Ouvrir dans une nouvelle fenêtre Affaire Alègre : une histoire sans fin
Jul 31, 2003
Auteur: L'investigateur

L'affaire Alègre à Toulouse ne connaît pas de trêve estivale, l'enquête sur les meurtres non élucidés au début des années 90 se poursuit avec trois nouvelles auditions prévues cette semaine, dont celle vendredi de Patrice Alègre.

Mercredi après-midi, l'ancien proxénète Lakhdar Messaoudène était entendu par le doyen des juges d'instruction Serge Lemoine sur le meurtre de Line Galbardi dans une chambre de l'hôtel de l'Europe dans la nuit du 2 au 3 janvier 1992.

"Patricia", l'ancienne prostituée qui est une des principales accusatrices dans l'affaire Alègre, était convoquée chez la juge Nicole Bergougnan qui instruit le dossier ouvert pour proxénétisme aggravé dans lequel d'ex-prostituées ont notamment mis en cause Dominique Baudis, l'ancien maire de Toulouse et l'ancien substitut du procureur de Toulouse, Marc Bourragué.

Rappel utile : "Patricia" est actuellement mise en examen et placée en détention provisoire pour complicité de faux témoignage avec le travesti "Jamel " qui avait porté de graves accusations à la télévision. Patrice Alègre doit lui être entendu vendredi par le juge Lemoine sur les meurtres de Line Galbardi et du travesti Claude Martinez.

De son côté, le sustitut Marc Bourragué a déposé mardi auprès du parquet de Toulouse une plainte pour faux témoignage contre "Fanny" , une ancienne prostituée qui affirme avoir eu une relation suivie avec lui et avoir subi des violences sexuelles de sa part, a-t-on appris mercredi auprès de son avocat maître Laurent de Caunes.

"Fanny met en cause M. Bourragué, elle le présente comme un certain Marcus dans ses dépositions, elle ment, ce sont donc des faux témoignages" précise l'avocat qui dévoile ainsi l’identité de Marcus. "Fanny" a affirmé à plusieurs reprises devant le juge et les enquêteurs qu'elle avait eu une relation avec un magistrat surnommé Marcus, elle a décrit très précisément une scène de viol dans le bureau de ce magistrat et en a dressé un portrait ressemblant à celui de Marc Bourragué. Ce dernier demande une expertise concernant un tatouage que Fanny affirme avoir vu sur son épaule. Il affirme d’autre part que le bureau où aurait eu lieu le viol n’est pas le sien.

Fanny a également affirmé dans ses dépositions que Marc Bourragué lui aurait offert une voiture. Selon maître de Caunes, "il apparaît clairement dans le dossier que ce n'est pas lui qui a donné cette voiture à Fanny".

Maître Muriel Amar Touboul, l'avocate de "Fanny", s'est dite sereine suite au dépôt de cette plainte. "C'est sûr que cela nous porte un peu préjudice, car pour l'instant aucune vérification n'a pu être faite sur les déclarations de ma cliente", a-t-elle déclaré. À propos de la voiture que M. Bourragué aurait donnée à "Fanny", "ma cliente est formelle, elle l'a eue par son intermédiaire (Marc Bourragué), même s'il n'y a pas de preuve directe", selon Me Amar.

Nous reproduisons ci-dessous de nombreux articles de la Dépêche qui nous paraisse apporter une atmosphère ou plutôt l’atmosphère de Toulouse, la ville d’Alègre.

