Il y a un myst�re Sarkozy qui, � bien y r�fl�chir, n�en est pas un. Il est atteint du syndrome du premier de classe. � chaque question pos�e par le ma�tre, il l�ve le doigt et finit par �touffer brillamment tous ses petits camarades et au bout du compte � lasser le ma�tre lui-m�me voire � l�inqui�ter. Nicolas Sarkozy a un d�faut majeur : celui de ne pas toujours savoir o� s�arr�ter de lui-m�me. Son talent incontestable cr��e un vide qu�il comble ensuite par toujours plus de paroles, toujours plus d�action. Et le trop finit par tuer le bien. Le pire ennemi de Nicolas Sarkozy et le petit Nicolas qui vit en lui.
En Corse, il a su en une journ�e rattraper les erreurs ou les �checs d�hier. Tous nos correspondants nous signalent que son discours et ses propositions ont emport� l�adh�sion de nos compatriotes. Mais lorsqu�� son retour � Paris, Nicolas Sarkozy a appel la classe politique fran�aise � "serrer les coudes" face "� un syst�me mafieux" qu'il entend combattre en Corse, quelque chose commence � nous d�ranger.
"Les d�s sont pip�s l�-bas, voil� pourquoi j'ai donc d�cid� d'engager une lutte tr�s d�termin�e contre un syst�me mafieux. Un syst�me mafieux, ce sont des gens qui ne vivent que de l'argent du crime, on pose des bombes et on demande aux propri�taires de verser une d�me, �a s'appelle la mafia", a d�clar� le ministre de l'Int�rieur, qui �tait l'invit� de RTL au lendemain de sa dixi�me visite en Corse. Jusque-l� rien � dire.
"La politique, le nationalisme, au fond, c'est un pr�texte, il y a des gens en Corse qui ont pignon sur rue, qui ne travaillent pas depuis des ann�es et qui vivent grand train", a accus� Nicolas Sarkozy qui, pour faire rapide affirme une moiti� de v�rit�. Qui peut nier qu�en Corse, l�id�e nationaliste ait eu ses grandeurs � c�t� de ses mis�res. Cela vaut le coup d��tre dit faute de quoi on fourre tout le monde dans le m�me sac et on donne par l� m�me le sentiment de criminaliser l�ensemble des nationalistes. Ce serait une erreur, pire une faute pour paraphraser Georges Clemenceau.
De surcro�t, les propos de Nicolas Sarkozy demande � �tre pond�r�. Il a raison, cent fois raison de s�en prendre � l�argent du crime. Nous crevons d�une �conomie officieuse qui vit des menaces, de la violence et qui en d�finitive caricature une certaine d�marche insulaire bas�e sur les r�seaux claniques, ma�onniques voire amicaux. Tout cela tue la comp�tence et les projets. Il a raison de vouloir s�en prendre � ce qui d�finit une d�marche mafieuse : l�alliance du banditisme, de la violence et du politique afin d�influer sur l��conomique. En cela, et notamment dans la r�gion bastiaise, on se trouve en situation pr�mafieuse. Mais la Corse n�abrite pas de mafia. Nous ne pr�tendons pas cela par orgueil mais simplement parce que c�est vrai.
Le grand banditisme corse est fait de bandes qui s�entre-d�chirent quand le besoin �conomique s�en fait sentir. M�me la clandestinit� n�a pas r�ussi � s�imposer en Corse. Elle l�est � Bastia gr�ce son alliance de raison avec le grand banditisme local mais aussi, il ne faudrait pas l�oublier avec l�accord int�ress� d�entrepreneurs qui y trouvent leur compte.
Et monsieur Zuccarelli peut jouer les Saint Jean Bouche d�Or : certains de ses amis participent � cette perversion �conomique. Le sait-il ou ne le sait-il pas ? Nous ne sommes pas dans sa conscience. Mais s�il ne le sait pas c�est qu�il vit loin des r�alit�s de la ville dont il est maire. On peut se d�tester sur le plan politique et s�aimer dans les affaires.
De plus, la Corse est tout de m�me loin d��tre l��picentre de la mafia internationale. Non, mille fois non, la Corse n�est pas la C�te d�Azur et voire Paris qui servent de tremplin et de base arri�re � la mafia de l�ancien empire sovi�tique et � la mafia italienne. Oui, la Corse est une terre de violence, cette violence qu�il faudra l��radiquer mais elle ne l�est pas plus que les banlieues des grandes villes voire la politique traditionnelle en France. Et notre orgueil � nous qui sommes Corses et fiers de l��tre c�est de r�ver pour nos enfants d�un avenir autre que celui que nous promettent les nationalistes, incapables d��laborer de v�ritables projets autres que ceux d�cid�s par la cagoule et la violence. Quand bien m�me il y aurait pire ailleurs, nous voulons que la Corse devienne une terre de futur et de dynamiques cr�atives. Il faut croire qu�un tel langage �chappe � monsieur Talamoni lui qui n�a de cesse, en guise de d�fense, de r�pondre : � Regardez � c�t� ; �a n�est pas plus beau �.
