La piste bretonne a d�j� men� � l�ETA. La voil� qui prend le chemin du terrorisme irlandais.
L'op�ration men�e par la police � Dieppe (Seine-Maritime) et � Guingamp (C�tes-d'Armor) a conduit � l'arrestation de cinq Fran�ais suspect�s d'�tre impliqu�s dans un r�seau de soutien � l'IRA v�ritable.
Cette branche dissidente de l'IRA, hostile aux accords de paix pour l'Irlande du Nord sign�s au printemps 1998, s'est distingu�e depuis par sa violence. Elle a revendiqu� l'attentat � la voiture pi�g�e commis le 15 ao�t 1998 � Omagh, qui avait fait 29 morts et plusieurs centaines de bless�s, puis les attaques contre les si�ges de la BBC et des services secrets britanniques � Londres.
Depuis l'arrestation de son chef, Michael McKevitt, en mars 2002, l'IRA v�ritable �tait en perte de vitesse m�me si elle a. revendiqu� en mai dernier l'explosion d'une bombe pr�s du si�ge du gouvernement irlandais � Dublin, le jour o� Tony Blair y �tait attendu.
Selon Le Parisien ce sont les polices irlandaises et anglaises qui ont alert� les services fran�ais de l'existence d'un r�seau de soutien en France. Mardi 4 octobre, � l'aube, la Division nationale antiterroriste est donc intervenue.
Dans une for�t, � Tourville-sur-Arques, pr�s de Dieppe, les policiers ont d�couvert, � demi enterr� au pied d'un arbre, un tonneau contenant deux pistolets mitrailleurs Ingram Mac 10, un pistolet automatique de calibre 7,65 et des munitions. Ces armes �taient comme neuves. � Nous supposons qu'elles ont �t� achet�es par des Fran�ais puis cach�es l�, explique un enqu�teur au Parisien. Les Irlandais devaient venir les chercher par bateau. � Cinq personnes ont �t� interpell�es.
Parmi elles, Jean-Pierre E... (60 ans) conseiller municipal (divers droite) de la ville de Guingamp pr�side le Festival de musique celtique de Saint-Loup.
Armelle P... (55 ans) est conseill�re municipale du village de Pabu. Elle est pr�sidente du comit� du jumelage entre l'agglom�ration de Guingamp et la r�gion irlandaise de Shannon.
Bernard L... (55 ans), employ� de banque, est lui aussi membre de ce comit�, qui a permis � ces trois notables de faire de nombreux voyages en Irlande. Hier, dans la banlieue de Dublin, la police a arr�t� deux individus dans le cadre de cette op�ration.
L'IRA V�ritable un groupuscule de jusqu'au-boutistes
Que reste-t-il de l�Ira provisoire. Une enqu�te du Figaro.
Combien sont-ils ? Entre soixante-dix et cent soixante-quinze tout au plus, selon les experts des services de s�curit� int�rieure britanniques. Un groupuscule, donc. Mais la cr�me des jusqu'au-boutistes r�publicains. Redoutables dans la mesure o� ils sont puissamment arm�s et d�termin�s � bouter hors d'Irlande, par la force, les �envahisseurs� britanniques.
L'IRA V�ritable � Real IRA ou Rira � peut bien n'�tre qu'une faction minoritaire dans le mouvement r�publicain irlandais, elle n'en constitue pas moins une menace s�rieuse pour le processus de paix initi� en 1998 en Irlande du Nord entre partisans d'une Irlande une et indivisible et fid�les sujets de Sa Tr�s Gracieuse Majest�, soucieux de maintenir l'Ulster dans le Royaume-Uni.
L'IRA V�ritable est n�e de la mise en �uvre du compromis politique, agr�� lors du Vendredi saint 1998, instituant le partage du gouvernement de la province nord-irlandaise entre catholiques r�publicains, nationalistes mod�r�s et protestants unionistes et loyalistes. Hostiles � l'engagement pacifique du Sinn F�in � l'aile politique du mouvement r�publicain � et de l'IRA � l'aile militaire � acquis aux vertus de la d�mocratie et de la non-violence pour l'unification irlandaise, plusieurs membres du conseil ex�cutif de l'arm�e clandestine, soutenus par une poign�e de fantassins et d'experts en armements, entrent en dissidence � l'automne 1998.
Ils s'organisent, � l'instar de l'IRA et du Sinn F�in, sur un mod�le bic�phale. D'un c�t�, le Comit� pour la souverainet� des 32 comt�s de l'Irlande � les 26 de la R�publique et les 6 de l'Irlande du Nord �, � vocation politique. De l'autre, l'IRA V�ritable, son arm�e secr�te, qui refuse de �pactiser� avec l'ennemi.
