Luc Ferry ou l�art de souffler sur le feu
May 30, 2003
Auteur: L'investigateur

On le disait d�pressif et incapable de para�tre en public. Eh bien pas du tout. Luc Ferry avait bien besoin d'un peu de r�confort: c'est � Amn�ville en Moselle, au 84e congr�s de la F�d�ration des parents d'�l�ves de l'enseignement public (PEEP), qu'il l'a enfin trouv� jeudi. Du pain b�nit que cette f�d�ration de parents d��l�ves dont les id�es penchent � droite.

Des indiscr�tions permettent d�affirmer que le ministre de l��ducation nationale n�a accept� de s�y rendre qu�une fois la garantie qu�il n�y aurait pas de manifestants oppos�s � sa politique � l�entr�e et qu�il lui serait r�serv� un bel accueil.

Cette visite, comme l'intervention du Premier ministre mercredi soir sur TF1, vise apparemment � ranger l'opinion � l'avis gouvernemental, en jouant sur une corde tr�s sensible: la bonne tenue des examens et le sort de ces �l�ves que l'on "prend en otages". Le ministre de l'Int�rieur Nicolas Sarkozy a m�me �t� appel� � la rescousse: il sera aux c�t�s de Luc Ferry pour recevoir les organisations syndicales � partir de lundi.

La tactique gouvernementale est maintenant connue. Jacques Chirac n�a accept� de s�engager aupr�s de son gouvernement qu�apr�s que le Premier ministre lui ait expliqu� sa tactique. Elle est simple : 70% des Fran�ais approuvent les gr�vistes mais 90% n�accepteraient pas que les examens soient remis. Il faut donc mener une offensive tr�s dure jusqu�� la mi-juin de mani�re � faire appara�tre les gr�vistes comme des � preneurs d�otage �. C�est ce qu�a martel� Ferry devant des parents d��l�ves ravis.

L'inqui�tude des 600.000 bacheliers et de leurs parents se fait effectivement de plus en plus pressante: les �preuves de BTS commencent lundi et la premi�re �preuve ma�tresse pour les fili�res g�n�rales et technologiques du Bac, celle de philosophie, est programm�e pour le 12 juin.

Assurant �tre "favorable au droit de gr�ve et de manifestation", mais jugeant "totalement inacceptable" que certains enseignants tentent d'emp�cher la tenue des examens, le ministre de l'�ducation a m�me re�u une "standing ovation" au congr�s de la PEEP en annon�ant la mise en place par son minist�re d'une "cellule de crise" pour envisager les mesures "les plus fermes".

Le gouvernement pense que de toutes les mani�res les gr�vistes seront perdants. S�ils bloquent les examens, ils auront l�opinion contre eux. S�ils acceptent de les faire passer, ils se retrouveront ensuite en position de faiblesse puisque de fait l�importance de leur gr�ve sera minor�e.

Parmi les armes dont peuvent user les enseignants, le boycott des examens est sans doute la plus p�rilleuse � manier. Outre son impopularit�, elle peut leur valoir des sanctions p�nales et disciplinaires pouvant aller en th�orie jusqu'� un an d'emprisonnement et 15.000 euros d'amende. Les syndicats se sont d'ailleurs bien gard�s de le pr�coniser ouvertement, comme le remarquait M. Ferry lui-m�me mercredi � l'Assembl�e. N�anmoins le souvenir de Mai 68 est pr�sent dans le souvenir de Jacques Chirac. Jusqu�au 10 mai 1968 date des barricades et de la r�pression tr�s dure des policiers, le pays ne bougeait pas alors que les troubles avaient commenc� une semaine auparavant. Il a suffi que les images des matraquages apparaissent � la t�l�vision pour que les syndicats hostiles au gauchisme soient oblig�s de d�cr�ter la gr�ve g�n�rale.

Et c�est bien l� o� le gouvernement risque d��tre pris � son propre pi�ge. Si d�ici quinze jours, les gr�vistes durcissent les actions et font appara�tre le gouvernement comme des matraqueurs, la gr�ve g�n�rale mettra � genoux le gouvernement comme elle a mis � genoux tous les gouvernements qui y ont �t� confront�s.

Le visage en sang de professeurs ou d�infirmi�res fait toujours mauvais genre en France.
De plus un durcissement de l�action peut favoriser un d�bordement des syndicats par les coordinations comme en 1995. Auquel cas, le gouvernement ne dominera plus rien.
"Plus le conflit se prolonge, plus il s'approche des examens, et plus le risque de t�lescopage (entre examens et gr�ves) est r�el", reconna�t ainsi G�rard Aschieri, pour lequel la balle est dans le camp du gouvernement.

Sur la m�me ligne, le secr�taire g�n�ral de l'UNSA-Education Patrick Gonthier estime que "jouer l'opinion publique, les parents d'�l�ves contre les personnels qui sont engag�s dans des actions, cela ne nous para�t pas tr�s responsable".

La semaine prochaine sera la semaine chaude par excellence. Les deux adversaires doivent faire des sans-fautes pour ne pas �tre disqualifi�e aux yeux d�une opinion publique encore dans l�expectative.

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