Isra�l : le refus de servir militairement dans les territoires s��tend
Dec 23, 2003
Le mouvement de protestation au sein de Tsahal s�intensifie : deux articles du quotidien Le Monde

Des soldats d'�lite refusent de servir dans les territoires

Zeev Bo�m, le vice-ministre de la d�fense isra�lien, a estim� lundi que ces soldats devaient passer en cour martiale. Selon lui, les arguments avanc�s par les soldats seraient irrecevables et proc�deraient d'une campagne men�e par la gauche isra�lienne.

Quinze r�servistes d'une unit� d'�lite de l'arm�e isra�lienne ont annonc� dimanche 21 d�cembre qu'ils refusaient d�sormais de mener des missions dans les territoires palestiniens, dans une lettre adress�e au premier ministre, Ariel Sharon, a rapport� une t�l�vision priv�e isra�lienne.

Les 15 soldats r�servistes de la Sayeret Matcal, unit� prestigieuse sp�cialis�e dans les op�rations de commando � l'ext�rieur d'Isra�l, ont affirm� qu'ils ne participeraient plus � "l'oppression" des Palestiniens ni � la d�fense des colonies juives dans les territoires, selon les termes de la lettre cit�e par la t�l�vision.

"Nous ne donnerons plus nos vies pour l'oppression dans les territoires et la n�gation des droits de l'homme de millions de Palestiniens, et nous ne servirons plus de boucliers aux implantations" juives dans ces territoires, ajoute la lettre. "Nous ne corromprons pas plus longtemps l'humanit� en menant les missions d'une arm�e d'occupation (...). Autrefois, nous avons combattu pour une cause juste (mais aujourd'hui), nous avons d�pass� la limite de l'oppression d'un autre peuple", pr�cisent les signataires du texte, expliquant qu'ils "ne franchiront plus cette limite".

LE FRONT DU REFUS S'�TEND

Zeev Bo�m, le vice-ministre de la d�fense isra�lien, a estim� lundi que ces soldats devaient passer en cour martiale. "Ces soldats doivent �tre priv�s de leur uniforme et passer en jugement pour d�sob�issance et rebellion, peu importe l'unit� dans laquelle ils servent", a affirm� M. Bo�m � la radio publique isra�lienne. Selon lui, les arguments avanc�s par les soldats seraient irrecevables et proc�deraient d'une campagne men�e par la gauche isra�lienne.

Pour le d�put� travailliste Danny Yatom, g�n�ral et ex-chef du Mossad (service ext�rieur de s�curit�), il ne faut pas se servir de l'arm�e pour exprimer des id�es politiques (...). Le refus d'accomplir une mission militaire n'est possible que si celle-ci est ill�gale". M. Yatom, un ex-commandant de la Sayeret Matcal, a cependant appel� le gouvernement "� s'interroger sur les raisons pour lesquelles le ph�nom�ne du refus de servir dans les territoires s'amplifie".

Unit� l�gendaire de l'arm�e isra�lienne, la Sayeret Matcal, qui compte parmi ses anciens commandants l'ex-premier ministre travailliste Ehoud Barak, a notamment men� l'op�ration de lib�ration de 106 passagers d'un avion retenus en otages � Entebbe, en Ouganda, en 1976.

M. Barak, ainsi que plusieurs responsables politiques isra�liens ayant servi dans cette unit�, ont d�nonc� cette prise de position. L'ancien premier ministre a demand� aux signataires de revenir "imm�diatement" sur leur d�cision, la qualifiant de "grave erreur", a rapport� la radio militaire isra�lienne. Selon la m�me radio, le chef d'�tat-major isra�lien, Moshe Yaalon, a par ailleurs d�clar� que toute personne ayant quelque chose � dire sur les actions de l'arm�e devait le faire "dans le cadre de l'arm�e".

La lettre des 15 r�servistes intervient trois mois apr�s que 25 pilotes militaires isra�liens eurent sign� une p�tition adress�e au commandant en chef de l'arm�e de l'air dans laquelle ils affirmaient leur refus d'ex�cuter des missions dans les territoires palestiniens. Le 25 janvier 2002, 52 officiers et soldats du cadre de r�serve de l'arm�e de terre avaient annonc� qu'ils refuseraient dor�navant de servir dans les territoires. "Nous ne continuerons pas � nous battre au-del� de la ligne verte [datant de la guerre de 1967 et l'occupation de la Cisjordanie par Isra�l] dans le but d'opprimer, d'expulser, d'affamer et d'humilier un peuple tout entier", disait cette p�tition qui avait suscit� une vive pol�mique en Isra�l. Le texte avait recueilli par la suite plusieurs centaines de signatures.

