Le Hamas, une organisation terroriste
Jun 11, 2003
Auteur: L'investigateur

Le mouvement radical islamiste palestinien Hamas, dont l'un des chefs, Abdelaziz Al-Rantissi, a �chapp� mardi matin � une tentative d'�limination isra�lienne, a appel� en fin d'apr�s-midi l'Autorit� palestinienne � geler tous ses contacts avec Isra�l."Le Hamas demande � Abou Mazen (nom de guerre de Mahmoud Abbas, ndlr) de prendre la seule d�cision responsable qui s'impose, � savoir stopper tous les contacts avec l'ennemi sioniste, abandonner la � feuille de route � et confirmer le droit de notre peuple � r�sister � l'occupation", indique le Hamas dans un communiqu�."L'ennemi sioniste a d�clar� la guerre � notre peuple, � notre mouvement, � notre Intifada, mais il perdra cette guerre", a averti le mouvement. M. Rantissi, 55 ans, consid�r� comme le chef politique du Hamas en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, a �t� bless� mardi matin dans une attaque aux missiles tir�s par des h�licopt�res isra�liens contre son v�hicule qui circulait dans le centre de Gaza. Trois Palestiniens ont �t� tu�s lors de cette op�ration, parmi lesquels un garde du corps de M. Rantissi et deux passants, dont une fillette de huit ans.

M. Rantissi est loin d��tre un enfant de ch�ur. D�j� en 2001, il �tait le repr�sentant de l�aile dure du Hamas. C�est lui qui a �t� � l�origine de la vague d�attentats suicides qui frappe l��tat h�breu depuis des ann�es. Il appartient au triumvirat qui dirige le Hamas depuis Gaza � savoir le cheikh Ahmed Yassine, le � guide spirituel �, Abdel Aziz al-Rantissi, le chef politique et � charismatique � qui est aussi le v�ritable homme fort du mouvement et Isma�l Abou Chanab, plus mod�r� que Rantissi. � l'�tranger, principalement en Syrie, vit un autre trio : Imad al-Alami, Moussa Abou Marzouq et Khaled Mechaal. Ils ont perdu de l'influence depuis que Yassine, Rantissi et Abou Chanab sont sortis des prisons isra�liennes dans les ann�es 1997-1998. Depuis aussi que la Jordanie les a expuls�s. �Damas leur laisse les mains libres... Tant qu'ils n'op�rent pas � partir de la Syrie. Mais ils sont plus loin des territoires palestiniens, les communications sont moins faciles� Arafat esp�rait que les attentats du Hamas am�neraient les Isra�liens � n�gocier ou � se retirer des territoires palestiniens, et le Hamas a profit� du champ libre... Mais, depuis le 11 septembre, tout a chang�. �Yasser Arafat ne peut plus se permettre d'�tre class� du c�t� du mal dans le monde binaire de Bush.� N�anmoins tous les mod�r�s du Hamas � savoir Mohamed Chamaa ( l'un des fondateurs du mouvement), Sa�d Abou Moussamah ; Khaled el Hindi, Imad Falouji (ministre des postes et t�l�communications), Ahmad Bahar, Sa�d Abou Mousaymah, Cheikh Hamid Bitawi, Cheikh Sa�d Bilal et Cheikh Taysir Bayoud ont vu leur influence r�duite � n�ant.

L��tat h�breu n�est pas exempt de reproche car il a grandement favoris� le Hamas quand il voulait un Arafat faible.

Aujourd�hui, le Hamas peut se vanter de contr�ler une bonne moiti� des mosqu�es de Gaza et nombre de fondations caritatives, d'associations sportives ou d'institutions financi�res. Le Hamas a �t� fond� le 18 avril 1988 par des hommes comme Abdelaziz Rantissi. Son inspiration se trouvait dans la doctrine des Fr�res musulmans, qui, on ne le sait pas assez, �taient alors partie int�grante du Fath, le parti de Yasser Arafat . Le cheikh Yassine, proche du Fr�re musulman Sadek al-Mazini, et le co-fondateur du mouvement, Abdelaziz Rantissi pr�conisent une islamisation par le bas avec pour objectif l'application de la Chari'a, la loi islamique. La branche militaire du mouvement, le Groupe Ezzedine al-Kassem, issu de l'intifada le d�borde et proc�de � des actions arm�es contre Isra�l � partir du printemps 1989. Le cheikh aveugle est alors emprisonn� � vie. En 1992, � la suite de l'enl�vement et de l'assassinat d'un garde-fronti�re isra�lien, les autorit�s isra�liennes d�cident de d�capiter l'aile politique du mouvement en bannissant au Liban quatre cents de ses membres r�els ou suppos�s.

