Le foulard , premier acte d'une conqu�te politique de l'Occident ?
Nov 27, 2003
Une enqu�te passionnante men�e au sein de la presse islamique par Khaled Asmar sur le site proche-orient.info.

Depuis une quinzaine d'ann�es, la question du foulard islamique pose probl�me en Occident, notamment en Europe et plus particuli�rement en France o� la premi�re affaire est apparue � Creil en 1989. Depuis, en France notamment, les gouvernements successifs, ont par� au plus press�, souvent selon les int�r�ts �lectoraux du moment, sans prendre le temps de la r�flexion, et surtout, sans donner � cette affaire la port�e strat�gique qu'elle m�ritait, et qu'elle m�rite encore davantage aujourd'hui. Cette revendication, soulev�e � l'approche d'�ch�ances cruciales, ou en fonction d'�v�nements internationaux importants, en dit long sur ses faces cach�es. � travers la presse arabe et surtout islamique des derni�res ann�es, nous tentons de d�montrer ici comment le port du foulard islamique repr�sente le premier acte d'une conqu�te politique de l'Occident - laquelle commence par l'obtention d'un � droit �, avant d'en exiger d'autres.


Pourquoi les ann�es 1980 ont-elles marqu� un tournant dans l'histoire du voile ?

Plusieurs raisons expliquent ce ph�nom�ne :

Il s'agit d'abord d'une certaine prise de conscience de la population fran�aise marqu�e par les images venant d'Iran, apr�s la victoire de la r�volution islamique de Khome�ny.
La guerre en Afghanistan et les appels au Jihad contre l'Arm�e rouge de l'ex-URSS ont sensibilis� la communaut� musulmane en France et en Europe. Plusieurs ont fait le voyage de Peshawar, et ont particip� au � bapt�me du feu � contre les � impies �, apr�s un s�jour d'endoctrinement dans les camps qui allaient devenir le fief d'Al-Qa�da. De retour dans leur pays d'origine, ou plut�t d'adoption, ils ont voulu appliquer l'enseignement qui leur a �t� dispens� par les pr�cheurs wahhabites.
La mont�e de l'islamisme en �gypte, berceau des Fr�res musulmans, et en Alg�rie, pays qui assure le plus grand contingent d'immigr�s en France. Or, les Fr�res musulmans ont toujours �t� de toutes les � batailles �, et leur implication dans la pr�dication en Europe ne fait plus aucun doute. Leur infiltration des banlieues fran�aises, directement, ou � travers des relais marocains ou alg�riens, a facilit� leur � travail de fourmi �. Officiellement, ils ont toujours privil�gi� � l'islamisation pyramidale, en commen�ant par la base �. Au fil des jours, � l'islam va monter la pyramide et parvenir au sommet �, disent-ils [propos de feu Mahfouz Nahnah, le Fr�re musulman alg�rien, ex-chef du MSP-Hamas]. Cette islamisation passe par les associations caritatives notamment, qui sont tr�s actives particuli�rement pendant le mois de Ramadan. Avec l'accentuation de la crise sociale en France, au cours des deux derni�res d�cennies, la presse a, sans doute inconsciemment, fait la promotion de ces associations qui rivalisaient avec les � Restos du c�ur � et le � Secours Catholique � en servant la � Shorba � du Ramadan aux plus d�munis (la soupe)� Cette action souvent financ�e par de g�n�reux fonds saoudiens, alg�riens ou marocains, selon les villes, a �t� payante en ce sens que l'on a assist� � de tr�s nombreuses conversions � l'islam.
La baisse de vigilance et la complaisance des dirigeants fran�ais, d�pourvus d'une vision strat�gique Tous ces facteurs, conjugu�s � la baisse de vigilance et � la complaisance des dirigeants fran�ais, d�pourvus d'une vision strat�gique, et aliment�s par une d�mocratie permissive, ont acc�l�r� le mouvement. En janvier 1994, l'hebdomadaire saoudien � Al Mouslimoune �, porte-parole de l'institution wahhabite saoudienne, faisait d�j� l'�loge de l'action d'islamisation en France, qui parvenait alors � � convertir au moins dix Fran�ais par jour � � travers le pays (en octobre 2003, les RG ont recens� 200 conversions par an dans le seul d�partement de l'Essonne). Le m�me quotidien appelait, ce 27 janvier 1994, les Fran�ais musulmans � � s'unir, puisque l'union fait la force �. Il leur rappelait la � n�cessit� d'avoir des repr�sentants au Parlement, apr�s avoir obtenu des conseillers r�gionaux, g�n�raux et municipaux� �. Le quotidien �voquait, ce jour-l�, la � conqu�te des Alpes [un symbole pour les Arabes : les Alpes, c'est le c�ur de l'Europe. Durant l'histoire, toutes les arm�es y ont �chou�] �. Il soulignait que cette conqu�te, qui doit faire �cole, a commenc� par celle de Rh�ne-Alpes �, puisque � la seule ville de Grenoble comptait plus de 5.000 �tudiants musulmans. Cinq conseillers ont �t� �lus au conseil r�gional �. Le journal appelait la communaut� � � poursuivre ses efforts, pour parvenir aux plus hautes fonctions de l'�tat� �. H�las, l'�tat semblait d�missionner. Par peur de quelques casseurs de banlieues, il ne cessait de faire des concessions politiques et financi�res, en d�cr�tant des quotas pour les immigr�s sur les listes �lectorales, et en accordant des subventions aux associations de quartier pour �viter toute hostilit�. � Al Mouslimoune � concluait, en 1994, que � les Fran�ais voulaient �ter le voile sur la t�te des jeunes �coli�res musulmanes, dans le but de voir ce qu'elles ont dans la t�te. Car, la France s'inqui�te du poids de plus en plus important de la communaut�, que Dieu pr�serve et prot�ge� �.

