Alègre : le poisson pourrit toujours par la tête
Jun 9, 2003
Auteur: L'investigateur

Un ancien maire, aujourd’hui président du CSA, gravement mis en cause dans une affaire de meurtres sado-masochistes…Des magistrats mêlés à une affaire horrible… Des policiers ripoux qui auraient commandité des meurtres… Et pour couronner le tout un tueur en série servant les bas désirs de notables vicieux et corrompus… Tel est le visage de Toulouse aujourd’hui. C’est une ville sinistrée par l’explosion d’AZF mais surtout par le scandale soulevé par les révélations de deux anciennes prostituées retrouvées par les gendarmes de la cellule homicide 31. À l’origine de cette recherche, il y a des assassinats inexpliqués de jeune femme. L’une d’entre elles par exemple se serait suicidée avec les mains attachées derrière le dos. Puis les informations fuitent du dossier d’instruction. Les noms de Baudis, ancien maire et de Bourragué, substitut du procureur, commencent à être prononcés. Au début on n’y croit pas. Qu’est-ce que vaut la « parole de putes » contre la réputation de « gens biens ». Nous nous sommes fait les échos de ces interrogations, de ces doutes. Dominique Baudis a vraisemblablement commis une erreur majeure en étalant son cas à longueur de colonne. Car c’est à partir de ce moment que l’affaire a pris une ampleur nationale. Les soirées sado-masochistes de Toulouse sont devenues le sujet dont on parlait. Au point que le premier ministre a demandé à être informé quotidiennement des rebondissements de l’affaire. Le procureur de Toulouse en charge de l’enquête, a dû démissionner parce que son nom était aussi prononcé dans « l’affaire Alègre ».
Jour après jour, de nouveaux éléments sont venus étayés la thèse des deux anciennes prostituées au point qu’en fin de semaine le responsable de la police a été convoqué dans le bureau du juge Lemoine pour s’expliquer sur les ratés d’un certain nombre d’enquêtes.

En France, il est une magnifique tarte à la crème : celle de la présomption d’innocence dont tout le monde se fout royalement mais que chacun brandit quand celui lui convient. Or dans cette affaire, plusieurs protagonistes sont des magistrats. Les voilà sous les feux de l’actualité. Ils comprennent enfin la douleur d’une quantité de pauvres gens moins puissants qu’eux qui les ont précédés dans cet enfer.

Il reste à analyser ce sentiment de dégoût qui nous saisit à la gorge à la lecture de toutes ces horreurs qui auraient été commanditées par l’élite toulousaine comme hier elles l’étaient par des notables d’Auxerre avec la complicité de certains magistrats. Nous voulons évidemment parler de l’affaire Émile Louis qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celle d’Alègre. Avec tout de même une différence : l’affaire Émile Louis comme celle des magistrats pédophiles de la Côte d’Azur a été étouffée dans l’œuf. Pour ce qui concerne l’affaire Alègre, l’étouffement est devenu difficile. Pourtant la première réaction du pouvoir a été désespérément identique : elle a envoyé en remplacement du procureur Volff, viré pour incompétence, le procureur Barrau qu a déjà fait ses preuves pour ce qui concerne les affaires de la ville de Paris qui pouvaient mettre en danger Jacques Chirac. Ses collègues l’ont surnommé « L’effaceur ». Il connaît d’ailleurs parfaitement Maître Spizner, l’avocat de Dominique Baudis qui est aussi celui de Jacques Chirac. Telle a été l’affreuse réponse du pouvoir. Au lieu d’exprimer de la compassion pour les victimes, de protéger les citoyens il semblerait qu’il ait tenté de gommer « l’erreur ».

Et tout n’est pas fini. L’un des gendarmes qui avait mené l’enquête a lui-aussi été remplacé. Bref il faut sauver les notables de Toulouse. À tout prix… N’importe comment… Pas de scandale.

Un proverbe universel dit que le poisson pourrit par la tête. Bien des provinces de France ressemblent à des poissons. Des maquereaux… Des morues au demeurant très dignes dans cet épouvantable carrefour des pires passions humaines. Alors outre les assassinats de jeunes femmes, les tortures qu’est-ce qui nous choque dans l’affaire Alègre.
La réponse est immédiate : ce sont exactement les mêmes mécanismes que dans la pédophilie. Des êtres faibles sont violentés par ceux qui devraient les protéger. Dans certains cas ce sont des enfants, à Auxerre des débiles légers, à Toulouse des jeunes femmes. Les notables toulousains (s’il s’avère qu’ils sont coupables) qui ont commis de tels actes avaient en charge de protéger leurs concitoyens. Ils en ont abusé et les ont abusés. La justice, si elle veut être crédible, doit être impitoyable. Sinon comment justifier que les gamins qui violent des gamines puissent être lourdement condamnés alors que les adultes qui se conduisent pareillement puissent passer entre les gouttes de pluie. Cela nous rappelle d’ailleurs ces enfants de la bonne société toulousaine qui avaient violé collectivement une jeune fille il y a quelques années. Il avait fallu des années pour exhumer le dossier lui aussi enterré par des magistrats « amicaux ». Déjà.

Plus largement ces « affaires » nous apprennent que nous sommes entrés dans une période de véritable décadence. Le bas empire romain était une usine à de tels scandales. À la fin de la guerre de Cent ans, juste avant les premières lueurs de la Renaissance, le plus valeureux des compagnons de Jeanne d’Arc, Gille de Rais enlevait, torturait et violait des enfants. Il sera couvert par le silence des grands du royaume jusqu’au jour ayant exagéré, il finira sur le bûcher. Le Marquis de Sade lui-même préfigurait la Révolution française.

Le poisson pourrit. Mais quelque chose naît déjà de sa décomposition. Vite que ces temps modernes arrivent vite.

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