Le bras arm� du Hamas, le Groupe Ezzedine al-Kassem clandestin par nature, profite alors de l'absence de contr�le politique pour prendre une certaine ind�pendance. Il d�cide de faire passer au second plan l�islamisation des territoires occup�s et de mettre en premi�re ligne la lutte contre Isra�l. La solidarit� arm�e aidant, il se rapproche du Fath � partir de 1994. Une tr�ve est sign�e au Caire en d�cembre 1995 entre l'Autorit� Palestinienne et le Hamas apr�s d��pres n�gociations � Khartoum au Soudan.
Les assassinats par le Mossad de Fathi Chaqaqi � Malte le 25 octobre 1995 et de Yahya Ayyach en janvier 1996 � Gaza d�clenchent la tactique des attentats suicides du printemps 1996. Ceux-ci sont revendiqu�s par les Brigades de Yahya Ayyach-Nouvelle g�n�ration, nouveau groupe arm� se r�clamant du Hamas, duquel le Groupe Ezzedine al-Kassem s'est d�solidaris�, invoquant la tr�ve qui avait �t� pass�e avec l'Autorit� palestinienne.

Son opposition aux accords d'Oslo - il a boycott� les �lections du 20 janvier 1996 - place le Hamas dans une situation parfois ambigu� qu'il exploite avec beaucoup d'adresse. Il ne situe pas sa probl�matique sur un plan religieux comme d'autres mouvements islamistes dans d'autres pays fr�res mais sur un plan nationaliste et anti-isra�lien. En d�autres termes, le Hamas vise la domination de la soci�t� civile � la place du parti de Yasser Arafat mais il sait qu�une guerre civile serait la fin des espoirs palestiniens. Cette probl�matique peut expliquer l�attitude souvent ambigu� d�Isra�l qui a cherch� � pr�cipiter les Palestiniens dans un conflit interne qui les aurait affaiblis.

Sa marge de man�uvre est donc faible. � Gaza, la g�n�ration des cadres qui a connu l'intifada est plut�t favorable � la voie pragmatique de Yasser Arafat et souhaite transformer le Hamas en formation politique, ce qui aurait l'avantage de modifier l'image terroriste du mouvement. N�anmoins cette position est combattue par Abdelaziz Rantissi. La m�me tendance se manifeste en Cisjordanie o� plusieurs autorit�s spirituelles se sont ralli�es � cette m�me voie mod�r�e, comme le cheikh Hamid Bitawi de Naplouse qui a accept� de si�ger dans les cours de la Chari'a, le cheikh Sa�d Bilal, �galement de Naplouse et le cheikh Taysir Bayoud d'H�bron qui occupent des postes au sein du minist�re des Waqf (biens religieux).

Tout comme Gery Adams qui joue sur le Sinn Fein et l�Ira, Abdelaziz Rantissi jongle avec les attentats suicides et une politique acceptable par l�autorit� palestinienne.

D�s le lendemain des accords de Wye Plantation, le cheikh Yassine devait d�clarer : "Ce n'est pas un processus de paix. C'est une reddition. Le plus fort impose ce qu'il veut au plus faible. Ce n'est pas de cette fa�on que notre peuple r�cup�rera ses droits. Les accords d'Oslo sont en train de mourir." En �cho, un nouvel attentat kamikaze survenait d�s le 29 octobre 1998, provoquant la r�action brutale de l'Autorit� vis-�-vis du mouvement, notamment le placement du cheikh en r�sidence surveill�e.
Depuis c�est cette incertitude qui domine avec un �l�ment suppl�mentaire. Yasser Arafat d�teste son premier ministre et ne serait pas f�ch� de le voir �chouer. En sous mains, les commandos militaires issus du Fatah ont fait l�union avec les branches arm�es du Jihad et du Hamas.

L�attentat contre Abdelaziz Rantissi est compr�hensible. Cet homme depuis des ann�es menace l��tat d�Isra�l et lance des attaques suicides contre des civils. Apr�s tout, la guerre est la guerre et celui qui agit par la terreur ne peut se plaindre de mourir de la m�me mani�re.

Pourtant la r�action du Premier ministre palestinien montre sa faiblesse. Il est oblig� de pr�senter Abdelaziz Rantissi comme un homme politique normal et il fait appel aux Am�ricains.

La situation n�a jamais �t� aussi explosive. Ariel Sharon avec un r�el courage s�attaque aux colonies ill�gales prenant le risque d��tre confront�s avec 260.000 colons qui ne brillent pas par leur altruisme et leur coh�rence. Ces � fous de Dieu � sont pr�ts � jouer l�existence de l��tat d�Isra�l au nom de leurs croyances mill�naristes. De l�autre, les � fous de Dieu � islamistes se font sauter avec des ceintures d�explosif. La marge de man�uvre des deux premiers ministres est plus �troite qu�une lame de rasoir. Il va falloir beaucoup de sagesse ou un v�ritable miracle pour la � feuille de route � ait un avenir.

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s