Roman noir, ville rose



L'affaire Alègre. Depuis quatre mois, elle a plongé Toulouse dans un désarroi passionnel, parce que cette histoire sordide nous renvoie l'image d'un roman noir dont nous connaissons les décors, et révèle des perversions qui existent bien sûr dans d'autres villes, mais qui, là, sous nos volets, libèrent des fantasmes de proximité. Des pistes se recoupent et s'éloignent, des coïncidences nous troublent, la vérité se perd dans une démesure générale, démesure des crimes, des accusations, des révélations, des contradictions qui s'accumulent comme autant de rideaux de fumée…

Voici donc, sous nos yeux, le bouleversement bien réel d'une ville qui se flattait de briques roses, de convivialité, de dynamisme, et de douceur de vivre - vivre et mourir !-, mais qui successivement a connu deux traumatismes, l'explosion de l'usine AZF, puis les révélations de ce fait-divers hors normes, complexe, nous laissant un arrière-goût d'abandon, comme si tous ceux dont la charge était d'assurer la sécurité publique avaient, en ces années-là, abdiqué leur autorité, comme s'il était concevable qu'un jour prochain tout puisse recommencer…

Était-ce possible qu'à Toulouse, un tueur ait agi de la sorte, dans un quartier « chaud », aux abords d'une gare fréquentée et de brasseries bondées, quartier répertorié comme sulfureux et qui, en conséquence, devait être, croyions-nous, surveillé plus que tout autre ?

Était-ce possible qu'autant de jeunes femmes aient été tuées en si peu de temps, dans des circonstances violentes, sans pour autant émouvoir le commissaire et le magistrat ?

Était-ce imaginable que, malgré les traces évidentes laissées sur leurs cadavres, des enquêteurs, substituts ou médecins légistes, tous imbus de leur art, aient, avec la tranquillité du boulot accompli, conclu à des suicides, ou classé leurs décès aux pertes et profits d'une société si peu regardante ? Tant d'incompétence, tant de paresse, tant d'amateurisme sont-ils concevables, de la base au sommet, et si ce n'était le cas, comment alors ne pas réveiller d'autres soupçons, plus graves encore, qui s'apparentent à de la connivence ou même pire ? Comment donc ? De 1990 à 1997, on a recensé dans la région 191 meurtres, suicides et disparitions non élucidés, dont la plupart ont été tenus rigoureusement cachés. 191 points d'interrogations.

Toute l'affaire Alègre, avec son lot de cadavres et de souffrances, repose dans ce terrible dilemme : dysfonctionnement général des institutions ou complicités particulières ?

À cela s'ajoute le parfum entêtant du scandale mondain, le mélange détonnant du Toulouse d'en-haut et du Toulouse d'en-bas que dénoncent, avec leurs mots et leurs exagérations, six anciennes filles des rues.

Au cœur de l'été, alors que des juges remontent le cours des assassinats, des accusations, des témoignages et des turpitudes, nous faisons ici le point sur ces « affaires Alègre » qui dépassent forcément le seul cas d'un criminel d'exception.

On a parlé de « recadrage », le mot est maladroit, car il signifie qu'il y aurait des vérités à deux niveaux, qu'il faudrait en dissimuler certaines pour que la fin de l'histoire soit en parfait accord avec une morale déjà écrite. Il est d'autant plus maladroit qu'aux yeux de l'opinion il signifie enterrement, et risquerait alors de créer une fracture entre ceux qui savent et ceux qui pensent que, de toute façon, on leur cache quelque chose.

Toulouse est une ville bavarde, parcourue par ses réseaux, et qui demeure livrée aux colporteurs de nouvelles tant que la justice n'aura pas clairement dénoué les intrigues, tant qu'elle n'aura pas convaincu les Toulousains de sa capacité d'agir, sereinement, complètement, définitivement.

Enterrer l'affaire ? Ce serait grave d'abord pour l'ensemble des victimes, quelle qu'ait été leur vie, et pour leurs familles.

Grave aussi pour tous ceux qui ont révélé leurs noms : s'ils sont innocents, ils doivent être lavés du soupçon, mais s'ils sont coupables, il faut les confondre.

Grave enfin pour les institutions chargées de protéger les citoyens, la police et la justice, qui, en l'occurrence, ont intérêt à effacer l'impression diffuse et répandue d'un laisser-faire coupable. Demain, dans un mois, peut-être plus tard, nous voulons surtout croire que les diverses instructions aujourd'hui en cours répondront aux multiples et fortes interrogations que se pose une opinion publique inquiète et harassée.

