Dans un article paru le 17 juin, la Dépêche répond au maire de Toulouse, Philippe Douste-Blazy qui l’accusait d’avoir multilplié les contre-vérités concernant l’affaire Alègre. Selon la Dépêche, la droite toulousaine se divise désormais en deux clans : les baudistes et les blazystes (voir article ci-dessous). Néanmoins, Douste-Blazy resterait sous la coupe de son prédécesseur à la mairie de Toulousse.
Jusqu'ici, très réservé sur les remous de la nouvelle affaire Alègre, Philippe Douste-Blazy s'est à son tour exprimé, sans doute sous la contrainte de Dominique Baudis. Dans une interview publiée hier dans « Le Figaro », le maire de Toulouse s'en prend, de manière à peine voilée, à « La Dépêche du Midi », accréditant à son tour la thèse du complot médiatique agitée par son mentor toulousain. Les contre-vérités émaillant les propos de Philippe Douste-Blazy ont conduit « La Dépêche du Midi » à engager une procédure de droit de réponse auprès du « Figaro ».
Sans attendre, nous tenons à rétablir la vérité en reproduisant les extraits de nos articles stigmatisés par le maire de Toulouse au regard des accusations qu'il a proférées à notre endroit. C'est que, comme les faits, les écrits sont têtus…
« Le Figaro » du lundi 16 juin. Question du journaliste Éric Decouty à Philippe Douste-Blazy : « La Dépêche du Midi » est soupçonnée d'avoir ourdi un complot contre Dominique Baudis. Qu'en pensez-vous ?
Philippe Douste-Blazy : « Je répondrai à votre question en vous en posant trois autres : pourquoi « La Dépêche du Midi », dans un éditorial, s'est-elle étonnée que les notables cités dans cette affaire ne dorment pas en prison, contrairement au veilleur de nuit de l'hôtel dans lequel se sont déroulés des meurtres ? »
Ce que nous avons écrit - « La Dépêche du Midi » du 3 juin (éditorial « La justice doit passer ») : « Le portier de l'hôtel de l'Europe est derrière les barreaux depuis plus de trois mois sur la seule foi des accusations des prostituées qui l'ont désigné comme le témoin du meurtre de Line Galbardi. Sans attendre tant de zèle de la Justice envers les personnalités citées dans ce dossier, on peut s'étonner qu'aucune d'elles n'ait été entendue par le juge et confrontée à ses accusateurs. Une troublante iniquité à côté de laquelle les théories du complot paraissent vraiment désuètes ».
Philippe Douste-Blazy : - « Deuxièmement : pourquoi avoir donné tant d'importance aux accusations du travesti Djamel, présenté par « La Dépêche » comme un nouveau témoin à charge, pour, lorsqu'il a avoué avoir menti, expliquer qu'il était mythomane notoire ? »
Ce que nous avons écrit - « La Dépêche du Midi » du 23 mai : « Une équipe de reportage de TF1 a retrouvé Djamel. Ce travesti toulousain a raconté, hier, comment il avait été récruté par Alègre ; comment il avait participé avec des personnalités à des « parties » sadomasochistes au château d'Arbas, propriété aujourd'hui du service social de la mairie de Toulouse. Un nouveau témoin qui intéresse aussi beaucoup les gendarmes ».
« La Dépêche du Midi » du 25 mai (citant Me Georges Catala, avocat d'une des prostituées) : « soit ces déclarations (de Djamel) correspondent à la vérité et elle est terrible soit ce témoin est un affabulateur comme cela arrive souvent dans des affaires retentissantes. Un témoin qui participerait alors, volontairement ou non, à une entreprise de déstabilisation de l'enquête ».
« La Dépêche du Midi » du 28 mai (dans un article évoquant la mise en examen de Djamel pour « dénonciation mensongère de crimes ou délits ») : « En attendant, le traitement judiciaire de l'ex-témoin vedette démontre que la justice ne veut pas se laisser abuser par les imposteurs ».