La parole n�est pas libre en Corse : c�est vrai. Mais l� encore, le mal doit �tre mesur� � sa juste valeur. Nous vivons dans une soci�t� �troite dans laquelle chaque parole doit �tre mesur�e afin de ne pas cr�er de conflit. Notre premi�re peur vient de cette �troitesse que nous ne parviendrons � combattre qu�en nous ouvrant sur l�ext�rieur. Le nationalisme est au contraire un enfermement suppl�mentaire. Nous avons d�j� tendance � ne parler que de la Corse. Le nationalisme nous demande de ressembler � leur Corse � eux. Alors c�est non merci. Mais Toussaint Luciani, �lu corsiste a raison d�affirmer que c�est dans le monde de l�argent que la libert� est inexistante. Car l� l�enjeu est mat�riel Elle l�est du fait de la violence mais �galement du fait de structures obsol�tes, rigides et incapables de s�adapter. Celles qu�on d�signe g�n�ralement sous le terme de clanisme. Or, il ne faudrait pas que la manne financi�re qui s�abat sur la Corse vienne renforcer ce syst�me.
On nous r�torquera que le suffrage universel exprime la voix de la majorit� d�un peuple. Et c�est vrai. Le clanisme est d�abord le produit de notre mani�re d��tre. Nous avons besoin d�interm�diaires pour mieux nous adresser � l��tat. Et lorsque le nationalisme combat le clanisme c�est pour mieux prendre sa place. Pour s�en convaincre il n�y a qu�� assister � la course � l�assembl�e territoriale avec pour ambition d�un jour �tre re�u � Paris dans le cadre de � n�gociations �. Parler d��gal � �gal avec les grands chefs d�issa Francia. Mais c�est le r�ve de tous nos �lus jusqu�aux nationalistes.
Alors oui, le suffrage universel refl�te ce qu�est r�ellement la Corse, mais cette r�alit� est refus�e. Et la fraude �lectorale qui est souvent marginale sert de pr�texte � ce refus. Nicolas Sarkozy devrait proposer une refonte des listes. Peut-�tre n�en sortira-t-il rien. Mais au moins nous saurons que la d�mocratie �lective est bien la d�mocratie �lective. Et l�abc�s sera purg�.
Nicolas Sarkozy doit prendre garde de ne pas activer cette terrible m�canique qu�est la mise � l�index de toute une communaut�. Rappelons-lui qu�apr�s l�assassinat du pr�fet Erignac, ce sont de telles m�thodes qui ont conduit � un renversement de l�opinion insulaire. Le rapport Glavany, un document �crit � la h�te sur la foi d�informations douteuses, a contribu� � jeter l�opprobre sur notre communaut�. Au bout du compte, ce sont les nationalistes qui en ont profit�.
En contrepartie, nous Corses avons aussi des devoirs de r�ussite. Le premier de ces devoirs est de consid�rer qu�il nous est accord� ici une derni�re chance pour nous ins�rer dans un processus de modernit�. Or la violence sous toutes ses formes est contre-productive tout simplement parce qu�elle chasse loin de nous les capitaux n�cessaires � notre d�veloppement et, a contrario, favorise une emprise toujours plus forte de l��tat. Nous avons d�j� soulign� � de nombreuses reprises combien les clandestins �taient les alli�s objectifs d�une �tatisation toujours plus grande de la Corse alors qu�il faudrait chercher � s�en �loigner.
Le deuxi�me de nos devoirs est de nous tourner sans h�sitation une certaine excellence. Nous le r�p�tons : injecter de nouvelles subventions sans avoir au pr�alable �tabli un �tat des lieux est proprement irresponsable et exiger des r�sultats, aboutira au bout du compte � renforcer les petits pouvoirs existants et donc � plus encore paralyser le syst�me. Or il s�agit de les remplacer. Il faut d�truire les f�odalit�s qui nous emp�chent d�avancer. Car il existe de bonnes volont�s dans notre �le mais elles sont r�duites au silence par les lenteurs administratives, par la mainmise de certaines chapelles sur les centres de d�cision, par les petites haines personnelles, par la peur des d�cideurs d��tre d�pass�s et donc mis au banc du pouvoir. La mani�re forte ne servirait � rien car il induirait des blocages et les pouvoirs en place seraient renforc�s � cause de notre propre mis�re psychologique. Nos �lus nous ressemblent quelque part. Nous devons faire l�apprentissage didactique de la modernit�. Nous avons trop l�habitude de tout consid�rer sous l�angle politique alors que bien souvent les probl�mes sont des probl�mes de savoir-faire et de simples comp�tences.