Enterrer un fait-divers aussi considérable ? Nous veillerons à ce qu'il ne le soit jamais.

Jean-Claude SOULERY

Pourquoi le tueur en série a décidé de changer de stratégie


« Je l'ai fait ». Le 30 mai dans le bureau du juge d'instruction Serge Lemoine, Patrice Alègre a répété deux fois cette phrase. Le tueur en série venait d'avouer les meurtres de Line Galbardi, une prostituée, et de Claude Martinez, un travesti, tués à quelques semaines d'intervalles au début de l'année 1992 à Toulouse. Deux assassinats pour lesquels il était mis en examen, et qu'il avait jusqu'alors toujours niés. Y compris face aux accusations de Patricia et Fanny, les deux ex-prostituées qui ont décrit le meurtre de Line Galbardi auquel elles disent avoir assisté dans une chambre de l'hôtel de l'Europe, quartier Matabiau.

Ces aveux sont relayés par une lettre que Patrice Alègre a envoyée à l'animateur de télévision Karl Zéro. Un courrier où le tueur va beaucoup plus loin, nommant les commanditaires de la mort du travesti : Dominique Baudis et le magistrat Marc Bourragué. L'onde de choc est énorme et l'ancien maire de Toulouse demande à être mis en examen.

Si ces déclarations corroborent celles faites par les ex-prostituées, c'est aussi la première fois que Patrice Alègre « lâche » de nouveaux meurtres depuis sa condamnation aux assises en février 2002. Le tueur qui a toujours distillé petit à petit ses confidences a ouvert les vannes. « Je ne me suis pas exprimé jusque-là par crainte de pressions ou de représailles sur ma famille, écrit-il à Karl Zéro. Pourquoi je parle aujourd'hui ? J'ai constaté que de nombreuses personnalités s'exprimaient longuement pour clamer leur innocence. Je réclame moi aussi une tribune médiatique ».


L'AFFAIRE DYNAMITÉE


Mais cette nouvelle posture du tueur en série ne va pas durer longtemps. À la mi-juin, nouveau coup de théâtre. Patrice Alègre change brutalement d'avocat en demandant à Me Gilbert Collard de le défendre. Dans le même temps, il écrit au nouveau procureur général Michel Barrau en lui indiquant qu'il revient sur ses aveux. En citant au passage « L'homme révolté de Camus ». Alègre laisse alors entendre que ce sont ses anciens avocats, Mes Pierre Alfort et Laurent Boguet, qui l'ont incité à avouer. Avec le juge Lemoine. Ce que les avocats ont démenti fermement. Il parle même d'argent qui lui aurait été promis par Karl Zéro. La confusion est totale.

Que s'est-il passé entre des aveux qui allaient incontestablement dans le sens du dossier instruit patiemment par Serge Lemoine et la volte-face d'un homme à nouveau plongé dans le mutisme ? Préoccupé par son état de santé, le détenu qui devrait être réentendu prochainement par le magistrat instructeur n'en a pas dit plus. Comme si toute cette pantalonnade avait eu pour but de dynamiter « l'affaire ». Celui que l'on présente volontiers comme manipulateur n'a-t-il pas été lui-même manipulé ?


UNE INFLUENCE DÉTERMINANTE



La proximité qu'il a entretenue en prison avec Raymond Mihière, une figure du milieu marseillais, fait question. C'est ce truand de 42 ans, surnommé « Le Chinois « qui a envoyé une lettre de recommandation à Gilbert Collard jointe à celle d'Alègre. C'est aussi lui qui lit Camus, cité dans le courrier de rétraction adressé au procureur général et qui s'est permis d'annoter en rouge les éléments de procédure dont Patrice Alègre disposait. Son influence paraît avoir été déterminante sur le tueur en série. Sur sa rétraction mais aussi peut-être en amont… lors de ses aveux. L'enquête ouverte autour de la fameuse lettre à Karl Zéro pourrait éclairer cette zone d'ombre. Une chose est certaine : pourtant à l'isolement, Alègre a noué des liens avec « Le Chinois » qui sera en tout et pour tout resté deux mois à la maison d'arrêt de Seysses. Arrivé de la prison de Villeneuve-les-Maguelonne, dans l'Hérault, en avril, pour des problèmes de discipline, Raymond Mihière est reparti en juin, à peine une semaine après « le retournement « d'Alègre au motif qu'il avait menacé de mort les responsables de la prison.

