Malgré les pressions, les deux ex-prostituées ont maintenu avant-hier leurs accusations de viols commis par des magistrats via le réseau Alègre. Les avocats des deux anciennes prostituées le disent haut et fort : «On assiste à une technique discrète mais obscène pour déstabiliser nos clientes et étrangler la vérité.» Me Catala, avocat de Fanny (les prénoms des deux accusatrices sont faux) . Pourtant celles-ci ont non seulement réitéré leurs accusations mais elles ont donné des détails plus que troublants sur les notables qu’elles accusent, les lieux et les circonstances.
Plus l’affaire avance et plus la thèse de Dominique Baudis sur le complot s’étiole. La personnalités des deux accusatrices d’abord plaide contre Dominique Baudis : Fanny, 30 ans, est aujourd'hui «mère au foyer» et sans grands moyens. Patricia, 32 ans, est ouvrière manuelle. On voit mal les chevaux de Troie de l’industrie pornographique dans des situations aussi précaires. De plus, ce sont les gendarmes de la cellule homicide 31 qui les ont trouvées. Elles se cachaient en dehors de Toulouse dans le cadre de l’enquête sur Patrice Alègre et des « morts » suspectes. Les révélations de ces deux jeunes femmes ont permis que le procureur de la République, Michel Bréard,déclenche une instuction le 15 avril, à l'issue d'une enquête préliminaire sur les frasques de ses pairs. On aurait aimé trouver dans l’Yonne un magistrat aussi courageux.
Fanny porterait encore les traces des tortures que lui ont fait subir ses « clients ». Elle n'avait que 17 ans et vivait de ce qui lui donnaient des grands bourgeois, des patrons ou des VRP qui la prenaient comme objet de plaisir.
Patricia avait été mise sur le trottoir de Toulouse en 1990.
Elles ont expliqué comment Patrice Alègre «récupérait» des gamines en perdition pour les mettre sur le tapin, qu'il les «essayait» et les «corrigeait». Elles ont à nouveau confirmé les «protections» policières dont bénéficiait Alègre lui-même fils de policier qui se vantait d’avoir été serveur en 1987 à la cafétéria du commissariat. Elles ont donné les noms des «flics des mœurs et des stups» de Toulouse. Elles ont décrit comment elles étaient obligées de passer à la casserole et comme elles leur apportaient « ‘des enveloppes marron de 900 francs chaque semaine».
Elles ont de nouveau décrit l’assassinat de Line Galbardi qui avait trop parlé. Pour «faire un exemple», Alègre et son proxo l'ont tuée sous les yeux de Fanny et Patricia. Patrice Alègre, par ailleurs condamné à perpétuité pour d'autres crimes, est mis en examen pour l'assassinat de quatre prostituées ou travestis, le viol d'une autre et le meurtre d'une vendeuse la plupart commis en 1992. Or les enquêtes sur ces crimes ont été étouffées ou pire ont abouti à de curieux constats de suicide contre toute évidence. C’est dire l’importance qu’avait acquise Patrice Alègre, le pourvoyeur en chair fraîche des notables de Toulouse.
Selon les déclarations des deux anciennes prostituées, de nombreux hommes en vue participaient aux soirées sado-maso dont certaines «tournaient mal». Entendons par là qu’il y avait mort de femmes. Fanny a déclaré devant les juges que «des policiers venaient la chercher comme un dû dans son studio pour l'amener le soir, au palais de justice à des magistrats qui la prenaient de force dans les bureaux».
Or Fanny a désigné sur photo ses violeurs et les lieux où les magistrats la prenaient. Le plus troublant est qu’elle n’avait aucun moyen de connaître tous ses détails sans s’y être rendus. L’homme désigné comme « le pivot » et qui se présentait sous le pseudonyme «Marcus» était alors substitut du procureur. Elle a également reconnu trois pontes de la cour d'appel et un président de chambre correctionnelle. Elle dit aussi avoir été emmenée «dans une belle demeure près du casino de Salies-de-Salat» pour des soirées particulières, en présence du surnommé «Nénette», haut placé à Toulouse. Or selon des indiscrétions « Nénette » pourrait avoir été le pseudonyme de Dominique Baudis sans que cela ait été prouvé.
L’ autre notable mis en cause était le procureur adjoint de Matauban, Marc Bourragué. Celui-ci a été obligé de reconnaître qu’il avait pris l’apéritif chez lui à Launaguet en 1991 avec Patrice Alègre, alors «inconnu des services de police». Il avait argumenté en parlant d’«un ami commun» qui l'avait amené. Or on vient de découvrir que cet ami du substitut n’était autre Gilles Pivi, ex-portier du Broadway, «une petite frappe plus ou moins dealer» selon les enquêteurs. Comment un magistrat pouvait-il s’être lié d’amitié avec un homme qui fréquentait le « milieu » et Patrice Alègre ?
Pire : le VSD de cette semaine révèle une écoute téléphonique judiciaire du 7 novembre 1996 de Wafaa, call-girl d'un réseau parisien démantelé, qui parle de Dominique Baudis comme d'un client «sûr» de Toulouse qui «monte une fois par semaine ou tous les quinze jours».
La défense de Dominque Baudis menée par l’avocat de Chirac, Me Szpiner, veut attaquer en diffamation l'avocate de Patricia, Me Hegoburu. Me Catala, défenseur de Fanny, dénonce des pressions en tous genres pour étouffer l’affaire. Ainsi trois gendarmes ont supplanté sur ce dossier sensible le chef Roussel de la cellule homicide 31 celui qui a tout découvert: «Ces trois gendarmes s'appuient sur les policiers mis en cause pour faire passer les témoins pour de dangereuses affabulatrices. On assiste à une tactique discrète mais particulièrement obscène, à une tentative grossière pour déstabiliser nos clientes, et pour étrangler la vérité».
a-t-on vers un nouveau scandale à la Émile Louis qui avait vu l’enquête tuée dans l’œuf pour cause de scandale probable ?
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