Vers la gr�ve g�n�rale en France�
May 29, 2003
Auteur: L'investigateur

La France est un vieux pays scl�ros� qui peine � muter. Ses r�formes viennent presque toujours des r�volutions. Mai 68 �clatait alors que, pour reprendre la une du Monde, le pays s�ennuyait. Mais le r�gime du g�n�ral de Gaule tout � la grandeur ext�rieure du pays, avait oubli� que les Fran�ais avaient envie de profiter de la p�riode de richesse venue apr�s le baby-boom. En 1982, la gauche sous la houlette de Laurent Fabius a mis fin � une ann�e d�embellie pour demander aux Fran�ais d�accepter l�aust�rit�. Le premier ministre promettait que le bout du tunnel �tait proche. Nous n�en sommes toujours pas sortis. Les charges ont essentiellement pes� sur les classes moyennes et sur les fonctionnaires, bref sur les 50% de contribuables qui payent leurs imp�ts.

Le patronat fran�ais, dirig� par l�Incroyable baron Seill�res, qui pr�tend tout comprendre de la vie, a, depuis des ann�es, exig� et obtenu des concessions invraisemblables alors que l��conomie battait de l�aile. Enfin, les Fran�ais ont eu l�impression que la R�publique mettait de c�t� ses principes d��galit� et de fraternit� pour s�adonner aux plaisirs sado-masochistes (c�est de mode) de la Bourse.

Monsieur Raffarin a raison d�affirmer contre des syndicats conservateurs que le r�gime des retraites a besoin d��tre r�form�. Il a raison de promouvoir une centralisation qui fait cruellement d�faut � une France vieillotte et sur-administr�e. Mais le probl�me de monsieur Raffarin est qu�il ne sait pas bien s�y prendre. Choisi sur catalogue par un pr�sident en mal d�id�e, il a fait fureur les premiers jours mais s�est us� � une vitesse record. Aujourd�hui, il a ce petit quelque chose de ridicule qu�avaient les pr�sidents de Conseil de l�avant-guerre. Il gesticule � contre-temps et �ructe sans que le c�ur suive. Malheureusement pour lui, il s�est affubl� d�un ministre de l��ducation nationale tout droit sorti d�une bande dessin�e anti-fran�aise : un mutant issu des amours d�un zazou et d�un chouan r�actionnaire. Le tout forme un Ferry hautain, mal � l�aise et pour tout dire pr�tentieux comme une chipie pr�-adolescente.

Et ne parlons pas des autres ministres, illustres inconnus dont les Fran�ais ignorent jusqu�au son de leur voix. Une exception : Nicolas Sarkozy qui est parti comme une fus�e et a fini par monter si haut qu�il en a oubli� lui aussi les pr�occupations terre � terre des Fran�ais. Il aurait pu r�ussir en Corse s�il avait affirm� un projet global pour la France quitte � m�contenter les nationalistes. Les Corses, l�gitimistes dans l��me, auraient suivi. Au lieu de cela, le projet mute et remute au point que m�me ses d�fenseurs n�en connaissent plus le contenu. Le r�f�rendum s�il a lieu en juillet, est mort-n�. La c�te de Sarkozy s�est elle aussi effondr�e � une vitesse sid�rante, faute peut �tre de conna�tre lui-m�me le but qu�il s�est fix�.

Mais revenons-en au continent. Selon toutes nos informations, jamais gr�ve n�a �t� aussi d�termin�e. Les enseignants sont d�cid�s � aller jusqu�au bout, quitte � sacrifier deux mois de salaires. Il revient aux Renseignement g�n�raux de renseigner les autorit�s. Au lieu de prendre le pouls de la France et de comprendre que d�cid�ment ce mouvement ne ressemble pas au pr�c�dent, le Conseil des Ministres envoie une fin de non-recevoir aux gr�vistes.

Nos informateurs nous font remonter une seule et m�me id�e : la gr�ve g�n�rale est pour dans quinze jours maximum si rien n�a chang� d�ici l�. Le gouvernement compte maladroitement sur un s�quen�age des mouvements et une usure de l�opinion publique. Nous ne devons pas avoir le m�me thermom�tre car le n�tre nous indique une tr�s forte fi�vre g�n�ralis�e.