ÉLÉMENTS à EXPLORER


Alègre jouet du milieu ? Si le tueur est lui aussi passé par la prison de Villeneuve-les-Maguelonne, ces liens avec Raymond Mihière ou d'autres Marseillais pourraient aussi remonter à plus longtemps. Justement à cette période du début des années quatre-vingt-dix, véritable épicentre de l'affaire Alègre, quand la cocaïne et l'héroïne arrivaient en masse sur le trottoir toulousain. Gros consommateur, Alègre était aussi le détaillant de produits très purs. Il y avait la drogue mais aussi la prostitution contrôlée avec Lakhdar Messaoudène, le complice. Patricia et d'autres ont raconté comment elles étaient envoyées, l'été, tapiner à Saint-Laurent-du-Var pour « des passes de luxe « au contact de proxénètes du cru… Il y a là toute une partie de la biographie de Patrice Alègre qui reste à explorer. Inquiète-t-elle certains ? Difficile aujourd'hui de dire comment évoluera la position du tueur en série dont la parole, après ces rebondissements, est largement dévaluée. Mais peut-être était-ce l'effet recherché…

Restent les faits. Toujours têtus. Me Gilbert Collard est pour l'instant resté discret sur la défense qu'il compte mener.

Gilles-R. SOUILLès

À Toulouse, un comité de citoyens demande toute la vérité et rien que la vérité


Ils sont professeur, charpentier, médecin... Certes, quelques uns sont libertaires, d'autres sont engagés dans des mouvements alternatifs. Mais tous l'affirment, le comité de citoyens auquel ils ont adhéré à titre personnel n'a rien de politique. Il ne désire qu'une chose : la Vérité dans l'affaire Alègre !

Patrick Mignard a été le premier à se mobiliser, fin mai. Ce professeur d'université sentait déjà qu'il y avait « trop de retournements inattendus dans cette affaire Alègre pour en faire une histoire banale ».

Aujourd'hui, il ne compte plus les coups de téléphone de personnes qui, à travers toute la région, manifestent leur désir d'adhérer au comité ou d'envoyer une cotisation. « Surtout pas ! leur répond-il. On ne veut rien. Seulement la vigilance des citoyens. »

«Pour dire on est là », insiste Bernard Réglat, un imprimeur de métier. « Car il y a trop de dysfonctionnements dans la police et l'institution judiciaire. Trop de meurtres classés en suicides sans même que les médecins légistes disent quelque chose, pour que les gens aient confiance. »

Et de fait, de plus en plus nombreux sont les Toulousains qui s'interrogent sur l'enquête « escamotée».

« Qui couvre qui et pourquoi ? » Telles sont les questions qu'ils se posent désormais. D'autant que tous s'étonnent du traitement « privilégié » dont bénéficient certains notables par rapport aux prostituées qui sont à l'origine de l'affaire. « Pendant des années, on a cassé les pieds à ces filles pour les faire parler, remarque Bernard Réglat. Et quand elles parlent, on les fout au trou. ». Une situation paradoxale qui fait bondir son ami Patrick Mignard. « Etre présumé innocent n'a jamais signifié ne pas être interrogé par les enquêteurs ou les magistrats en cas d'accusations portées par un tiers. Qu'est-ce qui détermine la valeur de la parole d'un individu ? Le statut social ? On serait tenté de le croire au regard des pratiques de l'enquête. Mais nous on sera vigilant jusqu'au bout, pour que le dossier ne tourne pas à l'aigre.»

Le tueur en série reçoit lettres et visites « d'admiratrices »...



