Libre �change et libre �change
Dec 19, 2003
Les �tats-Unis se sont lanc�s dans une conqu�te de l�Afrique. Aujourd�hui, ils tentent de convaincre les pays de ce continent que seul le libre-�change peut leur apporter la prosp�rit�. D�bat sur un concept qui visiblement n�est pas interpr�t� de la m�me mani�re selon que vous soyez riche ou pauvre.

De l'avis de M. Erastus J.O. Mwencha, secr�taire g�n�ral du March� commun de l'Afrique orientale et australe (Common Market for Eastern and Southern Africa, COMESA), tant les Africains que les Am�ricains s'accordent � penser que l'application de la Loi sur la croissance et les possibilit�s �conomiques en Afrique (AGOA) a r�ussi lorsqu'il s'agit de faire valoir les bienfaits d'un accroissement des �changes bilat�raux, mais ils appr�hendent de fa�on diff�rente le syst�me sur lequel repose le libre-�change.

Prenant la parole le 8 d�cembre � l'occasion d'une r�union de repr�sentants du secteur priv�, organis�e dans le cadre du troisi�me forum de l'AGOA, M. Mwencha a soulign� : "Nous sommes tous d'accord sur la mission de l'AGOA (de parvenir � un r�gime mondial de libre-�change �quitable.) Nous sommes aussi d'accord sur le fait que la mondialisation est un fait et que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est la meilleure institution pour lib�raliser le commerce mondial et encourager le d�veloppement", a-t-il d�clar�, ajoutant : "C'est sur la fa�on d'y parvenir que nous pourrions ne pas �tre d'accord."

Il a expliqu� qu'il s'�tait int�ress� � l'AGOA d�s 1997, s'�tant rendu aux �tats-Unis afin de militer en faveur de l'adoption de la version originale de l'AGOA, qui ne manquait pas de d�tracteurs � l'�poque.

(Durant les trois premiers trimestres de 2003, les �changes entre les �tats-Unis et l'Afrique, dans le cadre de l'AGOA, ont augment� de 59 % par rapport � l'ann�e pr�c�dente et se chiffrent � 10,2 milliards de dollars. L'AGOA permet aujourd'hui au Lesotho d'exporter pour plus de 300 millions de dollars de marchandises par an ; elle a permis la cr�ation de plus de 21.000 emplois au Kenya et l'Afrique du Sud, par exemple, fabrique des Mercedes-Benz qui sont export�es vers les �tats-Unis.)

Il est important, a-t-il dit, de reconna�tre que les pays en d�veloppement sont d�savantag�s du fait de leur infrastructure inad�quate, du manque de capitaux pour financer le cr�dit et de nombreux autres facteurs.

Et c'est pour ces raisons, a-t-il expliqu�, que les pays africains et les autres pays en d�veloppement demandent d'�tre trait�s diff�remment.

Il est r�v�lateur, selon lui, de constater les r�sultats de l'Afrique depuis la cr�ation du syst�me d'�changes dans le cadre du GATT et ensuite de l'OMC.

"Dans les ann�es 1950, la part de l'Afrique dans le commerce mondial se situait autour de 6 %. Aujourd'hui, elle atteint � peine 2 %, bien qu'il y ait eu sept ou huit s�ries de n�gociations dans le cadre du GATT, et maintenant de l'OMC. Par contre, on constate que les pays industriels s'en sont tr�s bien tir�s", a-t-il soulign�, donnant ensuite des chiffres montrant qu'une plus grande lib�ralisation des �changes, dans le cadre de l'OMC, pourrait rapporter jusqu'� 30 milliards de dollars aux �tats-Unis et b�n�ficier grandement � l'Afrique si les marchandises produites par les pays africains se chiffraient seulement � 25 % de cette somme.

Les �changes s'intensifient entre les vingt pays membres du COMESA, lesquels ont enregistr� une importante croissance l'ann�e derni�re. Les �changes entre les pays du COMESA et d'autres pays ont eux aussi fortement augment� et, a pr�cis� M. Mwencha, c'est � la stabilit�, � la pr�visibilit�, et � la conjugaison d'�l�ments appuyant le libre-�change que peuvent �tre imput�es ces am�liorations.

(Les membres du COMESA sont l'Angola, le Burundi, les Comores, la R�publique d�mocratique du Congo, Djibouti, l'�gypte, l'Erythr�e, l'�thiopie, Madagascar, le Malawi, Maurice, la Namibie, le Rwanda, les Seychelles, le Soudan, le Swaziland, l'Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe.)

"Nous l'avons constat� nous-m�mes : des �changes passant de moins d'un milliard � plus de quatre milliards de dollars en tr�s peu de temps � cause de ces �l�ments", a-t-il d�clar�, rappelant cependant : "Les �changes, ce n'est pas simplement une question de droits de douane, et bien d'autres �l�ments et conditions se conjuguent pour leur donner de l'�lan."

Faisant allusion � l'�chec des r�centes n�gociations de l'OMC qui se sont tenues � Cancun en septembre 2003, M. Mwencha a pr�cis� : "En ce qui concerne les demandes de l'Afrique, le message n'a pas �t� compris. L'Afrique demande tout simplement d'�tre en mesure de participer au commerce mondial, et en particulier dans les domaines o� les Africains ont un avantage comparatif (...), notamment l'agriculture."

C'est pour cette raison, a-t-il ajout�, que les pays africains suivent le plan de d�veloppement adopt� � Doha. Ces pays souhaitent en effet accro�tre leurs moyens et participer au commerce international mais, a affirm� M. Mwencha, "c'est � l'Afrique que le maintien du statu quo, dans le cadre de l'OMC, nuit le plus".

"Il ne faudrait pas se figurer que l'Afrique se soit r�jouie de ce qui s'est pass� � Cancun. D'ailleurs, l'Afrique demande que ces n�gociations reprennent et prie pour qu'elles s'accompagnent de la souplesse qui permettra aux Africains de trouver des solutions � ces probl�mes ardus", a-t-il indiqu�.

L'Afrique, a-t-il dit en conclusion, a besoin d'une meilleure formation de sa main-d'�uvre et de se familiariser avec les normes am�ricaines de s�curit� sanitaire des produits de fa�on que les exploitants africains puissent exporter leurs produits aux �tats-Unis.

Il a recommand� en outre une expansion de l'AGOA afin de promouvoir les �changes r�gionaux en Afrique. "Ce n'est que par le biais de l'int�gration r�gionale que nous pourrons r�ussir un d�veloppement durable", a-t-il fait remarquer.

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s