L’expérience démontre qu’en matière d’opérations spéciales, le mensonge ne paye plus. Autrefois oui. Désormais non surtout quand un pays tiers est en cause. C’est désormais Jacques Chirac qui est soupçonné d’avoir menti dans l’ « Opération Betancourt ».
Il est désormais quasiment acquis que la France a envoyé le 9 juillet un avion militaire transportant entre autres personnes des agents de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) pour essayer de récupérer Ingrid Betancourt
Selon des informations données par les médias brésiliens c’est l’absence de coopération entre le Brésil et la France qui aurait provoqué un déploiement de force brésilien et l’abandon de l’opération par les guérilleros des FARC.
Le vendredi 25 juillet, quand un journal brésilien dévoile l’opération, les autorités françaises après avoir nié par la voix du président de la République lors d’un point de presse à Nouméa, affirment qu’il s’agit d'une décision concertée prise "entre les différentes autorités de l'État, au plus haut niveau. C’est l'expression utilisée par Jean-Pierre Raffarin au cours de sa visite officielle au Maroc. Il dément la présence d’agents de la DGSE dans l’opération tout comme le dément la sœur d’Ingrid Bétanourt, Astrid. Or, interrogé par Le Monde, l'entourage du premier ministre a reconnu, vendredi, que M. Raffarin n'avait appris l'affaire qu'"il y a quelques jours", après que la tentative de récupération de Mme Betancourt eut échoué. Cela fait désordre d’autant qu’en même temps les conseillers du Président affirment à mot couvert que, peut-être en effet l’opération était de nature différente de celle demandée par le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin. En d’autres termes c’est ce dernier le coupable.
La porte-parole de l'Élysée, Catherine Colonna, déclare d’ailleurs : "Le président de la République avait été informé et avait donné son accord de principe à l'envoi d'un avion médicalisé à la demande de la famille d'Ingrid Betancourt". On reste dans le flou de manière à pouvoir « dégager » Chirac en catastrophe.
Dominique de Villepin l’a très bien compris qui cherche à obtenir le soutien de l'Élysée et de Matignon. C'est du Maroc que M. de Villepin appelle les conseillers de l'Élysée pour exiger qu’il soit fait mention de la connaissance par Jacques Chirac de l’opération.
En privé, l'entourage de M. de Villepin soupçonne en privé Nicolas Sarkozy - les deux hommes ne s'apprécient guère - d'être à l'origine de la diffusion des informations sur l'expédition. Le ministre de l'intérieur n'avait pas été mis dans la confidence de l'opération, alors même qu'il devait se rendre en voyage officiel en Colombie du 22 au 24 juillet. On dit qu’il s’est montré furieux de devoir jouer une fois encore le pompier alors même qu’il signait à Bogota un accord de lutte contre le trafic de cocaïne dans lesquels sont impliqués les FARC. On ne sait pas exactement ce qui s’est passé mais il est certain que le cafouillage au plus haut niveau de l’état rappelle celui du Rainbow Warrior, quand Laurent Fabius et Pierre Joxe informaient le Monde et le Canard Enchaîné de manière à dégommer Pierre Hernu, alors ministre des Armées et responsables du désastre. Le but était là encore d’en faire un fusible pour empêcher la foudre de frapper le président Mitterrand.
Le fait que la France ait cherché à faire libérer sa ressortissante est tout à fait honorable. Néanmoins l’erreur réside dans l’ignorance dans laquelle a été tenu le Brésil et d’autres. Le ministre brésilien des relations extérieures, Celso Amorim, a répété à Bogota que son pays n’avait pas été informé. Tout comme le gouvernement de Colombie. Dominique de Villepin a voulu avoir son « affaire Colonna » à lui (Yvan et non pas la porte-parole de l’Élysée). Il a échoué. Dans d’autres démocraties, il aurait aussitôt démissionné. En France, il reste en place en espérant que le temps va rapidement effacer les traces de cette « maladresse ».
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