Yvan Colonna refuse de parler au juge d'instruction mais ses pompes parlent
Nov 22, 2003
Yvan Colonna, le tueur pr�sum� du pr�fet Claude Erignac, a refus� vendredi de r�pondre aux questions du juge antiterroriste Gilbert Thiel lors d'une audition au palais de justice de Paris pour protester contre la "violation de ses droits de la d�fense", ont annonc� ses avocats.

Cette audition, la troisi�me depuis son interpellation le 4 juillet, a notamment port� sur l'�ventuelle implication d'Yvan Colonna dans l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella (Corse-du-Sud) le 6 septembre 1997, ont-ils pr�cis�.

"Il a expliqu� de mani�re courtoise pourquoi il refusait de r�pondre, en raison de l'atteinte tr�s grave � ses droits de la d�fense", a d�clar� Me Philippe Dehapiot avant de pr�ciser que Colonna avait d�nonc� ses conditions de d�tention et la saisine d'une lettre d'un de ses avocats trouv�e lors d'une fouille dans sa cellule.

Colonna, qui est incarc�r� � la maison d'arr�t de Fleury-M�rogis (Essonne), a �t� escort� par quatre gendarmes mobiles vers 10h15 dans le bureau du juge.

Cheveux d�sormais ras et barbe naissante, le "berger de Carg�se", menott�, �tait v�tu d'un surv�tement et de chaussures de sport noires et avait le teint p�le et les traits tir�s.
Yvan Colonna, assassin pr�sum� du pr�fet de Corse Claude Erignac en f�vrier 1998, a refus� vendredi de r�pondre aux questions du juge d'instruction Gilbert Thiel, en invoquant une "violation des droits de la d�fense", ont fait savoir ses avocats.

"Yvan Colonna a refus� aujourd'hui de r�pondre aux questions du juge Thiel car il s'est pass� il y a deux jours quelque chose de gravissime. Des fonctionnaires de l'administration p�nitentiaire et des policiers ont consult� les courriers envoy�s par ses d�fenseurs et une lettre a �t� saisie", a expliqu� Me Philippe Dehapiot aux journalistes.

Yvan Colonna est reparti du palais de justice en souriant et en faisant un signe de la main aux journalistes.

Arr�t� le 4 juillet en Corse et incarc�r� actuellement � Fleury-M�rogis, il devait �tre interrog� sur l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella, affaire dans laquelle il est mis en examen.

Dans la nuit du 5 au 6 septembre 1997, un commando avait pris en otages deux gendarmes, fait sauter les b�timents de la brigade et d�rob� deux armes, dont celle qui devait servir � tuer le pr�fet Erignac le 6 f�vrier 1998 � Ajaccio.

Me Philippe Dehapiot a annonc� son intention de porter plainte pour "violation du secret des correspondances" � propos de la lettre saisie en d�but de semaine par la police dans la corbeille de la cellule d'Yvan Colonna.

Le parquet a ouvert une enqu�te pr�liminaire sur cette lettre r�dig�e par Me Antoine Sollacaro, autre avocat de l'assassin pr�sum� du pr�fet. En effet, elle porte des chiffres qui semblent suspects au procureur.

Me Dehapiot a expliqu� � la presse qu'il s'agissait simplement des horaires retenus par Yvan Colonna pour se livrer � ses exercices physiques en prison.

Yvan Colonna n'a toujours pas fait la moindre d�claration sur les faits qui lui sont reproch�s mais, par le truchement de ses avocats, il a clam� son innocence dans la presse.

Le 5 juillet, lors de sa premi�re audition dans l'affaire Erignac, il avait �t� interrog� uniquement sur sa personnalit�, puis sur son emploi du temps entre sa "disparition" le 29 mai 1999 et son interpellation.

En revanche, les avocats ont multipli� les proc�dures contre les juges et sur des questions de forme, demandant notamment jusqu'en cassation sa remise en libert�, en affirmant que le mandat d'arr�t d�livr� en 1999 n'�tait pas juridiquement valide.

Le berger de Carg�se explique en effet qu'il n'a jamais �t� en fuite, mais qu'il a pris simplement du "recul". La Cour de cassation a rejet� ses arguments le 30 octobre, mais ses avocats ont imm�diatement d�pos� une nouvelle demande de lib�ration, dont l'examen est en cours.

