Selon la Dépêche et Libération, Patrice Alègre a pris Maître Collard sur les conseils d’un gros voyou marseillais puis s’est rétracté.
Quand Patrice Alègre, depuis la maison d'arrêt de Seysses, s’est séparé la semaine dernière, de ses conseils Me Pierre Alfort et Me Laurent Boguet, présents depuis six ans à ses côtés pour les remplacer par Maître Collard, celui a presque invoqué un miracle. « Il a eu la chance de côtoyer un de mes anciens clients qui était content de mes services »
Alègre a été conseillé par un taulard, Raymond Mihière dit « le Chinois », une figure du milieu marseillais qui n'a jamais été le client de Gilbert Collard comme l'ont confirmé ses avocats de longue date Pierre Ceccaldi et Frédéric Monneret.
Gilbert Collard a d'ailleurs concédé qu'il ne connaissait pas le codétenu de Patrice Alègre.
Longtemps présenté comme l'associé de Francis Le Belge, spécialisé dans les machines à sous et le trafic de stupéfiants, Raymond Mihière, âgé de 42 ans, a curieusement côtoyé Patrice Alègre. Le caractère curieux de cette proximité vient de ce que, théoriquement, Patrice Alègre est au secret.
Arrêté en avril 2001 dans une affaire d'importation de haschisch, Le Chinois est arrivé à Seysses le 16 avril dernier en provenance de la prison de Villeneuve-les-Maguelonne, un établissement où a séjourné Patrice Alègre. Le transfert, demandé par l'administration pénitentiaire pour des problèmes de discipline, intervient au lendemain de la nouvelle information judiciaire ouverte par le procureur de la République de Toulouse, Michel Bréard, « contre Alègre et tous autres » pour viols, proxénétisme en bande organisée, tortures et actes de barbarie…
Apparemment, malgré le régime d'isolement auquel il est soumis, le tueur en série va donc rapidement nouer des liens avec le nouveau venu.
Il parvient même à lui faire lire des extraits de la procédure qui le concerne, à l'insu des gardiens. Deux mois plus tard, le 17 juin, un courrier est envoyé à Me Gilbert Collard. À l'intérieur de l'enveloppe, une lettre de Raymond Mihière recommandant son compagnon de détention, datée du 15 juin, et un mot de Patrice Alègre sollicitant officiellement l'avocat marseillais comme défenseur, daté du 17 juin.
Le lendemain, c'est au tour du nouveau procureur général de la cour d'appel de Toulouse, Michel Barrau, de recevoir un courrier signé Patrice Alègre. « La Dépêche du Midi » révèle l'existence de cette correspondance, d'abord démentie par Michel Barrau puis confirmée le 19 juin. Entre-temps, la lettre est partie pour avis à la chancellerie.
Plus surprenant, le tueur en série, qui affiche un niveau scolaire pour le moins modeste et de grosses lacunes en orthographe, cite au passage selon la Dépêche, un extrait de « L'homme révolté » de Camus. L'écrivain préféré de Raymond Mihière…
Le 23 juin, Le Chinois est de nouveau transféré dans un autre centre pénitentiaire en Avignon. Un transfert qu'il aurait largement provoqué en menaçant de mort le directeur de la prison de Seysses et l'un de ses adjoints. Raymond Mihière ne sera resté que de deux mois à Seysses, mais il aura réussi à bouleverser le dossier Alègre. Pourquoi une telle énergie ? La question reste posée.
En attendant Maître Collard a demandé à ce que son client soit mis en examen pour proxénétisme aggravé de manière à avoir accès à tous les dossiers.
Lakhdar Messaoudene clame son innocence
L'ancien proxénète Lakhdar Messaoudene, actuellement incarcéré à Carcassonne dans le cadre de l'affaire Alègre, a pu s'exprimer devant la presse. Il s’est dit innocent des accusations de complicité d'assassinat, à son arrivée au Palais de Justice de Toulouse vendredi matin peu après 9h00. Il a juré ne pas connaître Alègre. Il a aussi affirmé qu’au moment des assassinats dont l’accusent les anciennes prostituées et, un moment, Alègre, il se trouvait en Algérie.
Palais de Justice de Toulouse n'ont pas emprunté l'entrée réservée aux détenus, et ont conduit à pied le ressortissant algérien jusqu'au bureau du juge Serge Lemoine, suivis par une troupe de journalistes. Ce qui laisse entendre qu’un accord avait été passé avec le prévenu afin qu’il puisse s’exprimer.
Lakhdar Messaoudene, 40 ans, doit être entendu pour la première fois sur le fond par le juge qui l'a mis en examen le 20 juin pour complicité d'assassinat dans l'affaire du meurtre de la prostituée Line Galbardi en 1992.
"Je conteste tout, je ne suis pas le complice d'un assassin", a donc déclaré Lakhdar Messaoudene. "J'ai amené mon passeport et mon acte de mariage, une preuve capitale", a ajouté l'homme, qui affirme qu'il était en Algérie pour se marier à la date du meurtre de Line Galbardi dans la nuit du 2 au 3 janvier 1992. Messaoudene devait être interpellé trois semaines plus tard à Toulouse pour proxénétisme.
Lakhdar a lâché plusieurs phrases pour se démarquer de Patrice Alègre et rejeter les déclarations de "Patricia" et "Fanny", deux anciennes prostituées qui l'accusent d'avoir été présent lors du meurtre de leur collègue Line Galbardi.
"Je ne le (Alègre) connais pas personnellement, boire un café ou un pot avec quelqu'un, ça ne veut pas dire le connaître," a-t-il déclaré, avant d'ajouter: "Il y a une magouille, ce sont des filles qui ont été poussées et qui ont sûrement été payées pour dire des conneries (...), une fois elles disent la vérité, une autre fois elles disent autre chose".
"Il y a des gens derrière qui manipulent, je ne sais pas qui", a encore déclaré Lakhdar Messaoudene, qui avait été expulsé de France en 1995, après trois ans de détention pour proxénétisme.
Affaire Alègre
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