, un retour de flamme du Front National. Fort heureusement, Jean-Marie Le Pen est plus occup� � imposer sa fille qu�� pr�cipiter les Fran�ais dans la rue. Mais monsieur Raffarin veut imposer sa l�gitimit� parlementaire. Il a raison sur le principe. Mais il y a aussi la mani�re.

Il n�emp�che que Monsieur Raffarin a donn� l�impression de se � venger � du peuple de gauche apr�s s�en �tre servi. Le bon passage du bac donne le signal du reflux. Mais gare � l�automne qui risque d��tre tr�s tr�s chaud. Et si d�ici l�, le gouvernement n�a pas donn� l�impression aux syndicats qu�il pouvait leur offrir de petits quelques choses en �change de la paix sociale, alors tout repartira de plus belle et cette fois-ci avec pour paysage le spectre de 1995. Jupp� y avait perdu son poste avec un temps retard. Raffarin n�y r�sistera pas.

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s