Le numéro de sa cellule est confidentiel. Sécurité oblige. Car si Patrice Alègre est décrit par ses gardiens comme un prisonnier qui ne pose pas de problèmes-un seul rapport pour insultes à un agent en six années d'incarcération - sa détention en isolement à la maison d'arrêt de Seysses (Haute-Garonne) fait l'objet d'un régime de surveillance un peu particulier.

Lors de ses promenades - une heure le matin, une heure l'après-midi entre deux murs de béton surmontés d'un épais grillage-il ne se déplace jamais sans un gradé et deux gardiens, et jamais dans la même cour pour éviter tout incident.

Par le passé le tueur en série a déjà fait l'objet de manifestations d'hostilité de la part des autres détenus.

Lors d'un déplacement à l'intérieur de la prison, il a même reçu une canette de Coca-Cola sur la tête. Pas suffisant pour le déstabiliser. Même en détention, Alègre le tueur froid au regard fuyant parle peu. Et choisit soigneusement ses interlocuteurs.

« Quand il a des choses à dire, il s'adresse rarement à un gardien. Il demande un officier ou le directeur », confie Patrick David, délégué de l'UFAP.

Dans sa cellule, une photo de sa fille


Son univers se limite aux 9 m2 de sa cellule. En poussant la porte, tout de suite à gauche, une douche, un lavabo et un WC. Plus loin, un lit, une table, une chaise et une étagère sur laquelle reposent une radio et un lecteur de CD. Sur le mur, une TV suspendue et surtout une photo. Celle de sa fille, Anaïs, 14 ans, avec qui il entretient une correspondance hebdomadaire. Des lettres facilement identifiables. Sur le « ï » du prénom de son enfant, il ne place jamais de tréma. Toujours un cœur. Elle ne lui répond pas toujours avec l'assiduité qu'il souhaiterait. La dernière fois que Patrice Alègre l'a vue, c'était pour Noël au parloir de la prison. C'est le seul lien qui lui reste avec sa famille. Il n'a plus revu sa mère depuis un an. Et n'a plus aucun contact avec son père et son frère depuis son incarcération.

Mais la surmédiatisation de l'affaire lui a permis de nouer de nouveaux contacts. Il reçoit régulièrement des lettres de femmes de «tous âges» fascinées par son statut de tueur en série. Les gardiens chargés du courrier parlent de ses « admiratrices ». Beaucoup d'entre elles ont d'ailleurs demandé des permis de visite pour venir le voir à la prison.

Mais, là encore, le tueur a trié.

Aujourd'hui, il voit régulièrement deux femmes au parloir de la prison, et entretient une correspondance suivie avec quatre personnes dont un homme plutôt âgé qui lui envoie même de l'argent.

Du tueur solitaire au taulard zappeur


« Il y a deux périodes bien distinctes dans la vie de Patrice Alègre, raconte Me Pierre Alfort. Avant et après le procès. Avant c'était un solitaire qui se foutait complètement de ce qu'on pouvait dire de lui. Aujourd'hui, il lit tout, il zappe sur toutes les chaînes TV et écoute les infos à la radio. Pour lui, c'est sans doute une manière d'exister en dehors de sa cellule. Peu de temps avant qu'il ne me «lâche» pour Me Collard, il m'avait demandé un classeur pour archiver les coupures de journaux… », précise son ancien avocat.

Ce dernier devrait d'ailleurs publier un livre sur la façon dont il a vécu sa relation avec son client; notamment à partir d'une abondante correspondance échangée depuis 1997 entre les deux hommes.

Quand il ne lit pas, Patrice Alègre écoute de la musique - Véronique Sanson, Les Innocents, Manu Tchao, Mano Negra -, regarde la TV - le sport, l'info, des documentaires - et il dessine sur un cahier d'écolier avec un stylo noir tout simple. Des images abstraites dont lui seul connaît la signification.

Il boit beaucoup de café, du jus d'orange, et allume l'une après l'autre, des Pall Mall blondes qu'il roule lui-même. Il cuisine aussi. Quand l'ordinaire ne lui convient pas, il se prépare des pâtes sur le petit réchaud de sa cellule. Des pâtes à la bolognaise. Son plat préféré.