Philippe Douste-Blazy : « Troisièmement : pourquoi avoir laissé entendre que des personnalités mises en cause, qui n'ont pas accès au dossier, pourraient être mêlées au cambriolage du bureau du juge d'instruction »
Ce que nous avons écrit - « La Dépêche du Midi » du 4 juin (dans l'article consacré au « nettoyage » suspect du bureau du juge Lemoine) : « Est-ce la curiosité qui a poussé des intrus à s'introduire dans le bureau du magistrat instructeur ? »
Cette démonstration n'appelle pas de commentaire. Ici, nos lecteurs seront nos seuls juges…
Jean-Christophe GIESBERT.
Droite : deux clans distincts
Dominique Baudis est-il encore maire de Toulouse ? Plus de deux ans après son retrait volontaire de la politique locale et de la politique tout court,
c'est la question qu'on est en droit de se poser au vu des derniers développements de l'affaire Alègre. « À l'évidence, Dominique Baudis reste très fortement implanté à l'intérieur même de l'appareil municipal, observe un élu d'opposition. En dix-huit ans de mandats, il a rendu bien des services et beaucoup de gens encore en fonction lui sont redevables. Sinon, comment serait-il informé jusqu'aux détails de l'agenda de Philippe Douste-Blazy ? «
Autres signes du magistère moral qu'exerce encore l'ancien maire de Toulouse, la droite locale s'est mobilisée pour lui apporter sa caution. De son côté, Philippe Douste-Blazy multiplie les gages de bonne volonté pour tenter de prouver sa bonne foi à son parrain politique. Communiqué de soutien de l'ensemble du groupe majorité municipale, déclaration personnelle du député-maire, licenciement sec « pour rupture de confiance » d'un collaborateur du groupe UMP accusé d'avoir « calomnié » Dominique Baudis et son épouse…
Mais ces actes publics paraissent insuffisants à l'ancien maire de Toulouse qui a quasiment placé sous surveillance son successeur au Capitole, accusé dans une interview au journal « Le Monde » de deux péchés capitaux : un, Douste n'a pas informé Baudis de sa mise en cause dans l'affaire Alègre et des rumeurs qui couraient sur son compte autour de ce dossier sulfureux ; deux, Douste lui-même et quelques-uns de ses proches contribueraient à conforter les rumeurs, selon Dominique Baudis, qui associe « La Dépêche » à cette cabale.
« ça flingue à vue »
Depuis la mise en cause par Dominique Baudis de Philippe Douste-Blazy, un ami de trente ans qu'il a mis sur orbite dans sa conquête du Capitole, l'ambiance est particulièrement pesante au sein de la majorité municipale. Les rares élus de droite qui acceptent de répondre aux journalistes le font sous le couvert de l'anonymat, tel cet adjoint qui observe « avec inquiétude la formation de deux clans au sein de la majorité municipale. »
D'un côté, autour du député Jean Diébold, la vieille garde baudisienne, composée des membres de l'ancienne équipe Baudis que Philippe Douste-Blazy a intégré à sa liste, rajeunie par la présence de Florence Baudis, fille de Dominique, manière de marquer la continuité. De l'autre des hommes et femmes censés symboliser la relève sinon la rupture avec le passé, au premier rang desquels Jean-Luc Moudenc, d'autant plus exposé qu'il passe pour le successeur potentiel de Douste-Blazy si ce dernier était un jour nommé ministre. « Ça flingue à vue de part et d'autre, l'affaire Alègre est sujet tabou, personne n'ose plus en parler à personne et surtout pas hasarder une opinion. Chacun craint les mouchards », lâche un adjoint, l'air sombre.
La gauche toulousaine reste discrète dans l'agitation ambiante, à dix jours d'un conseil municipal qui devrait se tenir dans une atmosphère très particulière. Une rumeur court, une de plus, selon laquelle une nouvelle motion de soutien à Dominique Baudis serait proposée au conseil municipal. « La droite ne commettrait pas cette erreur qui reviendrait à transformer ce dossier explosif en affaire politique », juge un conseiller municipal socialiste. Qui ne peut se réjouir des tensions perceptibles à droite et s'inquiète des retombées sur l'image de la ville : « C'est très lourd en terme de discrédit sur la ville. Je n'aimerais pas que Toulouse hérite de la même réputation que Nice à l'époque Médecin.
René GRANDO (La Dépêche)
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