Fuyant un mariage forc�, Fatima risque d'�tre expuls�e . R�cit du Parisien
�Si je repars maintenant en Alg�rie maintenant, je n'ai pas d'avenir, je n'ai rien. Mon p�re m'a reni�e, je ne sais plus o� aller. Je veux pouvoir rester en France, poursuivre mes �tudes et apprendre un m�tier. C'est mon r�ve, pour pouvoir vivre libre. � Un joli visage aux traits fatigu�s encadr� d'anneaux d'argent, une voix douce mais ferme.
Derri�re l'angoisse qui l'�treint perce une farouche volont�. Arriv�e il y a deux ans en France gr�ce � la complicit� de sa tante pour �chapper � un mariage forc� que lui imposait son p�re, Fatima Hamadouche, 19 ans, est aujourd'hui menac�e d'expulsion.
�Sarreguemines, petite ville frontali�re � l'Allemagne, o� elle vit et a �t� scolaris�e durant plus d'un an, le sort de Fatima suscite un �lan de solidarit� sans pr�c�dent. Autour de la section locale du Mrap, qui suit son dossier depuis son arriv�e, la mobilisation s'organise. Cr�ation d'un comit� de soutien, p�tition, affiches et, bient�t, une manifestation. Plus encore : depuis lundi, la jeune fille a �t� � mise en s�curit� �. En clair : cach�e chez des particuliers afin d'�chapper � une nouvelle interpellation.
� Nous continuerons ce combat jusqu'au bout �
L'annonce hier, via la presse locale, de la suspension par le pr�fet du d�partement de l'arr�t� de reconduite � la fronti�re dont elle est l'objet n'a en rien entam� la mobilisation. � Nous continuerons ce combat jusqu'au bout �, ont insist� hier, lors d'une conf�rence de presse, ses partisans, en pr�cisant qu'ils entendent obtenir � une v�ritable annulation de l'arr�t� d'expulsion ainsi que la d�livrance d'un titre de s�jour �. � La pression polici�re a �t� tr�s forte, il est trop t�t pour que Fatima sorte de la clandestinit� �, souligne Nicole Mussler, pr�sidente du Mrap et fer de lance du mouvement de soutien.
C�t� pr�fecture, on confirmait, hier, une d�cision de � suspension provisoire �. � Dans le d�lai retenu (NDLR : qui n'a pas �t� pr�cis�), l'int�ress�e devra apporter la preuve qu'elle est susceptible d'�tre menac�e dans son pays �, pr�cise-t-on. De ce bras de fer comme des m�andres de la proc�dure, Fatima avoue ne pas comprendre grand-chose. � On dirait un cauchemar �, souffle-t-elle. Apeur�e au point de ne pas oser ouvrir les volets ou allumer la lumi�re, la jeune fille ressasse ses souvenirs : ceux d'une sourde r�volte contre un destin de soumission � son p�re et � la tradition.
Il y a ce jour o�, alors qu'elle vient d'avoir 16 ans, son p�re lui interdit de sortir de la maison sans �tre accompagn�e. A�n�e d'une fratrie de cinq enfants, d�j� � mal vue � parce qu'elle ne porte pas le voile au lyc�e, Fatima se plie. � Dans mon village, les filles sont comme �a. Moi, j'avais d�j� mes r�ves. Je ne voulais pas rester � la maison comme un animal. Je voulais devenir infirmi�re. � L'ann�e d'apr�s, alors qu'elle va entrer en premi�re, son p�re lui annonce son intention de la marier.
L'homme choisi a 48 ans. Il offre une dot de 20 000 F. � Je ne voulais pas. Ma m�re a essay� de me soutenir, mais la parole d'une femme ne comptait pas. Alors mon p�re m'a interdit de sortir. Durant sept mois, je suis rest�e recluse � la maison. � Fin 2001, sa tante A�cha, qui vit � Sarreguemines depuis vingt ans, convainc le p�re d'autoriser la jeune fille � venir passer quelques semaines de vacances en France. � Pour la convaincre �, assure-t-elle.
Le stratag�me fonctionne. Arriv�e sous couvert d'un visa touristique, Fatima d�pose une demande d'asile territorial. La r�ponse, n�gative, tombe en juillet dernier. L'arr�t� d'expulsion suit. Interpell�e la semaine derni�re, Fatima passe deux jours en centre de r�tention avant d'�tre lib�r�e et assign�e � r�sidence par le juge. Un premier recours, devant le tribunal administratif, a �chou�. Un deuxi�me, devant le Conseil d'Etat, est lanc�. Fatima n'ose encore perdre espoir. � Je pensais que la France comprendrait �, murmure-t-elle simplement. Elle pense aussi � ses petites s�urs, rest�es au pays, et qu'elle n'a pas revues depuis deux ans. � Pour elles, �a risque d'�tre pareil... et je ne peux rien faire �, se tourmente-t-elle.
(Pascale Egr�)
Commentaire : l�attitude de ces petits fonctionnaires qui appliquent au pied de la lettre les consignes du ministre fait froid dans le dos. Elles doivent nous rappeler que Maurice Papon se d�fendit en argumentant de la m�me mani�re : il ne faisait qu�ob�ir aux ordres en d�portant des familles juives.
Dans le cas pr�sent, l�attitude de la pr�fecture est odieuse m�me si elle est l�gale. C�est en appliquant la loi sans humanit� qu�on la rend insupportable. Fatima doit rester en France pour une simple raison de c�ur � d�faut d��tre de raison. Allez, monsieur Sarkozy, on a vraiment appr�ci� votre mani�re de d�battre. Mais, l� pour reprendre vos termes, il s�agit de r�el. Une gamine ne veut pas �tre viol�e � l�galement �. Emp�cher cette horreur est d�sormais de votre fait. Est-il vrai que les politiques ont aussi un c�ur ? Oui ? Alors d�montrez-nous que c�est exact.
|
|