Alègre / Dominique Baudis : la tête et le buste hors de l’eau
Le président du CSA Dominique Baudis et son avocat Me Francis Spizner ont affirmé mercredi à la sortie du palais de justice de Toulouse que l'ex-prostituée "Fanny" était revenue sur les accusations portées contre l'ancien maire de Toulouse.
"J'ai été confronté à la personne surnommée Fanny, c'était la première fois de ma vie que je la voyais et elle a déclaré devant le juge qu’elle aussi c'était la première fois de sa vie qu'elle me voyait. Elle a confirmé devant le juge qu'elle ne m'avait jamais rencontré et par conséquent tout ce qu'elle a pu dire sur mon compte depuis des mois n'était que mensonge", a déclaré Domnique Baudis.
"C'est vrai que je n'avais jamais rencontré M. Baudis", a confirmé quelques minutes plus tard "Fanny" à la surprise générale.
L'ex-prostituée accusait M. Baudis d'être l'un des auteurs des sévices sexuels dont elle affirme avoir été la victime dans les années 90. Dans ses déclarations, elle met également en cause l'ancien substitut du procureur de Toulouse, Marc Bourragué, à qui elle devait être confrontée mercredi après-midi.
Déjà entendue à plusieurs reprises dans le dossier pour "viols et proxénétisme aggravé", "Fanny" avait accusé M. Bourragué de lui avoir fait subir des sévices sexuels au début des années 1990. L'ancienne prostituée avait également fait de M. Baudis l'un des auteurs des sévices sexuels dont elle affirme avoir été la victime à la même époque dans un hôtel toulousain.
Entendus successivement mercredi 10 et jeudi 11 en tant que témoins assistés par le juge Perriquet, MM. Bourragué et Baudis avaient tous deux nié les accusations des ex-prostituées parties civiles dans le dossier.
C’est vraisemblablement la fin d’une partie majeure du dossier Allègre. Les accusations contre les notables ont désormais peu de chances d’aboutir. Il est presque certain que c’est le nouvel avocat de « Fanny », Maître Guidicelli qui lui a conseillé de ne plus s’entêter dans son récit qui finissait par devenir absurde. Les articles de la Dépêche du Midi. Maître Guidicelli est l’équivalent toulonnais de Maître Collard, le nouvel avocat de Patrice Alègre. L’affaire se méridionalise de tous côtés.
La valse des avocats continue...
Décidément la valse des avocats n'en finit pas autour de l'affaire Patrice Alègre. Après le tueur en série lui-même qui a changé de conseils au mois de juin dernier en intronisant dans le dossier l'avocat marseillais Me Gilbert Collard, c'est aujourd'hui Fanny, l'une des six ex-prostituées qui se sont constitué partie civile, qui a demandé à un avocat toulonnais d'entrer à son tour dans la partie. Me Jean-Claude Guidicelli a adressé une lettre à ses deux confrères toulousains qui assuraient jusqu'alors la défense de Fanny, Me Georges Catala et Me Muriel Amar-Touboul, pour les informer qu'il était prêt à intervenir à leurs côtés. Une proposition que les deux avocats toulousains ont poliment déclinée.
Comme les anciens avocats de Patrice Alègre, Me Pierre Alfort et Me Laurent Boguet, qui avaient refusé l'association avec Me Gilbert Collard, Georges Catala et Muriel Amar-Touboul ont décidé de se retirer.
Ce nouveau coup de théâtre intervient à la veille d'un moment très important de l'instruction concernant le volet « mœurs » de l'affaire Alègre et notamment les viols et le proxénétisme en bande organisée.
Mercredi, Fanny sera en effet confrontée pour la première fois à Marc Bourragué, le magistrat qu'elle accuse, entre autres personnalités. Me Jean-Claude Guidicelli sera donc seul à ses côtés pour ce rendez-vous déterminant qui se déroulera dans le bureau du juge Thierry Perriquet.Jean-Claude Guidicelli un ténor du barreau varois, qui a plaidé dans l'affaire Yann Piat, a été notamment l'avocat de Brigitte Bardot et de Franck Perletto, figure du milieu marseillais évadé en début d'année de la prison de Luynes avant d'être repris au mois de mai après quelques semaines de cavale. Fanny, nous a-t-il confié hier, le connaissait de réputation à la suite d'un procès qu'il avait gagné contre le footballeur Marcel Dessailly. Me Georges Catala reste de son côté l'avocat de la famille de Line Galbardi et du travesti Claude Martinez, victimes présumées de Patrice Alègre, mis en examen pour ces deux assassinats.
