L'avocat d'Yvan Colonna dément toute "tractation"
Jul 5, 2003
Auteur: L'investigateur

Mis en ligne le samedi 5 juillet à 20 heures

Antoine Sollacaro, l’avocat d’Yvan Colonna a le physique un peu lourd et la voix sourde : « Je vous affirme qu'il n'y a eu aucune tractation et qu'il ne s'agit pas d'une reddition", a-t-il affirmé samedi à Ajaccio. Cet ancien bâtonnier de Corse du sud, ancien militant nationaliste, ennemi juré du préfet Bonnet, le jure la main sur le cœur.

Il a annoncé son intention de porter plainte contre le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy pour « violation de la présomption d'innocence » après que ce dernier eut annoncé assez scandaleusement il est vrai « l’arrestation de l’assassin du préfet Erignac » et non celle de « l’assassin présumé ». Ces propos sont "très graves pour un ministre, puisqu'il désigne mon client comme étant l'auteur des faits. Il fait peu de cas de la présomption d'innocence", a-t-il souligné. Vendredi soir, "c'était un peu la fête que l'on fait lorsqu'on a chassé le sanglier. C'est un peu inconvenant", a-t-il ajouté, en accusant Nicolas Sarkozy de "se faire mousser sur le dos de mon client".

Me Antoine Sollacaro a confirmé lors d'une conférence de presse près d'Ajaccio avoir rencontré le numéro deux de la Direction centrale des renseignements généraux Bernard Squarcini récemment, tout en niant farouchement que cette rencontre ait été l'occasion d'une négociation pour la reddition de son client.

« Je l'ai rencontré par hasard au bar du Lutetia" à Paris, a-t-il expliqué. « Il n'y a eu aucune rencontre secrète » et « il n'a jamais été question de reddition », car « les conditions d'une reddition, selon moi, n'étaient pas réunies ».

« Si reddition il y avait eu, elle n'aurait pas eu lieu dans ces conditions », notamment avec l'implication d'autres personnes, également interpellées vendredi soir, a-t-il souligné. Et « elle aurait certainement eu lieu après le verdict du procès » Erignac, qui se tient à Paris.

Maître Sollacaro ne s’est pas plus étendu sur cette rencontre avec Bernard Squarcini, un Corse de Cuttoli Cortichiato. Ceux qui le connaissent affirment que c’est un bon policier et un homme de parole. « Bernard se fait un point d’honneur de tenir les promesses qu’il tient ce qui fait qu’il peut travailler en Corse sans aucun problème. »

Cette arrestation « semble être le fruit d'un travail policier », a ajouté Me Sollacaro, qui a réaffirmé l'innocence de son client. « Il n'existe aucune charge matérielle contre Yvan Colonna », a-t-il affirmé non sans ajouter sans grande prudence « Yvan Colonna m'a toujours dit, non seulement qu'il n'était pas l'auteur des coups de feu, mais qu'il n'était pas impliqué dans l'affaire Erignac ». Ce qui implique que l’avocat a eu des contacts soutenus avec le fuyard après sa prise de maquis.

Me Antoine Sollacaro, pense que l'assassin présumé du préfet Claude Erignac, arrêté vendredi en Corse, va "proclamer haut et fort" son innocence. "A priori, je ne vois pas pourquoi il adopterait une position différente", a déclaré l'avocat sur RTL. "D'autant plus qu'au cours du procès", a-t-il souligné, "il a été mis hors de cause par les autres". "Jusqu'à présent il a été mis en cause par les déclarations faites au cours de la garde à vue et de l'instruction par les autres qui, pour certains se sont rétractés en cours de garde à vue et d'autres se sont rétractés au moment du procès", a-t-il rappelé.

"Moi je persiste à maintenir, surtout pour avoir suivi ce procès (...), qu'il n'y a aucun élément matériel qui puisse impliquer Yvan Colonna", a-t-il répété. "Je pense qu'on va se battre", a encore déclaré Me Sollacaro qui a prévenu que "l'instruction d'Yvan Colonna sera d'une autre nature que celle qui a concerné les autres".

L'avocat a précisé avoir "une stratégie qui consiste à récuser les juges qui sont chargés de cette instruction". "Vous connaissez les problèmes qui se posent quant à la proximité de certains juges avec la famille Erignac et vous connaissez également l'implication du procureur -Jean-Pierre- Dinthilac qui était le maître des poursuites dans une association de défense de la mémoire d'Erignac avec Monsieur -Antoine- Rufenacht", le maire du Havre, a-t-il dit.

« Cette arrestation ne suscite pas de ma part un grand étonnement », a commenté pour sa part à l'Associated Press, l'avocat du père d'Yvan Colonna, Me Jean-Pierre Versini-Campinchi, « à partir du moment où ceux qui sont actuellement dans le box des accusés et qui ont reconnu leur participation à l'assassinat ont mis Yvan Colonna hors de cause » laissant entendre une autre version que celle de Maître Sollacaro.

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