Le militant nationaliste corse Joseph Caviglioli se tuait le 3 septembre dans l’après-midi, dans un accident de moto, à Cargèse. Caviglioli était le beau-frère d'Yvan Colonna, le tueur présumé du préfet Erignac. Lors des Journées internationales de Corte, il avait émis l'idée de créer un comité de soutien à Yvan Colonna. Il appartenait au FLNC du 5 mai.
Dans la nuit du 16 au 17 septembre, une charge explosive de faible puissance détruisait l'entrée du rectorat d'Ajaccio. " Un acte lâche ", déclarait aussitôt le ministre de l'Éducation nationale Claude Allègre. L'émotion était vive. La même nuit, dix hommes armés et encagoulés vêtus de combinaisons sombres se rassemblaient autour de la tombe de Joseph Caviglioli, mort dans un accident de la route alors qu'il circulait à moto près de Cargèse. L'homme n'était pas un inconnu. Figure du mouvement clandestin, il était proche de ceux qui avaient assassiné le préfet Érignac. Caviglioli était aussi l'ex-beau-frère du tueur présumé, Yvan Colonna. La scène se passait au cimetière de Coggia. Les encagoulés rendaient des « honneurs militaires » à Joseph Caviglioli décédé le 3 septembre en heurtant un véhicule de touristes.
Puis, devant un journaliste de FR3-Corse, seul invité de cette « cérémonie », un porte-parole, se présentant comme membre du FLNC, lisait un texte. « Tant que l'État français n'aura pas donné de garanties suffisantes pour un règlement politique au problème corse, nous ne baisserons pas la garde. " Il poursuivait : " Pour notre part, nous sommes prêts à respecter nos engagements initiaux et à nous désengager définitivement si, sans préalable, l'État s'oriente définitivement et concrètement vers un processus de règlement politique de la question nationale corse, au travers de la négociation publique d'un projet d'émancipation politique voulu et initié par notre peuple, ainsi que cela a pu se faire en Kanaky, au Pays Basque ou en Irlande » . Ce sont les mêmes personnes qui procéderont au double plasticage de l’URSAFF et de la DDE d’Ajaccio un mois plus tard en prenant le nom de « Clandestinu ». Déjà ils préparaient leur entrée dans le FLNC Union des Combattants. Une partie d’entre eux se retrouve dans le FLNC 3
En parlant de préalable, les clandestins savaient alors de quoi ils parlaient.
Lors de son voyage en Corse, Lionel Jospin, avait souligné qu'il était prêt à presque tout discuter, à condition que la violence clandestine cesse. « Rien ne sera possible en Corse, avait-il insisté, au plan politique comme au plan économique, si la société corse, dans son ensemble, ne condamne pas solennellement la violence, si elle ne proclame pas que cette violence n'a pas de raison d'être un élément constitutif de l'identité corse, et qu'elle a aujourd'hui un caractère profondément anachronique ». Cette fermeté avait été favorablement accueillie par les partis traditionnels de l'île à l’exception des nationalistes et de leurs alliés qui avaient dénoncé un « prétexte pour bloquer les évolutions institutionnelles ». Jospin avait très maladroitement levé ce préalable après le double attentat d’Ajaccio.
La prestation du FLNC du 5 mai au cimetière de Coggia était un coup d'envoi pour une nouvelle flambée de violence destinée à les crédibiliser. L'action est parfaitement concertée. Entre 2 h 25 et 2 h 30 en effet, des charges explosives endommagent des locaux de la direction départementale de l'Équipement à Calci et Corte (Haute-Corse) ainsi qu'à Porto-Vecchio, Sartène et Ajaccio (Corse-du-Sud). C'est à Corte que les dégâts étaient les plus importants. Une charge de 500 grammes de dynamite avait été placée sous un chasse-neige stationné dans un hangar technique de la DDE. Le toit du bâtiment était fortement endommagé, ainsi que le chasse-neige et un bulldozer. À Calvi, deux camions de la DDE étaient détruits. À Porto-Vecchio, trois personnes étaient choquées par l'explosion, mais, comme à Sartène et Ajaccio, les dégâts étaient moins graves.
Le FLNC du 5 mai né en 1996 réunissait alors des membres de Resistanza et d’anciens du FLNC Canal habituel. Il se dissolvait en 1999 dans le FLNC Union des Combattants. Mais les réseaux d’amitié sont restés vifs même s’il est impossible de parler d’une véritable organisation.
|
|