G. R. SOUILLES.
Bourragué et Baudis face aux accusations de Fanny
En se présentant ce matin dans le bureau du juge d'instruction Thierry Perriquet, Fanny, l'une des six ex-prostituées parties civiles dans le volet mœurs de l'affaire Alègre, va entamer une lourde journée. La jeune femme sera tour à tour confrontée à deux hommes qu'elles accusent. Le magistrat Marc Bourragué et l'ancien maire de Toulouse, Dominique Baudis, déjà entendus la semaine dernière par le juge en qualité de témoins assistés. Fanny devrait réitérer les accusations qu'elle porte contre Marc Bourragué, ex-substitut du procureur de Toulouse, auquel elle sera confrontée pour la première fois. Il aura fallu six mois à la justice pour procéder à ce face à face depuis que Fanny a mis en cause, l'actuel vice-procureur de Montauban. C'était le 22 mars dans le bureau du juge Lemoine chargé des investigations sur les différents homicides attribués à Patrice Alègre au début des années quatre-vingt-dix. Ce jour-là, Fanny a clairement évoqué le rôle d'un procureur de la République au cœur de soirées sadomasochistes particulièrement violentes. Un croquis le représentant a même été dessiné par cette jeune femme de 30 ans. Mais ce n'est que quelques jours plus tard, le 10 avril, que Fanny cite directement le nom de Marc Bourragué. » Je vous répète que dans ces soirées se trouvaient des policiers, des malfaiteurs, comme Messaoudène et Alègre, des magistrats comme Marc Bourragué, dit « Marcus » et de multiples autres... Il m'a torturée de manière odieuse avec son ami Alègre et d'autres personnes à de multiples reprises… À la suite d'une séance très poussée dans son bureau, au tribunal, j'ai été hospitalisée.»
Traumatismes et contradictions
Marc Bourragué, qui depuis, a avoué avoir pris l'apéritif avec Patrice Alègre à son domicile de Launaguet en 1992, dément ces accusations. « Je n'ai jamais de ma vie participé à des soirées sadomaschistes, ni fréquenté des prostituées ou pris de la drogue», affirme-t-il. Une défense qu'il développera à nouveau aujourd'hui avec son avocat Me Laurent de Caunes. À son avantage, des déclarations de Fanny jugées contradictoires. L'ex-prostituée avait laissé entendre que le magistrat pouvait être le père de son premier enfant, qu'il lui avait acheté une voiture ou qu'il portait un tatouage : des précisions qui se sont révélées fausses ou invérifiables, plus de dix ans après les faits. Les deux expertises psychiatriques subies par Fanny ont pourtant confirmé qu'elle n'était pas une affabulatrice notamment quand elle décrit le meurtre de Line Galbardi, en janvier 1992, auquel elle dit avoir assisté avec une autre ex-prostituée Patricia. « Ces événements qu'elle n'a jamais oubliés. Ils sont à l'origine de retour de douleurs traumatiques », note un psychiatre. Les examens bucco-dentaires auxquels elle a été soumise confirment aussi de vieilles séquelles de fractures compatibles avec des coups. Comme cette incisive brisée, en mars dernier, période où Fanny dit avoir été menacée par des policiers pour « charger » d'autres personnalités. Depuis, elle s'est rétractée sur le nom de Jean Volff, l'ex-procureur général, mais maintient ses accusations sur Marc Bourragué et Dominique Baudis. Après avoir parlé de «l'homme du Capitole», Fanny a cité nommément, cet été, le président du CSA, devant la juge Nicole Bergougnan, en évoquant une soirée qui se serait passée à l'hôtel de l'Opéra. Ce que l'ancien maire conteste. Ce matin, Fanny sera assistée d'un nouveau venu dans le dossier : l'avocat toulonnais Jean-Claude Guidicelli.
Gilles-R. SOUILLES
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Une plainte contre l'état français...
« Je veux savoir pourquoi des pans entiers de l'institution judiciaire et de l'ordre public se sont effondrés à Toulouse au début des années quatre-vingt-dix ». L'avocat bordelais Me Daniel Lalanne vient d'ouvrir une nouvelle brèche dans le dossier Alègre. À la demande des parents de Magali, l'une des six jeunes femmes qui se sont porté parties civiles contre le tueur et ses complices, l'avocat vient d'assigner en responsabilité l'État français « en raison du fonctionnement défectueux du service de la justice pour faute lourde et déni de justice ». Me Daniel Lalanne s'interroge sur les conditions dans lesquelles Lakhdar Messaoudène, le proxénète et complice présumé de Patrice Alègre dans le meurtre de Line Galbardi « s'en est sorti si bien », en 1992 quand il a été arrêté pour proxénétisme… À l'époque, l'une de « ses » protégées s'appelait Magali. Elle n'avait alors que 17 ans. Quand elle a été arrêtée par les gendarmes en novembre 1991, personne ne semble s'être soucié du viol qu'elle a subi. Lakhdar vite jugé et expulsé n'a été condamné qu'à trois ans de prison pour proxénétisme aggravé avant d'être expulsé en Algérie. « Dans cette affaire l'État a failli à toutes ses missions, des gendarmes au parquet, en passant par le juge d'instruction et aux juges de correctionnelle. On a tenu des parents dans l'ignorance des crimes dont se plaignait un enfant mineur en abandonnant la protection que la justice doit à tout individu. »
Pour l'avocat qui a demandé que des inspections soient déclenchées dans les services de la gendarmerie et au palais de justice de Toulouse, « le hasard n'a qu'une mince place dans cette incurie». Me Daniel Lalanne a confirmé que Magali, outre Patrice Alègre et Lakhdar Messaoudène, mettait en cause une troisième personne « qu'elle ne connaissait pas à l'époque » et qu'elle ne veut pas encore désigner.
« Je veux comprendre pourquoi Magali a été traitée comme une prostituée en oubliant l'enfant qu'elle était, a souligné l'avocat. Je ne veux que la vérité, ce qui semble faire peur à beaucoup de monde. »
G.-R. S.
Affaire Alègre
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