Affaire Alègre : un témoin-clé en prison afin de la « protéger »
Jun 25, 2003
Auteur: L'investigateur

« À la demande conjointe du parquet et du juge d'instruction, Patricia a été placée en détention provisoire. Victime, elle rejoint ainsi certains de ses bourreaux et de ses tortionnaires ». Me Raphaël Darribère , le nouveau conseil de Patricia, a dévoilé la décision du juge des libertés et de la détention au palais de justice de Toulouse. Le mandat de dépôt de la jeune femme serait notamment justifié par des questions de sécurité. Me Raphaël Darribère, a clairement averti : « La justice est désormais comptable de sa sécurité. Patricia affirme qu'elle n'a aucune idée de suicide… Patricia continue son combat pour la manifestation de la vérité. Contrairement à ce que j'entends, elle n'est pas revenue sur toutes ses déclarations, même dans le dossier ouvert pour viols et proxénétisme aggravé. Des éléments concordants existent et elle les a précisés. Les déclarations de Patrica n'enterrent pas cette affaire. Bien au contraire ».

L’effet de cette mise en détention risque d’aparaître comme un « avertissement » pour les autres prostituées. Le message est clair. Le pouvoir est du côté des « bourgeois » et entend le rester.
Georges Catala, avocat de Fanny, autre accusatrice, parle vrai : « Il y a une certaine lâcheté collective à laisser reposer le poids énorme de ce dossier sur les épaules fragiles de deux jeunes femmes. D'ailleurs, elles ne sont plus deux mais cinq, puisque trois nouveaux témoins viennent de se constituer partie civile ». Or les accusations de ces femmes se recoupent. Le premier désigné est le proxénète Lakhdar Messaoudene dont on continue de s’interroger sur les « garanties » qu’il a pu recevoir pour se livrer ainsi.

On ne sait toujours rien des résultats de la réunion du week-end qui a réuni le procureur Michel Bréard, le doyen des juges d'instruction Serge Lemoine, en charge d'instruire les dossiers ouverts pour homicide contre Patrice Alègre, le lieutenant-colonel Philippe Henry, patron de la section recherches de la gendarmerie de Toulouse et son adjoint le commandant Christian Calvez .
Samedi, dans Le Figaro Magazine, le nouveau procureur général de la cour d'appel de Toulouse, Michel Barrau, a confirmé que Michel Roussel, chef de la cellule Homicide 31, "aurait formulé une demande de mutation qui ne l'empêcherait pas, si elle était obtenue, d'être détaché dans cette cellule et de rester dans l'enquête". "D'ailleurs, l'adjudant Roussel n'est pas le responsable de l'enquête", a-t-il ajouté de manière inquiétante pour l’enquête.

Tout reste incertain. Mais l’impression donnée par la « nouvelle prise en main » de l’affaire Alègre est très négative.

©2003 L'investigateur - tous droits réservés