Le troisi�me de nos devoirs est de retrouver une forme de dignit� et d�arr�ter de toujours pleurer mis�re. La Corse est riche financi�rement. Beaucoup de nos cr�dits sont inutilis�s ou utilis�s � des t�ches improductives. Nous manquons d�id�es. Et la raison de ce manque d�id�es est la peur que nous avons d�appara�tre. Nous voulons bien para�tre et parler � longueur de temps. Mais nous refusons de nous montrer au sommet de la pyramide de peur de devenir la t�te de Turc de nos concitoyens. Et c�est bien l� notre v�ritable peur. � force d��galitarisme m�diocre, nous ne sommes plus que m�diocres.
Pour compenser cette peur de l�autre nous parlons � longueur de temps pour occuper un espace que nous ne voulons surtout pas voir occuper par l�autre. C�est ainsi que rien n�avance ou pas grand-chose.
Nicolas Sarkozy risque donc deux �checs. Le premier est de ne pas trouver pas grand-chose sinon des fraudes de petits escrocs. Charles Pieri est loin d��tre un milliardaire. Aucun nationaliste ne s�est jamais vraiment enrichi. Et parler de l�argent du crime semble extr�mement gonfl� dans tous les sens du terme. L�effet grossissant de la Corse surdimensionne les probl�mes qui ne sont en d�finitive que de petites affaires en regard des scandales qui �clatent sur le continent. Et puis il faudra s�en prendre aux � gros � qui profitent du climat de peur s : gros entrepreneurs, les grosses bo�tes de transport, bref tous ceux qui sont assez malins pour profiter du climat sans jamais en �tre les acteurs directs.
Les nationalistes ont l�habitude d��tre objectivement les chiens de meute du syst�me clanique que, pourtant, ils d�noncent � longueur de conf�rences de presse. En r�ponse aux accusations de Jean-Guy Talamoni, qui a estim� que des �lus UMP pourraient �tre impliqu�s dans un �ventuel syst�me mafieux en Corse, Nicolas Sarkozy a assur� que personne ne serait "prot�g�".
"Il y a un syst�me, c'est incontestable. La justice dira jusqu'o� il va. S'il devait y avoir des connexions avec d'autres organisations, d'autres camps, d'autres partis, personne ne sera prot�g� et ce sera l'occasion excellente de faire la diff�rence entre la rumeur et la v�rit�. Personne ne sera � l'abri", a dit le ministre de l'Int�rieur. Il a toutefois souhait� que les Fran�ais "comprennent une autre chose", � savoir "que les Corses, dans leur immense majorit�, sont davantage victimes que coupables". "L'�le ne veut plus qu'une minorit� d�figure son image" a-t-il affirm� en une phrase lapidaire.
Nicolas Sarkozy a �galement fustig� avec raison l'"acharnement" mis par Jean-Guy Talamoni "� d�fendre un certain nombre de gens qui, la nuit venue, revendiquent des attentats".
"Vous en connaissez des honn�tes gens qui, contr�l�s par la police ou le fisc, vont mettre une bombe devant la porte de l'appartement de celui qui l'a contr�l�. Moi j'appelle un chat un chat", a ajout� Nicolas Sarkozy.
R�sum� : 98% des Corses sont de braves gens honn�tes. De su cro�t bien des � malhonn�tet�s � pass�es ont pu arriver parce que le contr�le de l��tat �tait laxiste. Et il l��tait pour des raisons � la fois politiques et sentimentales, les m�mes qui font que Nicolas Sarkozy embrasse le maire de Levallois, Patrick Balkany, personnage peu ragoutant, les m�mes qui font que des faillis de la R�publique ont toujours leurs entr�es � l��lys�e, que des personnages douteux qui ont entour� Mitterarnd et se permettent de donner des le�ons � la Corse aient toujours le droit de si�ger etc.
En un mot, il ne faudrait pas nous reprocher la v�role qui nous vient de la R�publique. Une nouvelle op�ration Mane pulite, d�accord. Au contraire, nettoyons les �curies d�Augias mais que cela soit fait avec les Corses eux-m�mes. Qu�ils soient tenus au courant. Mais qu�on ne touche surtout pas � l�honneur de la Corse. Car alors tous les Corses, dont nous sommes, feraient � nouveau bloc pour d�fendre notre int�grit� morale.
TOUT LE DOSSIER CORSE
|
|