� la t�te, dit-on, de la Real IRA, fortement implant�e dans les bastions r�publicains, Michael �Mickey� McKevitt, soup�onn� d'�tre l'ancien armurier en chef de l'IRA.
En ao�t 1998, une voiture pi�g�e par les artificiers de l'IRA V�ritable explose � Omagh, petit bourg du sud de l'Irlande du Nord, tuant 29 personnes. Devant l'indignation suscit�e par l'attentat, le commandement de Real IRA, d�sempar�, annonce la suspension de �toutes ses activit�s militaires�. La tr�ve sera de courte dur�e. Depuis octobre 1999, l'organisation, qui se finance par le trafic de cigarettes et d'essence de contrebande, a perp�tr� plus de 80 attentats en Irlande du Nord et en Grande-Bretagne. Aujourd'hui, elle vise plus particuli�rement les catholiques qui int�grent le service de police en Irlande du Nord.
Traqu�e au nord et au sud, l'arm�e clandestine a subi de s�rieux revers. Une cinquantaine de ses membres sont, aujourd'hui, emprisonn�s. Elle a aussi perdu son chef historique pr�sum�. Michael McKevitt a �t� condamn� par la justice irlandaise, � vingt ans de r�clusion, en ao�t dernier, pour direction d'organisation terroriste.
Une traque � l'�chelle europ�enne
L'affaire des Irlandais et Bretons de l'IRA V�ritable ont des allures d'avertissement adress� aux terroristes europ�ens de tout poil d�sireux de s'implanter sur notre territoire. Elle souligne �galement qu'en d�pit de l'�volution de la situation internationale, chute du Mur de Berlin ou 11 septembre, et des coups port�s aux diff�rents mouvements, le terrorisme �local�, fond� sur des consid�rations id�ologiques ou territoriales, est tr�s loin d'avoir disparu en Europe. Des mouvements de toute ob�dience pour lesquels la France, terre d'accueil de nombreux militants politiques europ�ens dans les ann�es 70 et 80, joue souvent le r�le de plaque tournante comme le d�montrent les op�rations polici�res r�guli�rement effectu�es dans l'Hexagone.
En juillet 2002, le bureau politique et l'�tat-major militaire des Groupes de r�sistance antifasciste du 1er octobre (Grapo), mouvement d'extr�me gauche espagnol, �tait ainsi d�capit� � Paris apr�s une longue surveillance des Renseignements g�n�raux. Une vague d'interpellations survenant deux ans � peine apr�s un coup de filet similaire dans lequel plusieurs hauts responsables des GRAPO avaient �t� interpell�s.
En juin 2003, en ex�cution d'une commission rogatoire internationale italienne, la Division nationale antiterroriste s'int�ressait cette fois-ci � l'extr�me gauche italienne en la personne des nouvelles Brigades rouges, responsables de l'assassinat de deux conseillers du gouvernement italien en 1999 et en 2002. Deux militants italiens d'extr�me gauche �taient interpell�s avec une ancienne d�tenue de droit commun fran�aise, convertie au militantisme d'extr�me gauche. La passionaria d'Action directe �tait �galement impliqu�e dans l'op�ration. Un n�cessaire � fabriquer des faux papiers et plusieurs documents d'identit� falsifi�s �taient retrouv�s � cette occasion. Les nouveaux terroristes italiens pourraient-ils disposer de soutiens logistiques en France ? Pour l'heure, les policiers fran�ais soulignent que rien ne permet de l'affirmer.
Si l'on remonte plus loin dans le pass�, d'autres mouvements hexagonaux, comme le Front de lib�ration de Bretagne (FLB) puis l'Arm�e r�volutionnaire bretonne (ARB), ont entretenu des relations avec des terroristes europ�ens. En 1999, l'ARB organisait avec les Basques d'ETA le vol d'explosifs de Pl�vin. Quinze ans plus t�t, Londres affirmait que le FLB �tait en contact avec des terroristes irlandais.
Autant d'�l�ments qui d�montrent l'implantation de groupes terroristes sur notre sol sans toutefois faire de la France une exception sur le continent. Comme la France, les autres pays europ�ens jouent souvent le r�le de plaque tournante de groupes nationaux ou internationaux en vertu des communaut�s �trang�res ou du pass� des pays en question. � l'Allemagne le terrorisme kurde, au Royaume-Uni le fondamentalisme musulman s'alimentant dans les fortes communaut�s d'Asie du Sud et dans les liens historiques avec le Moyen-Orient. Pour le terrorisme, l'Europe des 15 ou des 25 est d�cid�ment d�j� une r�alit�.
(source Le Figaro Jacques Duplouich )
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