Chaque Fran�ais serait d�accord pour r�former le r�gime des retraites mais l�attitude maladroite du gouvernement a produit un effet pervers : d�sormais chacun veut faire conna�tre son malaise et dire sa col�re � Monsieur Raffarin. Pour l�heure, la fonction pr�sidentielle n�est pas touch�e. Mais que des gendarmes ou des policiers matraquent des manifestants appartenant aux corps � essentiels � comme les infirmi�res ou les professeurs et la France basculera enti�rement du c�t� des gr�vistes. La faiblesse des contre-manifestations impuls�e par l�UMP d�montre que peu de Fran�ais pour l�instant acceptent de d�noncer la gr�ve.

La puissance des manifestations devrait inciter le gouvernement � une certaine prudence. Il n�a pas �t� nomm� pour aller contre l�avis populaire fut-il celui de la rue mais pour expliquer le pourquoi de ses r�formes. Si les gr�vistes ont l�impression de n�avoir pas �t� consult�s, le r�le du gouvernement n�est pas de r�p�ter que la concertation est termin�e. Il est de remettre l�ouvrage sur le m�tier et de recommencer.

Les d�clarations de M. Fillon sonnent comme des provocations stupides : � Il y a eu le temps de la r�flexion, il y a eu le temps de la n�gociation, et maintenant c'est le temps du d�bat au Parlement", avait-il r�sum� mardi, ajoutant que ceux qui veulent rouvrir des n�gociations "ne sont pas sinc�res", car "les n�gociations, elles ont eu lieu".

Les syndicats de l'enseignement appellent � une nouvelle gr�ve le 3 juin. La RATP les rejoint d�s le 2 au soir pour une gr�ve illimit�e. Gageons qu�au bout de ce g�chis, les ministres Fillon et Ferry auront d�gag�. Et encore il n�est pas certain que leur �viction sauve M. Raffarin. Les plus conservateurs des syndicalistes, � commencer par ceux de la CGT, auront gagn�. Mais gagn� quoi ? Car les r�formes seront � faire quoi qu�il se passe.

Le gouvernement doit comprendre qu�il s�affronte � une crise majeure qui d�passe et de loin celle des retraites et de la d�centralisation. La France doute d�elle-m�me. Elle doute de ses �lites. Et l�affaire Al�gre � Toulouse comme auparavant celle d�Emile Louis dans l�Yonne donnent l�impression que ceux qui �taient en charge de la morale et de la vertu ont trahi le pacte r�publicain qu�ils �taient charg�s de faire respecter. Pire, ils sont devenus ces nouveaux aristocrates qui, au nom de leur situation sociale, se permettent ce qu�ils interdisent aux autres.

La pr�sence au sommet de l�Etat d�un personnage � la morale �lastique, vient aussi peser dans la balance du malaise. Et qui se r�volte aujourd�hui : des classes moyennes, colonne vert�brale de l��tat, qui ne peuvent plus garantir � leurs enfants un avenir d�cent. Les gr�vistes pensent ne plus pouvoir dispenser dans de bonnes conditions la transmission du savoir mais aussi de leur patrimoine. L�ascenseur social est en panne. Sans un grand projet pour la France, ce gouvernement comme avant celui de Lionel Jospin, est condamn� � l��chec.

L��poque est termin�e des mots creux et des promesses qui � n�engagent que ceux qui y croient � pour reprendre la formulation formidablement cynique de Jacques Chirac. Que l�on cesse de prendre les Fran�ais pour des veaux �lectoraux et, d�j�, tout ira mieux. Ensuite, que l�on �coute ceux qui disent qu�il faut aborder les questions de fonds relatives au r�le de l��cole, de l��tat et des r�gions. Et apr�s seulement les lois viendront. En inversant les calendriers, en croyant au r�le de P�re Fouettard, les membres du gouvernement se sont mis une mini-r�volution sur le dos. Qu�ils fassent preuve d�humilit� et, en ces temps d�examen, qu�ils revoient leurs copies.

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s