La conqu�te de l'Ouest

Cette conqu�te, entam�e par le biais de la question du voile, n'est pas exclusivement men�e en France ou en Europe. Les �tats-Unis ont �t� confront�s � ce ph�nom�ne sans en prendre r�ellement conscience, jusqu'au douloureux r�veil du 11 septembre 2001. Sous le mandat de Bill Clinton, la conversion des Am�ricains � l'islam a battu tous les records. Au point que le journal wahhabite � Al Mouslimoune � annon�ait avec fiert� la � nomination, le 2 d�cembre 1993, du premier aum�nier musulman de l'arm�e am�ricaine, avec rang de g�n�ral � (al Mouslimoune du 10 d�cembre 1993).
Le journal ajoutait, le 23 ao�t 1996, que les � musulmans venaient de marquer une nouvelle victoire, avec la nomination d'un deuxi�me aum�nier de la marine am�ricaine, alors que l'arm�e de l'air allait recruter le sien� Ce qui prouve le r�le croissant des musulmans dans les forces arm�es am�ricaines �. L'autre � victoire � est l'autorisation accord�e par l'administration am�ricaine aux secr�taires de la Maison-Blanche, de confession musulmane, de porter le voile. � Al Mouslimoune � annon�ait, avec grande fiert�, que � le Congr�s am�ricain a accueilli, pour la premi�re fois de son histoire, une h�tesse de l'air de l�US Airways voil�e pour exposer ses souffrances dues � son voile� � Al Mouslimoune � vantait, dans son num�ro du 24 mai 1996, que � 1.000 citoyens am�ricains se sont transform�s de criminels en pr�cheurs, en pronon�ant leur chahada (conversion � l'islam) dans une seule prison �. Sur une population carc�rale de 3.000 d�tenus, la centrale de Rickers Islande a vu la conversion du tiers.

Rien qu'en 1996, � Washington, 1.500 Am�ricains se convertissaient � l'islamAux �tats-Unis, le nombre de mosqu�es est pass� de 104 en 1960, � 1.100 en 1994, progression en relation �troite avec le nombre des conversions. En effet, les recensements effectu�s en 1993 d�montraient que les Am�ricains musulmans avaient d�pass� le cap des 7 millions (� Al Mouslimoune � du 27 mai 1994). Ils se sont organis�s pour � peser de tout leur poids dans la politique am�ricaine �. En septembre 1996, le journal int�griste saoudien nous apprenait que � 1.500 Am�ricains se convertissent tous les ans dans la seule capitale f�d�rale, Washington, o�, en 1947, les musulmans n'avaient m�me pas leur cimeti�re� � (Al Mouslimoune du 13 septembre 1996). En f�vrier 1997, ils avaient soumis leurs revendications au pr�sident Clinton, en rappelant avoir vot� pour lui. (Al Mouslimoune � 14 f�vrier 1997). Dans la m�me �dition, le journal annon�ait la construction de 100 nouvelles mosqu�es en Grande-Bretagne, avant 2000, dont 20 pour la seule agglom�ration de Londres.
Cela dit, aux �tats-Unis une prise de conscience, certes tardive, est d�sormais bien r�elle. Aujourd'hui, l'arm�e am�ricaine s'interroge sur la loyaut� des militaires musulmans. Un quotidien arabe de Londres, � Asharq Al Awsat �, r�v�lait qu'� � l'issue de s�ances d'endoctrinement dispens�es aux soldats am�ricains en Arabie, apr�s la guerre de lib�ration du Kowe�t, 1.000 � 3.000 soldats se sont convertis. Les frais de p�lerinage � la Mecque ayant �t� pay�s par les autorit�s saoudiennes. Depuis, plusieurs militaires am�ricains ont refus� de combattre contre d'autres musulmans �. Rappelons que quelques semaines avant le d�but de la guerre contre l'Irak, un GI musulman, bas� au Kowe�t, avait lanc� une grenade dans sa propre tente, faisant plusieurs victimes. Car il s'opposait � la guerre contre l'Irak.