Le myst�re de la lettre chiffr�e a donc �t� r�solu et ce gr�ce aux avocats de l�homme le plus surveil� de France. Il s�agissait du nombre de pompes effectu�es par le prisonnier de Fleury. Grotesque et ridicule � la fois. Oui mais la v�rit�, la m�me que celle relevant de la d�claration du ministre de l�int�rieur relative � la t�te du FLNC arr�t�e il y a quelques jours ;

En fait, il semblerait qu�Yvan Colonna ait �t� traumatis� par les �crits des journalistes relatifs � sa prise de poids. Il a d�cid� d�y rem�dier avec volont� en s�imposant des centaines de pompes par jour. N�ayant trouv� que l�insipide lettre de Ma�tre Sollacaro pour y noter ses performances, il y a inscrit le nombre de pompes puis a jet� le mot � la poubelle. Ce geste a �t� remarqu� par un surveillant qui a aussit�t pr�venu la direction qui a pr�venu le magistrat qui a ordonn� une perquisition. On lira avec int�r�t l�article du Monde. Au fait saviez-vous que tous les parloirs sont � sonoris�s � par l�administration y compris les parloirs d�avocat ?

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Ci-dessous un article du Monde dat� du 21-11-2003

Quand les pompes d'Yvan Colonna font craindre une tentative d'�vasion


Yvan Colonna a mal au dos, et au genou. Alors, dans sa cellule de Fleury-M�rogis, o� il est plac� � l'isolement, l'homme qui est soup�onn� d'avoir assassin� le pr�fet Claude Erignac le 6 f�vrier 1998 se soigne � l'hom�opathie et pratique des exercices de musculation. Il fait des pompes et s'assied "en chaise", cuisses en �querre, le dos au mur. Apr�s chaque s�rie d'abdos � quatre-vingt-cinq �, il retourne � sa table, gribouille un carr�, barr� d'une croix, et note l'heure, en dessous. Par exemple, au verso d'une lettre d'un de ses avocats, Me Philippe Dehapiot, ou encore sur la lettre � et au dos de l'enveloppe � re�ue, le 15 octobre, de Me Antoine Sollacaro.

Encore faut-il le savoir. Et le croire. Mardi 18 d�cembre, le membre du personnel d'entretien du centre de d�tention de Fleury qui vide les poubelles est intrigu� par ces �tranges signes cabalistiques, au dos d'une lettre �crite � en corse �, par Me Sollacaro, et d�chir�e en mille morceaux, r�v�lait, jeudi 20 novembre, Le Parisien. Et s'il s'agissait d'une tentative d'�vasion ? On n'est jamais trop prudent. Le directeur de la prison pr�vient la Division nationale antiterroriste (DNAT), qui appelle le parquet antiterroriste de Paris. � 22 heures, Yvan Colonna voit d�barquer deux commissaires de la DNAT, la substitut du procureur, Mme Florence Michon, Philippe Lucet, secr�taire de l'ordre des avocats, et une petite dizaine de surveillants. Me Fabrice Orlandi est venu pour traduire la lettre, mise sous scell� ferm�. "Seuls les avocats ont lu la lettre", pr�cise Me Lucet.

SILENCE RADIO

Cette derni�re ne contient, � vrai dire, aucune information bouleversante. L'avocat explique � Yvan Colonna, qui a vu deux fois son fils mais n'a pas droit aux visites de sa famille, qu'il a demand� pour lui son abonnement � Corse-Matin. Il lui raconte qu'il a �crit � "Pujadas" � le pr�sentateur du journal de 20 heures sur France 2 �, comme le lui avait demand� le prisonnier, parce qu'il avait �voqu� son client, le 28 ao�t, en parlant d'un "meurtrier". Il lui indique aussi que Me Dehapiot lui expliquera comment "faire valoir les r�tractations de ceux qui ont �t� jug�s"pour l'assassinat du pr�fet, en juin 2003 � les avocats d'Yvan Colonna vont demander que soit vers� au dossier le proc�s-verbal d'audience au cours duquel le "commando" l'avait mis hors de cause. "Ti basgiu, a prestu" (je t'embrasse, � bient�t), conclut Me Sollacaro � son "caru Yvan".

Yvan Colonna, qui dormait d�j�, est fascin� par l'impressionnant dispositif de visiteurs venu examiner ses carr�s � et la lettre en corse. "Vous �tes des guignols !", lance Yvan Colonna aux hommes de la DNAT. Ses avocats parisiens n'ont pas non plus appr�ci� la saisie de cette lettre. "Nous consid�rons qu'il a �t� victime d'une tentative d'intimidation, explique Me Pascal Garbarini. Le secret de la communication est un des principes incontournables de la profession d'avocat. Par ailleurs, je rappelle que la loi n'impose pas d'�crire en langue fran�aise � un client."

Ils ont donc d�cid� de porter plainte pour violation du secret professionnel avec constitution de partie civile pour le compte de leur coll�gue ajaccien, Me Sollacaro. Quant � Yvan Colonna, qui devait �tre entendu, vendredi 21 novembre, par le juge antiterroriste Gilbert Thiel, il r�p�tera qu'il est innocent, mais, suite � cet incident, refusera "toute d�claration compte tenu de l'absence de garanties d'un exercice loyal des droits de la d�fense". Silence radio.

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