Personnage clef de l'affaire Alègre, Lakdar Messaoudene s'est livré, mercredi soir, à la justice française.
« Il est venu de lui-même pour se rendre devant le juge Lemoine », a indiqué son avocat, Maître Kamel Benamghar, qui l'accompagnait depuis Alger à bord ce vol d'Air Littoral.
Il a été présenté au parquet de Nice et écroué dans la soirée, en attendant son transfert à Toulouse.
L'ancien souteneur comptait se rende à Toulouse. De son côté, Maître Benamghar a précisé que son client « a passé les frontières de manière officielle, muni des papiers administratifs nécessaires à son embarquement. » ce qui sous-entend un accord avec les autorités françaises qui lui ont délivré un visa.
Selon les déclarations des deux anciennes prostituées Patricia et Fanny, déclarations faites devant les gendarmes, comme devant le juge Lemoine, Lakdar Messaoudene était présent lors du meurtre de leur « camarade de trottoir », sauvagement assassinée par Patrice Alègre, au cours de la nuit du 2 au 3 janvier 1992, dans une chambre de l'hôtel de l'Europe à Toulouse.
Lors de toutes les interviews qu'il avait accordées depuis l’Algérie, Lakdar Messaoudene a toujours nié avoir participé à ce meurtre.
Il devrait être transféré dans les 24 heures à Toulouse, devant le juge Lemoine. Lakdar Messaoudene avait été arrêté et écroué pour proxénétisme, en 1992, moins d'un mois après le meurtre de Line Galbardi, avant d'être expulsé en Algérie après avoir purgé sa peine. Il est aussi désigné par Patricia et Fanny, comme l'organisateur, aux côtés de Patrice Alègre, de soirées sadomasochistes auxquelles auraient participé des magistrats, des policiers et des notables toulousains.
Autant dire que les explications de l'ancien proxénète sur ces soirées, comme sur les rapports qu'il aurait entretenus, selon ces deux femmes, avec certains policiers alors à la brigade des mœurs, sont très attendues par le magistrat instructeur.
Il n’en reste pas moins qu’on est en droit de s’interroger sur les garanties qui ont été offertes à ce personnage qui risque gros s’il est reconnu coupable de ce qui lui est reproché. Selon certaines informations, une nouvelle stratégie a été mise au point par tous ceux qu’inquiète la résurgence du rôle de Patrice Alègre. Elle consisterait plutôt qu’à nier, à faire dire par d’incertains témoins des énormités qui discréditeraient l’enquête toute entière.
Par exemple « Patricia » vient d’être mise en examen pour diffusion de fausses nouvelles. Elle est soupçonnée d’avoir incité le travesti Djamel à prononcer des accusations sans fondement. Or l’ancienne prostituée assure qu’un policier mis en cause dans l’affaire lui a demandé de charger toujours plus de magistrats. Il va de soi que les accusations lorsqu’elles ne sont fondées sur rien, finissent par pourrir le dossier.
On peut se demander ce qui s’est également produit avec Le Monde et la maison du Lac Noé. Michel Bréard, procureur de Toulouse, a démenti mardi 17 juin, dans un communiqué les informations publiées par Le Mondedaté du même jour sur "la maison du lac de Noé", à Mauzac (Haute-Garonne). "Après avoir pris connaissance dans un quotidien des soi-disant informations relatives à des découvertes résultant d'investigations qui auraient été menées par les enquêteurs de la gendarmerie dans une propriété située à proximité de Toulouse, indique le magistrat, le procureur de la République dément formellement les prétendues constatations contenues dans cet article, regrette le manque manifeste de recoupements ayant précédé une telle annonce et s'interroge sur les buts poursuivis par la ou les personnes ayant fourni de tels renseignements."
Réponse du quotidien du soir : « Le Monde, s'appuyant sur des sources proches de l'enquête, indiquait que les gendarmes avaient découvert dans les murs des "fixations d'anneau" et recueilli des témoignages qui confortaient les déclarations des ex-prostituées sur des soirées sadomasochistes dans cette propriété. »
Que faut-il penser de l’information que livre dans son édition papier, l'hebdomadaire Le Point à savoir l'existence au début des années 90 de deux endroits réputés pour des spécialités très « hard. Le NYC, branché gay SM, dont le patron s'est suicidé en mettant le feu à sa boîte des allées Charles-de-Fitte en mai 2000 et un « donjon » discret situé près du port Saint-Sauveur. « Au sol, du ciment, sur les murs des câbles et des planches, au plafond des poulies », décrit le journal. Un lieu que le propriétaire, aujourd'hui décédé, avait truffé de caméras sophistiquées. Un appareillage qui lui aurait permis de faire des milliers de photos et diapos.
Prudence donc.
Reste que ces photos, plus que le témoignage du proxénète algérien, peuvent faire faire avancer l’enquête.
Patrice Alègre a confirmé devant le juge Lemoine que s'il a tué Claude Martinez, le travesti surnommé Claudia, en février 1992, quelques semaines après Line Galbardi, c'était d'abord pour récupérer des films vidéos que le prostitué possédait.
Claudia avait pris l'habitude, selon plusieurs témoins, de filmer certains de ses ébats… et de ses clients.».
Fin 1991, on a su que des images circulaient, nous a déclaré Patricia. À partir de là, ils sont devenus fous». Ils ? Ce sont ceux que Patrice Alègre a désignés comme les commanditaires du meurtre. Commanditaires également désignés par Fanny témoin, selon elle, d'une conversation téléphonique. Fanny va plus loin en expliquant comment elle a dérobé certaines de ces vidéos au domicile du magistrat avec lequel elle aurait eu une longue relation. Elle assure avoir caché ces vidéos en compagnie de Claude Martinez et d'un autre travesti surnommé Jacky dans la région de Biarritz, au Pays Basque. Là où les gendarmes ont creusé la semaine dernière sur ses indications. En vain. Jacky, lui, s'est suicidé au mois de février dernier avec son amant. Mais il existe d'autres photos qui pourraient permettre aux gendarmes d'exhumer le passé trouble des soirées sadomasochistes toulousaines.
« Des actes de tortures, du sang, des déformations d'organes, des choses invraisemblables… » : Ce sont donc elles dont Le Point affirme avoir retrouvé le détenteur. Elles se trouveraient bien à l’abri dans un coffre.
« Certaines des personnes qui figurent sur ces images ont aujourd'hui pris du poids dans la ville », ce mystérieux personnage qui se dit prêt à en parler aux gendarmes.
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