Les pays scandinaves ne sont pas en reste. En juin 1997, Mohammed Yaakoubi, enseignant � la facult� de Gutenberg, en Su�de, annon�ait lors d'une conf�rence organis�e � Amman (Jordanie) sous le titre � l'Islam en Su�de �, que � l'islam n'a pas de fronti�re g�ographique. Il a une mission universelle [�]. La Su�de a connu ces derni�res ann�es plus de 5.000 conversions, et a vu na�tre plus de 100 associations islamiques (pour 250.000 habitants musulmans) qui travaillent en �troite coop�ration entre elles �.

En France Cette universalit� de la � mission divine de l'Arabie saoudite � a sans doute pouss� le journal int�griste � Al Mouslimoune � � �voquer, le 21 novembre 1997 d�j�, � les probl�mes auxquels sont confront�s les immigr�s maghr�bins en France dont les enfants sont scolaris�s (8,4% des �coliers de France, � l'�poque). Non seulement les enfants de l'immigration re�oivent un enseignement non conforme � leurs valeurs islamiques, mais en plus les cantines scolaires ne respectent pas les pr�ceptes de l'islam et proposent de la viande de porc� �. Partant de ce constat, le journal a revendiqu� la cr�ation d'� �coles islamiques et coraniques qui enseigneraient l'arabe en France et en Europe �. Il n'est pas �tonnant, depuis lors, que certaines villes fran�aises proposent des piscines exclusivement r�serv�es aux femmes musulmanes. On se demande si cette mont�e en puissance des revendications, et l'obtention d'� acquis � ne vont pas conduire � l'interdiction de la mixit� dans les �coles, dans les administrations� Plusieurs h�pitaux et services municipaux et sociaux ont �t� confront�s, l'�t� dernier, � des cas similaires. Le 30 ao�t 1996, le journal � Al Mouslimoune � nous apprenait que � des femmes musulmanes fran�aises ont fait la d�marche aupr�s du Centre islamique de Paris pour devenir des ''ma'zounate chariyate'' (celles qui pourraient marier les couples musulmans, selon la tradition). Le centre islamique a transf�r� les demandes � l'institut Al-Azhar (�gypte) qui a �mis une fatwa affirmant que cette t�che est r�serv�e aux hommes, en islam. La raison invoqu�e pour justifier ce refus est que � les mariages sont souvent l'occasion des rencontres familiales et amicales o� l'on trouve des hommes �trangers (amis du mari�), et la femme ne doit pas se m�langer � des m�les �trangers� �. Un tr�s bel exemple d'int�gration ! Et les exemples ne manquent pas�

Pol�mique transnationale

La pol�mique autour du port du voile d�passe les fronti�res. Des intellectuels arabes et musulmans ne cessent de d�noncer une cat�gorie d'islamistes radicaux qui utilisent les jeunes filles pour ouvrir une br�che politique dans les pays d'accueil. D'autant plus que le mufti d'�gypte, la plus haute autorit� musulmane, avait d�cr�t� une fatwa, le 11 octobre 2001, demandant aux musulmanes vivant en Occident d'�ter leur voile, si leur s�curit� �tait en danger. Le Mufti, Nasr Farid Wassel, avait ainsi coup� l'herbe sous le pied des d�fenseurs du voile qui le consid�raient comme �tant une � obligation coranique �. En effet, apr�s les attentats de New York et de Washington, les musulmans �taient particuli�rement soumis � des mesures de s�curit� et, de toute �vidence, les musulmanes voil�es �taient vis�es. Plusieurs � victimes de discriminations s�curitaires dues � leur religion � ont port� plainte contre la police am�ricaine pour les avoir oblig�es de montrer leurs cheveux�

L'infiltration islamique outre-Rhin est l'une des plus avanc�es en Europe. En Allemagne, la situation n'est pas plus brillante. Le quotidien � Asharq Al Awsat � du 3 juillet 2001 (bien avant les attentats du 11 septembre) r�v�lait que � le Conseil islamique de Cologne, le Conseil central des Musulmans de Bonn et l'Union des Associations islamiques de Baden avaient vivement protest� contre la d�cision du Haut Tribunal administratif interdisant � une musulmane d'enseigner en portant le voile. Pour les protestataires, il ne s'agissait pas d'une manifestation vestimentaire, mais d'� un droit religieux �. Aussi, d�but 2001, l'Allemagne a connu le premier � Conseil de Travail � destin� � employer les femmes voil�es. L'infiltration islamique outre-Rhin, dont le voile est son expression apparente, est sans conteste l'une des plus avanc�es en Europe. Avec une puissante communaut� turque, une pr�sence importante du Hezbollah libanais, et l'exil de plusieurs chefs du FIS alg�rien, la situation a enfant� la cellule d'Al-Qa�da de Hambourg, qui a organis� la � razzia � de New York.

En France, les convertis sont des militants plus hargneux que les musulmans de souche. La France a aussi ses cellules. Le gang de Roubaix, les moudjahidin de Bosnie, le clan de Chasse-sur-Rh�ne, l'�mir du r�seau de Casablanca, l'artificier d'Al-Qa�da extrad� d'Australie, sont tous des convertis. Leur militantisme est plus hargneux que celui des musulmans de souche.
Mais, par ailleurs, on le sait, certains pays musulmans interdisent � leurs propres femmes de porter le voile. En Alg�rie, une �tudiante voil�e a �t� exclue de la facult� jusqu'� ce qu'elle accepte d'abandonner son foulard (Asharq Al Awsat du 16/12/2000). Le m�me journal citait, le 7 octobre 2000, le colonel Kadhafi qui appelait � les musulmanes � se lib�rer des traditions vestimentaires r�volues �. La Turquie avait demand� par d�cret pr�sidentiel, en ao�t 2000, aux �coles priv�es d'interdire formellement le port du voile, � l'instar des �coles publiques o� le foulard est strictement interdit. Aussi peut-on l�gitimement s'interroger sur les raisons qui font que les Turques, les Alg�riennes, les Tunisiennes, les Marocaines et autres musulmanes interdites de voiles chez elles tiennent tant � le porter en France, et en Europe ?
Cette mont�e fondamentaliste ne cache-t-elle pas un projet de soci�t� qui pourrait prendre forme le jour o� le pays d'accueil deviendra un pays � conqu�rir (Dar el Harb) ? Pourquoi l'islam par la voix des Wahhabites, ceux-l� m�mes qui refusent sur le plan doctrinal toute concession � la d�mocratie (loi des hommes), appellent-ils les musulmans fran�ais � participer � la vie politique d�mocratique en France ? Ceci ne nous rappelle-t-il pas une fatwa de Bin Baz, ancien mufti d'Arabie saoudite, qui l�gitimait la paix avec � l'ennemi � (isra�lien, mais par extension, cela est valable pour tout ennemi) quand on ne peut pas le vaincre. Il disait que � quand un musulman ne peut vaincre son ennemi, il a int�r�t � conclure la paix avec lui, en attendant des jours meilleurs �.
Cette troublante approche de Bin Baz oblige � s'interroger sur le danger potentiel que porte la participation des musulmans, fussent-ils Fran�ais, � la vie d�mocratique fran�aise. Les revendications du plus mod�r� des musulmans de France, le recteur de la Mosqu�e de Paris, Dalil Boubaker, sont significatives � cet �gard. Il voudrait que la Constitution europ�enne fasse r�f�rence � l'islam si elle se r�f�rait � la chr�tient� et au juda�sme. R�cemment, auditionn� par la Commission Stasi, il demandait que les f�tes religieuses musulmanes soient d�cr�t�es jours f�ri�s en France.

Pour conclure, citons le journal � Asharq Al Awsat � qui publiait, 17 novembre 2003, une excellente tribune de Nawwaf Al Kadimi, lequel se demandait si � la d�mocratie �tait r�ellement un choix strat�gique pour les islamistes, ou s'il ne s'agissait simplement d'un choix tactique leur permettant de parvenir au pouvoir �. Le journal donnait notamment l'exemple du FIS alg�rien et de son chef charismatique Ali Benhajj, qui affirmait lors de la campagne �lectorale de 1991 que la d�mocratie n'�tait que le moyen de parvenir au pouvoir afin d'instaurer la R�publique islamique. Propos r�it�r�s � Khartoum par Anouar Haddam, en marge de la CPAI en 1995.

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s