Pantaléon Alessandri a été un militant du FLNC de la première heure. Il est emprisonné pour des années en 1978. Relâché en 1981, grâce à une amnistie, il apprend deux ans plus tard l’enlèvement et l’assassinat par des truands de son ami Guy Orsoni. À partir de juin 1983, l’implacable vengeance du FLNC commence. Le 7 juin 1984, il pénètre dans la prison d’Ajaccio avec deux camarades pour exécuter deux des assassins de Guy Orsoni. Il fera encore de nombreuses années de prison. Il a écrit « Indépendantiste corse » publié chez Calmann-Lévy. C’est un homme respecté pour son engagement désintéressé. Malgré une petite erreur relative à la revendication du communiqué et due vraisemblablement à Marie-Ange Poyet,l’écrivante du livre, ce témoignage vaut par sa franchise.
Ce 6 février 1998, ce fut un coup de téléphone d'Ajaccio qui me prévint de l'assassinat du préfet Erignac, confirmé par mon frère Pascal qui travaille à France 3 Corse. J'ai saisi tout de suite la gravité de l'événement, sans toutefois parvenir à l'analyser et le comprendre. Rien, en effet, ne laissait prévoir une telle action, et je crus tout d'abord à une surenchère d'un groupe nationaliste sur un autre. Je m'attendais donc à une revendication qui enfoncerait le clou et laisserait entrevoir le début d'un plan, d'une action politique raisonnée. Rien. Il a fallu attendre un an et demi avant la première revendication du groupe Sampieru Corsu. Quant à ceux qui sont incarcérés, ils n'ont jamais rien expliqué, rien assumé. Ont-ils pensé ressouder le nationalisme derrière eux avec cet attentat? Si oui, il leur aurait fallu des contacts avec d'autres branches du mouvement nationaliste qui, si elles avaient adhéré à une position aussi dure, pouvaient resserrer les rangs autour d'eux. Cela n'a pas été le cas, bien au contraire, et on a bien vu Jean-Guy Talamoni condamner l'acte pour ne pas se couper totalement du pouvoir et refuser de condamner les présumés assassins pour ne pas rompre avec les clandestins. Ce meurtre gênait tout le monde. Les mouvements nationalistes clandestins n'étaient plus dans cette logique-là, ils ne voulaient pas d'affrontement avec l'État français, bien au contraire. Des attentats mineurs, d'accord, toujours dans cette doctrine de la propagande armée qui prime en Corse, mais pas question d'aller au clash. Soutenir des revendications des mouvements légaux par de petites actions sans conséquences graves, oui. Sans plus.
Le commando Erignac s'est trompé d'époque. Un acte aussi grave doit avoir une signification dans un contexte bien précis. En 1998, ce contexte n'y était pas, et on ne peut pas forcer une situation qui n'existe pas. Un attentat isolé, sans discours ni ligne politique, sans suite, ça ne marche pas.
Ils se sont fait balancer. Quand Charles Pieri, sur France 3, a dénoncé les dérives brigadistes d'anciens dissidents de A Cuncolta, il était difficile d'être plus explicite, et cela a tout de suite donné une direction à la police, qui savait exactement qui étaient ceux qui avaient quitté le mouvement, et pourquoi. Chaque fois, d'ailleurs, qu'il y a eu des frictions, cela s'est toujours répandu très vite. A Cuncolta était au courant de la préparation de l'attentat mais s'était désolidarisée à un moment donné. Ils savaient donc qui était dans le commando.
Après le meurtre du préfet Erignac, et encore dernièrement, certaines affaires se sont subitement éclaircies; c'est donc bien que des renseignements ont été donnés à la police. Quelques-uns ont sans doute négocié ces renseignements : François Santoni n'a jamais caché ses sympathies pour Charles Pasqua ni pour un policier très proche de lui, Daniel Leandri. A Cuncolta de Bastia entretenait depuis longtemps d'excellents rapports avec les RG. Ne s'étaient-ils pas réunis, tous ensemble, au bar du Centre, après la mort de Jean-François Filippi, pour échanger leurs informations?
Pourtant, il y a eu un retournement de l'opinion publique contre les policiers qui enquêtaient sur la mort du préfet. Ils ont fait des erreurs énormes, des perquisitions d'une violence inouïe en se trompant d'adresses, ou en faisant exploser des portes qui ne demandaient qu'à s'ouvrir. Les flics ont tapé de tous les côtés comme des fous en faisant beaucoup de dégâts. Ils se sont fourvoyés sur la piste agricole, emprisonnant Marcel Lorenzoni et Mathieu Filidori, pour rien, durant plusieurs mois.
Les flics de la DNAT (Direction nationale de l'antiterrorisme) sont même venus chez moi m'insulter. Ils étaient très arrogants et méprisants.
«En Corse, il n'y a que des voleurs », déclara l'un d'eux en voyant sur ma table La Justice ou le Chaos, un livre de Denis Robert (Stock).
Je lui ai conseillé de lire cet ouvrage dans lequel sept juges européens, dont Renaud Van Ruymbeke, prennent la parole pour affirmer que la justice doit être égale pour tous et qu'on ne peut pas laisser impunément se répandre la corruption ni les trafics en tout genre.
Ils m'ont embarqué au commissariat de Bastia, gardé une journée avec la mise en scène : photographies, empreintes et interrogatoire, en m'expliquant qu'ils pensaient avoir trouvé des relations entre la sémantique de la déclaration politique lue par Mathieu Filidori en ouverture du procès de 1979 et la revendication du groupe Sampieru Corsu pour le meurtre du préfet Erignac. Leur problème était de savoir qui avait écrit la déclaration de 1979! Je dus leur rappeler que je n'étais pas à ce procès, puisque mon cas avait été dissocié.
Tout ce qu'ils ont fait n'a servi à rien. Le commando Erignac ajuste été balancé.
Il y a quelque temps, une lettre d'Yvan Colonna, dans laquelle il disait «Ce n'est pas moi », a été publiée dans la presse. Je ne comprends pas sa démarche. Soit il a voulu faire un acte majeur et il l'assume, soit ce n'est pas le cas, et qu'il nous explique ce qui s'est passé.
Quand je vois que l'on en arrive à jouer sur les procédures et les lois, que l'on commence à parler de la possible responsabilité de Joseph Caviglioli, un militant aujourd'hui décédé, je crois que l'on va vers une mélasse, un imbroglio de droit commun, et rien d'autre. C'est vraiment pitoyable!
Je ne pense pas qu'Yvan Colonna puisse tranquillement retourner traire ses chèvres, mais, si c'était le but de sa vie, il ne fallait pas s'en écarter! Idem pour tout le commando.
Dossier arrestation Colonna
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