Ouvrir dans une nouvelle fenêtre EXCLUSIF / Yvan Colonna savait qu’il était repéré !
Aug 1, 2003
Auteur: L'investigateur

Olmeto : gentil petit village du sud de la Corse où a séjourné la Colomba de Mérimée. L’arrestation d’Yvan Colonna n’a pas surpris cet homme qui est là, dans un bistro. Il nous a été indiqué par un ami du berger Paoli aussi appelé « Pipi » dans son entourage. Chacun décrit ce dernier comme un homme qui n’est certainement pas un nationaliste. Il était d’ailleurs sur la liste du maire, un anti-nationaliste.

Notre interlocuteur a trouvé que l’arrestation d’Yvan Colonna « était pour le moins bizarre ». « Si vous promettez de ne pas donner mon identité, je vais vous expliquer les faits. Aujourd’hui la police prétend qu’Yvan Colonna était en Corse depuis des années.

J’ai même entendu préciser deux ans. Ca je n’en sais rien. Mais je sais seulement qu’il n’était pas chez Pipi. Mais Pipi ne pouvait pas refuser de recueillir quelqu’un chez lui quoi qu’on en pense. C’est comme ça dans notre culture. Et ce que peut raconter Monsieur Sarkozy n’y changera rien. Peut-être qu’il connaît Sagone. Mais on ne peut pas dire qu’en connaissant Sagone il connaît la Corse. En tous les cas, le jour de son arrestation, j’ai vu Yvan Colonna ici à Olmeto.

On a un peu discuté de choses et d’autres. Il m’a dit qu’il pensait qu’il était surveillé. Je lui ai dit de ne pas retourner à la bergerie. Et puis là, tout aussi tranquillement, il m’a annoncé qu’il retournait à la bergerie. Je ne lui ai pas demandé plus de précisions. Mais ça m’a étonné. Il me semble que quand vous êtes traqué, vous ne retournez pas dans un endroit où le danger guette.

Il y est retourné et le soir il s’est fait arrêter tranquillement. Je peux aussi vous dire qu’Yvan avait l’habitude de marcher et que je plains les policiers qui se seraient mis à sa poursuite s’il avait décidé de s’enfuir dans le maquis.

Mon avis est qu’il en avait assez de fuir, de toujours fuir. Et que les choses se sont passées comme lui a voulu qu’elles se passent. »

Changement de décor : Paris. L’homme se présente comme un policier qui a été impliqué dans l’enquête relative à l’assassinat du préfet Erignac. Il nous a donné rendez-vous dans un café non loin de Notre Dame. Il a envie de dire ce qu’il a sur le cœur. Il a pu observer la façon dont la police travaillait dans l’île. « C’était n’importe quoi. Nous étions nous-mêmes effrayés de la manière dont les enquêtes se déroulaient. Combien de fois nous avons été prévenus que des enquêtes balistiques s’interrompaient après la perte des projectiles. Pour ce qui concerne le préfet Erignac, le plus grand désordre régnait autour de son corps. Tout avait été piétiné.

Mais on m’a dit que l’autopsie aurait permis de déterminer que les balles qui ont tué le malheureux n’avaient pas toutes été tirées selon le même angle. On a même parlé d’un tireur plus grand qu’Yvan Colonna ce qui reviendrait à le disculper. En fait, un élément dont on parle beaucoup en Corse aujourd’hui a été purement et simplement oublié. Et si les tireurs avaient été deux ?

Jamais l’expertise balistique n’a cherché à savoir si les balles avaient été tirées par deux pistolets de même calibre. Aujourd’hui beaucoup de collègues se posent des questions sur ce qui est vraiment arrivé ce 6 février et sur l’identité des tireurs ».

L’homme lève une main : « Attention, je ne veux pas tomber dans la théorie du complot. Je crois seulement que l’enquête n’a pas été sérieusement menée et que nous sommes quelques-uns à croire que deux des protagonistes étaient capables de tuer. Je ne vous donnerai pas de noms parce que ce n’est pas mon travail. Mais, à mon avis, le magistrat instructeur avait tous les éléments entre les mains et il n’a pas su les exploiter pas plus que le président de la Cour d’assises spéciales. »

©2003 L'investigateur - tous droits réservés