Selon la police, le scénario est désormais bien ficelé : Yvan Colonna a erré durant quatre ans en Corse, sans changer de visage, de corpulence, grâce au « réseau des bergeries » composé d’une quinzaine d’individus décidément remarquablement bien organisés. Il faut en effet accepter l’idée que ces quinze personnes qui ne forment pas une organisation au sens plein du terme, ont réussi à mettre en échec toutes les polices de France et des moyens techniques sans précédent. Un tel bilan n’est guère à l’honneur d’une police qui aujourd’hui fait le paon.
L'enquête se concentre donc sur une quinzaine de personnes, issues de l'entourage familial ou de proches du mouvement nationaliste Corsica Viva. Ce mouvement, vitrine légale du "FLNC du 5 mai", a été créé en 1996 à partir du FLNC-Canal habituel, rival du Canal historique. Le beau-frère d’Yvan Colonna, Joseph Caviglioli, originaire de Coggia et mort dans un accident de moto en septembre 1999, en était le responsable tout comme Joseph Peraldi et Jean-François Ramoin-Luciani, tous deux emprisonnés pour le double attentat de l’URSAFF et de la DDE d’Ajaccio.
Lundi 7 juillet dans la soirée, Claude Serreri, un des beaux-frères d'Yvan Colonna, a été interpellé dans sa brasserie de Propriano. Dans la nuit de dimanche à lundi, les policiers du service régional de police judiciaire (SRPJ) d'Ajaccio et de la division nationale antiterroriste (DNAT) interpellaient André Colonna d'Istria, le gérant d'un camping à Propriano, à la sortie d'un restaurant. Ce dernier, militant nationaliste, avait été mis en cause par Frédéric Paoli, le propriétaire de la bergerie où a été arrêté Yvan Colonna, André Colonna d'Istria aurait conduit le fugitif dans sa dernière cache.
André Colonna d'Istria était le responsable de Corsica Viva dans le Sartenais. Corsica Viva était la vitrine légale du FLNC du 5 mai, organisation créée en 1996 par ceux du FLNC Canal habituel qui refusaient la disparition de la clandestinité. Ancien gérant d'un magasin d'armes et d'articles de pêche, il avait créé en 1991 une section locale du Mouvement pour l'autodétermination (MPA). Pendant un temps, lui et non Paoli comme nous l’avons indiqué par erreur, avait cogéré son camping avec Jean-François Ramoin-Luciani, ancien porte-parole de Corsica Viva. Ramoin-Luciani est accusé d’avoir fait sauter l’URSAFF et la DDE en novembre 1999 au nom du groupe « Clandestinu », un faux nez destiné à intégrer l’Union des Combattants en décembre 1999. Quelque temps après ce double attentat, Lionel Jospin entamait le processus de Matignon après avoir levé le préalable de la violence.
Les interrogations sur les aspects curieux de l’arrestation
Cette traque des soutiens d’Yvan Colonna laisse dans l’île plus d’une personne perplexe. Il n’était en effet pas très dur pour les policiers de surveiller depuis quatre ans les anciens militants de Corsica Viva et plus encore ses beaux-frères. Pourquoi n’ont-ils pas pu le coincer durant ces années ?
Dans les bars d’Ajaccio et de Bastia, on s’interroge sur bien des aspects curieux de cette arrestation. Les autorités ont annoncé la présence d’une trentaine d’hommes du RAID sur l’île depuis trois mois. C’est évidemment faux. Il existait bien une équipe spécialisée mais forte d’à peine quelques hommes et incapables contrairement à ce que prétend la légende sarkozyenne de surveiller à eux seuls 220 bergeries.
On s’étonne aussi de ce que le fugitif soit parti de la cabane, u casellu, pour laisser la place à des stagiaires en laissant la fameuse grenade censée permettre au fugitif de se dégager. Bref mille détails qui ne collent pas avec le récit abondamment repris par les journalistes fascinés.
Interrogé sur les soutiens dont a bénéficié Yvan Colonna, son autre avocat, Me Antoine Sollacaro, a déclaré qu'il ne voyait "pas très bien ce que l'on pourrait reprocher à la famille Colonna".Pourtant, les policiers du RAID ont retrouvé, au moment de l'arrestation du fugitif, une lettre, écrite par son fils de 13 ans, datant de mai et attestant des contacts maintenus. Comment cette lettre lui est-elle parvenue ? Pour le savoir et retracer le parcours d'Yvan Colonna, les enquêteurs veulent identifier et interroger les bergers, les commerçants, les nationalistes ou les proches qui ont permis au fuyard de se fondre dans le maquis pendant quatre ans.
Le sens de l’hospitalité corse égratiné
Ce faisant ils risquent fort d’égratigner des Corses pour qui l’hospitalité est un devoir sacré. Tel votant pour le « non » affirme que si une nuit, Yvan Colonna ou toute autre personne s’était présentée à sa porte, il ne se serait pas vu lui refuser le gîte et le couvert. « Chez nous, c’est culturel. Et la police pourra faire tout ce qu’elle veut. On ne demande au fugitif ni son identité ni ce qu’il a fait. On l’accueille. C’est un « disgraziatu » un homme que la grâce divine a quitté. Et s’ils veulent mettre en prison tous les Corses qui agiraient ainsi, il va falloir qu’ils construisent beaucoup de prisons. » Le ton n’est pas au défi mais à l’exaspération. « Ils sont en train de faire les mêmes conneries qu’après l’assassinat du préfet. S’ils voulaient recréer un courant de sympathie autour des nationalistes, ils ne s’y prendraient pas autrement. » Nombreux sont ceux qui ont condamné sans hésitation l’assassinat du préfet mais qui, aujourd’hui, pensent que l’état devrait s’arrêter. « Encore une fois, ils punissent la Corse dans son ensemble. Nous avons mal voté. Du coup, après la carotte, ils brandissent le bâton. C’était très clair dans les propos de Nicolas Sarkozy. » C’est un maire qui parle. Et il répète qu’il aurait accueilli Yvan Colonna tout en condamnant l’assassinat du préfet comme tout autre assassinat.
« Mais notre culture c’est notre culture, et en s’y attaquant Nicolas Sarkozy va nous obliger à nous unir comme en 1998 et en 1999. »
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