La fortune d�Arafat
Nov 29, 2003
Malgr� l'aggravation du conflit au Proche-Orient, l'Autorit� palestinienne a conserv� un investissement de 8 millions de dollars dans une soci�t� de capital-risque isra�lienne : c'est ce qui ressort de la r�cente publication des d�tails du portefeuille du Palestine Investment Fund (PIF), le Fonds d'investissement palestinien.

L'existence de ce placement, effectu� dans un fonds appartenant � la soci�t� isra�lienne de capital-investissement Evergreen Partners, a �t� r�v�l�e par le ministre palestinien des finances, Salam Fayad. En collaboration avec l'agence de notation am�ricaine Standard & Poor's, il voulait de cette mani�re am�liorer la transparence des finances de l'Autorit� afin de rassurer les donateurs internationaux. Certes, cet investissement controvers� a �t� r�alis� en 2000, soit avant le d�clenchement de la deuxi�me Intifada.

Toutefois, le pr�sident de l'Autorit�, Yasser Arafat, qui contr�le de facto le PIF, a maintenu ses avoirs dans ce montage financier isra�lien immatricul� dans le paradis fiscal des �les Ca�man (Antilles). "Le PIF est un excellent partenaire qui respecte ses engagements d'investisseur � long terme. Nos relations sont excellentes et nous esp�rons qu'elles le resteront � l'avenir", a indiqu� Evergreen Partners au quotidien isra�lien Haaretz. Le PIF ne figure pas sur la liste noire des compagnies li�es au terrorisme �tablie par le gouvernement Sharon, a insist� son porte-parole. A l'�couter, la l�gislation isra�lienne n'oblige pas les compagnies de capital-risque � divulguer l'identit� des investisseurs.

Dans cette p�riode de crispation, les Palestiniens ne sont pas seuls � maintenir des liens d'affaires avec les entrepreneurs isra�liens. Des investisseurs originaires de pays musulmans (Malaisie, pays du Golfe, Arabie saoudite), pourtant hostiles � l'Etat h�breu, investissent dans des "fonds de fonds" comprenant des soci�t�s isra�liennes. Le private equity - soci�t�s en portefeuille - est tr�s en vogue chez les investisseurs arabes. Cr�� en 1987, Evergreen Partners est l'une des firmes de capital-risque les plus connues de la place de Tel Aviv. Le groupe d�tient 650 millions de dollars d'actifs, principalement sous la forme de participations dans des entreprises de la "nouvelle �conomie" tr�s performantes.

"A la recherche de rendement et de plus-value, les investisseurs arabes sont particuli�rement friands de haute technologie et de biotechnologies, deux grandes sp�cialit�s isra�liennes", souligne un observateur londonien. Ainsi, Yasser Arafat n'a pas touch� � sa mise dans un autre fonds d'investissement d'Evergreen, le Peace Technology Fund, lanc� en 1999. Il a �galement conserv� les 4,5 millions de dollars plac�s dans l'un des fonds high-tech de Canaan Partners, soci�t� am�ricaine proche de l'administration Bush.

Par ailleurs, entrepreneurs juifs et arabes s'associent dans des co-entreprises. Ainsi, le prince saoudien Al-Walid Ben Talal et le Canadien Paul Reichmann sont en n�gociation avanc�e pour racheter le grand complexe immobilier de Canary Wharf dans les Docklands, � Londres. Le premier est un bailleur de fonds de la cause palestinienne, le second, juif orthodoxe, kippa viss�e sur la t�te, est un partisan d'Ariel Sharon.

Cette approche pragmatique n'est toutefois pas du go�t de tout le monde. Les milieux d'affaires musulmans ultras pr�f�rent se tourner vers la finance islamique, qui prohibe tout investissement dans des compagnies isra�liennes.

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