Raffarin au plus bas, Chirac en baisse� et la crise politique qui monte
Nov 3, 2003
Dans le barom�tre Le Figaro Magazine-TNS Sofres, Jean-Pierre Raffarin perd de nouveau 4 points. Seulement un tiers des personnes interrog�es lui font encore confiance. Son score a baiss� de 25 points depuis janvier. Jusqu'en ao�t dernier, cette d�gradation avait peu affect� la cote pr�sidentielle mais depuis trois mois Jacques Chirac en subit directement les cons�quences. Le chef de l'�tat perd 3 points dans le barom�tre de novembre. 40 % lui accordent leur confiance contre 59 % qui la lui refusent.

Son action sur la sc�ne internationale avait pu �tre interpr�t�e comme un moindre int�r�t pour les affaires int�rieures, un d�faut r�dhibitoire pour les Fran�ais qui ont aussit�t appuy� sur le bouton � vers le bas �. Le discours de Valenciennes sur le th�me de la � fracture sociale � est venu pour tenter de d�mentir une telle interpr�tation. D�o� l�image d�un pr�sident en train de serrer les mains des � Fran�ais d�en bas �. Un peu l�ger tout de m�me pour faire oublier ce que les citoyens assimilent � des attaques contre les vaches sacr�es fran�aises : la S�curit� sociale, la retraite, le droit au travail etc.

Pour les fins politologues jamais en mal d�interpr�tation qui ne d�bouchent jamais sur rien, le malentendu actuel tiendrait sans doute moins � la r�partition des r�les entre l'�lys�e et Matignon qu'� l'interpr�tation m�diatique de deux langages en apparence.

Comment concilier les pr�occupations sociales qui inspirent la d�marche pr�sidentielle avec certaines mesures gouvernementales consid�r�es � tort ou � raison comme peu favorables � la � France d'en bas � ? En d�autres termes, est-il possible d�avoir un langage � de gauche � et une attitude � de droite �. Pour l�heure, cela ne fonctionne pas. Seul personnage � tirer son �pingle du jeu : le ministre de l�int�rieur qui joue sur du velours. Il affirme une s�curit� toujours plus grande et sa c�te bondit vers les cieux. Mais comme il le dit lui-m�me, la r�pression et la justice ne sauraient tenir lieu de politique.

Pour le premier ministre, le mal fran�ais vient de ce que � tous les soucis viennent des peurs. � Peur d'investir, peur du lendemain. C�est au moins ce qu��crit le Figaro. Mais une fois cela �nonc�, on n�a pas avanc� d�un pas. Car les peurs, toujours qualifi�es d�ill�gitimes par ceux qui en p�tissent, aboutissent � du concret. Au moins en d�mocratie. Or l�art de gouverner c�est l�art de communiquer. Il faut donc convaincre et convaincre sur la dur�e. Il ne suffit pas comme le fait r�guli�rement le premier ministre de sauter sur place et d��noncer p�niblement son propre optimisme pour que tout recommence � fonctionner. 77 % des sond�s qui disent que les choses ont tendance � aller plus mal. Leurs craintes ont un impact direct sur la consommation des m�nages qui conditionne la reprise de la croissance et la baisse du ch�mage.

Le chiffre du ch�mage n�est pas l� pour rassurer les Fran�ais. Le patronat fran�ais qui est tout de m�me un des plus born�s du monde occidental et un des plus �go�stes, profite des atermoiements de la droite pour d�graisser. Le ministre des Finances avait promis lorsqu�il �tait le PDG de SACILOR de pr�server les emplois en s�alliant aux g�ants de la sid�rurgie europ�enne. On vient d�annoncer que des milliers d�emplois allaient �tre supprim�s. Sous d�autres cieux, Francis Mer aurait d�missionn� de son actuel poste de ministre. En France on s�accroche.

Et c�est peut-�tre cela qu�il faut changer dans ce pays : ce sentiment durable que les �lites peuvent commettre toutes les erreurs du monde. Elles resteront en place. Mais qu�un ouvrier d�robe un tournevis. Il est licenci� sur le champ. C�est ce sentiment d�injustice qui nourrit les extr�mes.

Pour surmonter les difficult�s qu'il rencontre et pour regagner la confiance des Fran�ais, le gouvernement garde des atouts mais aussi des illusions. Le regain d'agitation annonc� pour la rentr�e ne s'�tant pas produit, il estime que la probabilit� de conflits sociaux a sensiblement baiss�. Et Jean-Pierre Raffarin dispose de la majorit� absolue au Parlement. Pourtant si la relance am�ricaine est d�une certaine mani�re une annonce de remont�e �conomique, elle peut �tre aussi celle d�une relance des conflits sociaux.

Ce n�est jamais en effet en p�riode de crise ou de ch�mage qu��clatent les gr�ves les plus dures mais au moment, o� tout allant un peu mieux, les salari�s se demandent pourquoi ils ne profiteraient pas de l�embellie. De plus, le beau score annonc� de l�extr�me gauche risque de mobiliser les salari�s les plus radicaux et de marginaliser les syndicats officiels, indispensables dans une n�gociation.

Enfin sur le plan politique, l'�lection pr�sidentielle de 2007 suscite d�j� des ambitions qui menacent la coh�sion de sa majorit�. 54 % des sond�s souhaitent voir Nicolas Sarkozy jouer un r�le important dans les ann�es � venir, loin devant tous les autres pr�tendants. Fran�ois Bayrou am�liore son score de 5 points en menant contre le gouvernement des attaques frontales pour le plus grand bonheur d�une gauche inexistante.

Laurent Fabius et de Dominique Strauss-Kahn se positionnent d�j� dans le PS contre une Martine Aubry qui se veut plus sociale. Et au cas o� l�extr�me-gauche d�passerait les 10% lors des r�gionales, c�est elle qui se retrouvera en position de force. Entre une droite tir�e vers l�extr�me-droite et une gauche oblig�e de subir les outrages de l�extr�me gauche voici encore et toujours une France bloqu�e dans sa rigidit� et incapable de faire face aux immenses d�fis de ce si�cle.

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s