L'arm�e isra�lienne compte 190 000 hommes et femmes dans le service actif et 450 000 r�servistes, selon le centre Jaffee d'�tudes strat�giques de l'universit� de Tel-Aviv.


Les pilotes rebelles de Tsahal rejettent leur sanction


Renvoy�s de l'arm�e, 30 militaires avaient refus� d'attaquer des zones civiles palestiniennes.

Mannequin, g�rant d'un bar branch� de Tel-Aviv, Assaf est aussi pilote et il veut absolument le rester. Pas question pour lui, comme pour ses camarades, d'accepter son renvoi de l'aviation, d�cid� par la hi�rarchie militaire. Ils se battront donc, y compris devant la justice, si n�cessaire.

La sanction a �t� prononc�e contre les 10 pilotes en service actif appartenant au groupe des "27", devenu groupe des "30" depuis, qui, en septembre dernier, rendaient public dans les m�dias isra�liens leur "refus d'ob�ir � des ordres ill�gaux et immoraux" comme "les attaques a�riennes contre des centres de population civile"dans les territoires palestiniens.

La nouvelle provoqua une temp�te. C'�tait le but recherch�. Assaf pr�cise : "Cette lettre n'�tait pas dirig�e contre l'arm�e, mais contre la politique du gouvernement. La soci�t� isra�lienne �tait plong�e dans une apathie et un d�sespoir profonds. C'�tait une provocation. Je regrette juste de ne pas l'avoir fait plus t�t."

Instructeur de ses cadets, Assaf aurait pu continuer � se taire ou � r�sister en silence, comme beaucoup d'autres. "On est seulement le sommet �merg� de l'iceberg. En fait, beaucoup de pilotes nous soutiennent", confie-t-il. Certains le font avec des mots. Ils appellent les dissidents pour s'excuser de "ne pas avoir le courage d'en faire autant". D'autres, ou les m�mes, font de la r�sistance passive. "Il existe une esp�ce d'accord tacite entre certains pilotes et leurs commandants, en vertu duquel on ne confie pas � ces pilotes des missions qu'ils refuseraient. La situation me para�t tr�s inqui�tante, car une arm�e qui n'est pas s�re � 100 % de la cause qu'elle d�fend est affaiblie", explique le jeune homme.

Assaf comprend tous ceux qui, sympathisants de leur action, ne s'y sont pas joints plus activement. "Je ne les bl�me pas. C'est tr�s dur d'entendre les responsables politiques et militaires dire que nous sommes des "tra�tres" ou des "collaborateurs de terroristes", alors qu'on a consacr� une partie de notre vie � l'arm�e."

"FRONTI�RES MORALES"

A 33 ans, Assaf a donn� huit ans et demi � Tsahal - un pilote s'engage pour sept ans minimum, contre trois pour les autres soldats. Ensuite, les p�riodes de r�serve ne sont pas de trente jours par an, mais d�une � deux journ�es par semaine.

Aujourd'hui, pass� le choc de ces stigmatisations douloureusement v�cues, des tensions familiales et des ruptures amicales que cette affaire a pu provoquer, les 27 rebelles ont d�cid� de se confier aux m�dias �trangers. Assaf d�finit son geste comme "un acte profond�ment sioniste". "J'aime mon pays. Je me suis engag� � le d�fendre et je le ferai encore s'il est en danger. Je n'oublie pas les victimes des attentats - bien au contraire -, mais nous ne sommes plus dans la situation de 1967, nous sommes devenus les plus forts. C'est justement pour cela que nous devons prendre garde et ne pas d�passer certaines lignes. On a �t� form�s pour l�cher des bombes sur des objectifs militaires comme des tanks, pas sur des b�timents habit�s. En se cachant au sein de la population civile, les terroristes nous ont amen�s � repousser nos fronti�res morales."

Assaf tient � faire savoir au monde entier qu'"Isra�l ne se r�sume pas � Sharon"et rappelle aussit�t que, "d'apr�s un r�cent sondage, 69 % des Isra�liens sont favorables au retrait des territoires".

Catherine Dupeyron

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s