Yvan Colonna n’est décidément pas un bavard. Devant la juge Le Vert, il s’en est tenu à son idée d’avoir « pris du recul » pendant quatre ans. Le berger corse reste un sage à travers les époques. Lors de sa première audition sur le fond, il a tout de même donné quelques éclaircissements sur son emploi du temps juste après les arrestations du commando Erignac entre le 21 et le 26 mai 1999.
Il affirme avoir été avec ses chèvres qui jouent un grand rôle dans sa vie puisque le responsable du RAID affirmait l’avoir reconnu dans la bergerie de Paoli après l’avoir entendu parler « avec » des chèvres et non « à » des chèvres. Plutôt que de descendre à la rencontre des policiers de la DNAT il a préféré la compagnie des chèvres. On le comprend un peu surtout si elles étaient plus causantes que lui.
Le vendredi 21 mai 1999 dans la matinée, il a donc appris l'arrestation, à l'aube, de Didier Maranelli, Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, trois membres du commando, aujourd'hui condamnés par la cour d'assises. Il aurait alors poursuivi ses activités sans plus s’inquiéter que ça, descendant à Ajaccio pour livrer ses fromages à des commerçants ce qui doit être vérifiable.
Il serait ensuite remonté à Cargese pour déjeuner avec son amie, puis faire une sieste. En début d'après-midi, il aurait retiré 30 000 francs sur son compte à la Banque populaire. 25 000 francs étaient destinés à sa compagne. Celle-ci avait besoin d’argent liquide pour son restaurant. Le 22 mai, Yvan Colonna se serait levé tôt pour traire les chèvres et faire la tournée habituelle des clients comme tous les jours. Il serait revenu à Cargèse pour le déjeuner. Joseph Caviglioli, son beau-frère décédé depuis, lui aurait alors montré un article publié dans Le Monde du jour, faxé de Paris. Son nom y était mentionné pour la première fois. Au passage, signalons que cette affirmation irait dans le sens des auteurs Cohen et Péan qui affirmaient que l’article de Jacques Follorou, publié dans le Monde du jour à paraître le lendemain en province aurait mis la puce à l’oreille d’Yvan Colonna. Yvan Colonna aurait alors été contacté par Axel Girard, journaliste de TF1, pour une interview. C’est alors qu’il a déclaré "On m'accuse de faits parce que j’ai le profil. Moi je ne dis qu'une chose, prouvez-le. »
Après le dîner, il aurait annoncé son intention de partir en montagne pour retrouver des chèvres manquantes. Son beau-frère n’ayant pu l’y conduire, un de ses amis dont il refuse de dire le nom l’y aurait mené. Yvan Colonna serait donc resté dans la montagne du 23 au 26 mai, pour retrouver ses bêtes.
Le dimanche 23 mai à l'aube, les policiers perquisitionnent son domicile depuis que son nom est apparu dans la procédure, donné par Didier Maranelli, en garde à vue dans les locaux de la division nationale antiterroriste à Paris.
Yvan Colonna aurait été prévenu le 26 mai de la descente de police par un homme dont il ne veut pas dévoiler l'identité. Ce dernier aurait notamment exhibé la "une" de France Soir, avec sa photo et ce titre : "Wanted, tueur de préfet". Cet homme l'aurait ensuite caché pendant plusieurs jours.
Là s’arrête le récit d’Yvan Colonna. Interrogé sur ses liens avec Pierre Alessandri et Didier Maranelli, il aurait répondu: "Je ne sais pas si ce sont mes amis. Je vous le dirai lorsque je les aurai en face de moi." Yvan Colonna et ses trois avocats, Mes Pascal Garbarini, Antoine Sollacaro et Philippe Dehapiot, ont demandé des confrontations avec les deux hommes, en particulier Didier Maranelli, qui est revenu sur ses déclarations à la fin de l'instruction puis devant la cour d'assises spéciale. L'absence d'éléments matériels mettant en cause Yvan Colonna rend les déclarations des protagonistes essentielles. Mais en agissant ainsi les avocats connaissent évidemment la difficulté de la justice pour y procéder étant donné la dissociation des deux procès d’une part (celui d’Yvan Colonna ayant été disjoint) et les procès en appel à venir.
Dossier arrestation Colonna
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