« Finalement, il occupe plutôt bien ses journées, parce que, très lucidement, il a accepté l'idée de passer le reste de sa vie en prison », dit Me Alfort.


Grosseur aux testicules


Son collègue, Me Édouard Martial, qui a repris le dossier avec Gilbert Collard, confirme : « Quand on lui demande comment il va, il répond toujours très laconiquement: «ça va ».

Pour lui, ses états d'âme ne sont pas un sujet de conversation. Il n'est pas revendicatif, ce n'est pas quelqu'un qui se plaint ».

Sauf sur un point. Sa santé. Car le tueur en série est inquiet. Il a perdu une quinzaine de kilos, prend des somnifères pour dormir, et souffrirait d'une grosseur aux testicules. Hospitalisé la semaine dernière pour des examens, il attend les résultats cette semaine.

Avec plus d'anxiété que ne lui en inspirent les rebondissements judiciaires de son affaire.

Hervé MONZAT.

La police des polices à la recherche de documents au commissariat central


Le juge Serge Lemoine n'envisage pas de partir en vacances avant septembre. Au cœur de l'été, le magistrat toulousain poursuit à un rythme soutenu l'instruction des meurtres reprochés à Patrice Alègre. Vendredi matin, il recevra à nouveau le tueur en série dans son cabinet pour l'entendre sur les meurtres de la prostituée Line Galbardi et du travesti Claude Martinez. Deux meurtres que Patrice Alègre avait reconnus devant le juge Lemoine le 30 mai dernier avant de se rétracter après avoir changé d'avocats.

Autre rendez-vous sur l'agenda du juge Lemoine, Lakdhar Messaoudène, l'ancien proxénète, mis en examen pour complicité du meurtre de Line Galbardi, va être entendu cet après-midi, par le magistrat instructeur. Au même moment, toujours cet après-midi, l'ex-prostituée «Patricia», sera dans le cabinet de la juge Nicole Bergougnan, qui instruit l'autre volet de l'affaire Alègre liée à l'information ouverte pour «proxénétisme en bande organisée, viols en réunion, actes de tortures ou de barbarie et viols sur mineure par personnes dépositaire de l'autorité publique».

Quatre dossiers bouclés


En marge de ces auditions, les enquêteurs de l'inspection générale de la police nationale (IGPN) sont arrivés, lundi matin, au commissariat central de Toulouse. Sur réquisition du juge Lemoine, leurs investigations portent, selon nos informations, sur l'enquête policière réalisée en janvier 1992 sur le meurtre de Claude Martinez. Ils recueillent les explications des policiers, chargés alors de l'enquête, mais sont aussi à la recherche de pièces ou de copies de pièces du dossier égarées depuis onze ans dans les archives du palais de justice. Parmi les pièces activement recherchées par le juge Lemoine, l'agenda du travesti, qui aurait été tué pour avoir filmé des soirées sado-moschistes auxquelles auraient participé des notables et magistrats toulousains. Des images compromettantes que Claude Martinez aurait voulu utiliser comme moyen de chantage.

Enfin, le juge Lemoine a mis, vendredi, un terme à son instruction sur les meurtres de deux prostituées Josette Legoy, 60 ans, en décembre 1987, et Josette Poiroux, 44 ans, en octobre 1992, ainsi que celui d'une vendeuse, Patricia Gélis, tuée le même mois à Toulouse et le viol d'une prostituée, toujours en 1992.

Les avocats de Patrice Alègre, qui a toujours nié ces faits, ainsi que les parties civiles ont un délai de vingt jours pour demander des actes complémentaires au juge d'instruction. Faute de demande ou passé ce délai, le parquet dispose d'un mois pour rédiger son réquisitoire définitif et dès lors, le juge Lemoine rendrait une ordonnance renvoyant Alègre, une nouvelle fois, devant les assises.

Jean-Louis GALAMEL.


Affaire Alègre

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