Yvan Colonna, soupçonné d'avoir assassiné le préfet Erignac, a été interpellé vendredi en Corse-du-Sud, non loin de Porto Pollo, à quelques kilomètres du fief de son avocat Antoine Sollacaro. Après avoir été traqué durant plus de quatre ans, Yvan Colonna a été transféré "dans la nuit" de vendredi à samedi d'Ajaccio vers Paris pour être présenté à un juge antiterroriste.
Son interpellation est intervenue alors que se déroule actuellement et depuis le 2 juin devant la cour d'assises spéciale de Paris le procès de huit des assassins présumés du préfet. Elle survient également à 36 heures du référendum sur la réforme du statut de la Corse, organisé dimanche dans l'île.
"Oui, c'est moi." C'est par ces mots qu'Yvan Colonna a accueilli vendredi vers 19h00 les hommes du Raid venu le cueillir dans une bergerie du maquis de la Corse-du-Sud. Il n'était pas armé. Il avait les cheveux longs et avait singulièrement grossi.
C'est "une grande nouvelle pour notre pays", s'est réjoui le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, félicité par Jacques Chirac, selon qui "cette arrestation permettra à la justice d'établir enfin la vérité sur l'assassinat du préfet Erignac".
Le ministre de l’intérieur vient ainsi de gagner un ticket gagnant pour un poste déterminant dans le gouvernement.
La veuve du préfet, Dominique Erignac, prévenue par M. Sarkozy lors de son retour du palais de justice de Paris, s'est dite "émue par (cette) nouvelle extraordinaire" bien qu’Yvan Colonna reste présumé innocent de l’assassinat du préfet Erignac.
La trace de celui que la justice soupçonne d'avoir tiré sur le préfet Claude Erignac dans une rue d'Ajaccio le 6 février 1998 et dont l'arrestation était devenue un enjeu politique majeur, s'était perdue à l'aube du 23 mai 1999 dans une bergerie de Plazzile-di-Pianella, deux jours après les arrestations du reste du commando.
Colonna a été vu partout et attrapé nulle part: à la terrasse d'un bar en Corse, ailleurs dans l'île, où dit-on, il bénéficie de soutiens. La maison familiale de Cargèse est régulièrement perquisitionnée.
Des témoins ont cru le reconnaître à Marseille, à Nice, en région parisienne, en Lozère vendredi encore, près de la demeure familiale des Erignac mais aussi en Sardaigne, en Afrique, à Vanuatu, au Venezuela, au Costa Rica, où des enquêteurs sont envoyés.
Des enquêteurs ont affirmé leurs convictions qu'il "a pris le maquis", d'autres qu'il est loin. Tous ne sont d'accord que sur un point: un jour, ils arrêteront Yvan Colonna.
"Toutes les informations ont été systématiquement purgées. On ne pouvait se permettre une impasse", assurait vendredi soir un enquêteur. Celle qui a finalement abouti "était exploitée depuis un certain temps", ajoutait-il.
Le seul signe de vie en quatre ans, était une lettre postée dans le Val-de-Marne le 19 décembre 2000, envoyée à l'hebdomadaire nationaliste U Ribombu et formellement authentifiée comme de la main d'Yvan Colonna. La lettre ne permettait aucune localisation mais faisait taire les rumeurs sur sa mort et préparait sa future défense.
Signant "Yvan Colonna, patriote recherché", ce père d'un petit garçon s'y défendait d'être l'assassin mais exclut de se "mettre entre (les) mains" de la justice.
Sa cavale devenait un enjeu politique majeur.
Elle illustrait également les querelles intestines entre les différents services de police, apparues au grand jour devant les assises spéciales où l'ombre d'Yvan Colonna planait même si son cas avait été disjoint.
Les autres assassins présumés du préfet Erignac, après l'avoir désigné devant les enquêteurs comme le tireur, l'avaient disculpé lors des débats. Désormais, Yvan Colonna est disponible pour donner sa version des faits. Mais son arrestation risque de poser un casse-tête juridique pour la suite du procès Erignac.
Cette arrestation laisse néanmoins planer le doute d’une arrestation préparée. L’heure de l’arrestation (quelque temps avant le journal télévisé), la date (à la fin du procès et avant le référendum) permet de penser qu’il y a eu des contacts entre les autorités et le fugitif. Et c’est tant mieux. On imagine mal une fin tragique pour Yvan Colonna. De cette manière, Yvan Colonna ne sera pas un martyr et ce, grâce à la persévérance de la police et de quelques alliés. Les Renseignements généraux prennent une revanche sur la police antiterroriste qui l’avait accusé après la fuite d’Yvan Colonna. C'est aussi une victoire pour le RAID, fondé par Ange Mancini, incarnation de la police républicaine, antinomie de la police d’exception. C’est enfin une formidable victoire pour un Nicolas Sarkozy désormais assuré de la victoire du « oui » au référendum de dimanche.
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