Une interview de Paul Natali
Nov 22, 2003
Tr�s sulfureux responsable de l�UMP en Haute Corse, Paul Natali a �t� implicitement d�savou� par Jean Baggioni. Il r�pond aux questions de Corse Matin sur le mode malin.

- D��u de ne pas avoir �t� suivi dans votre amendement sur le mode de scrutin?

- J�ai d�fendu une position qui visait � introduire plus d'exigences pour aller dans le sens d'une repr�sentation plus �quitable des territoires et des populations. Augmenter le seuil pour �tre pr�sent au second tour des territoriales, augmenter la prime � la liste arriv�e en t�te, c'�tait pour moi servir l'int�r�t de la Corse. Je ne souhaite pas favoriser une quelconque exclusion mais, au contraire, encourager les rapprochements d�s le premier tour et dans la plus grande clart� entre des personnes et des groupes de sensibilit� voisine. Cela devait concourir � l'av�nement d'une majorit� territoriale stable, solide et soud�e.

Je serais d��u si, demain, la coh�rence et le succ�s n'�taient pas au rendez-vous du scrutin. Comme je serais d��u si l'on n'assistait pas � un renouvellement du personnel politique. Cela est possible avec la parit� dont je me r�jouis sinc�rement mais aussi avec l'int�gration des jeunes qu'il faut encourager car elle est porteuse de progr�s.

- Le ministre de l'int�rieur a sembl�, au S�nat, quelque peu irrit� contre les responsables de l'UMP en Corse. Vous vous sentez vis�?

- Je ne le pense pas. Le r�le du parlementaire est de proposer des �volutions qu'il consid�re utiles. Mais vous comprendrez bien que je ne sois pas un adepte du bras de fer avec mes propres amis. Puisque la divergence sur ce point subsistait, je me suis rang� � la position du repr�sentant du gouvernement que je soutiens. Personnellement, j'ai toujours servi loyalement et je pense efficacement, ra cause du camp politique auquel j'appartiens. Je continuerai � le faire au nom des convictions qui sont les miennes en soutenant activement la politique du Pr�sident de la R�publique.

- Pensez-vous avoir les bons arguments pour faire taire toutes les querelles?

- Il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir mais il serait regrettable de ne rien entreprendre ou de se r�fugier dans le non-dit. D'autres que moi, et ils sont nombreux, surtout chez nos �lecteurs et nos amis �lus
de base, partagent le m�me souci d'union. Je consid�re qu'il y a suffisamment de travail et de responsabilit� au niveau r�gional et d�partemental pour que la raison pr�vale. Nous ne sommes pas dans une situation de blocage o� chacun camperait sur des positions intangibles. C'est pourquoi j'ai de bonnes raisons d'esp�rer. On oublie parfois que c'est la famille lib�rale qui est majoritaire en Corse. Alors, pourquoi laisserait-on le champ libre � des coalitions h�t�roclites qui, si l'on n'y prend garde, pourraient se retrouver au pouvoir sans d�tenir la l�gitimit� populaire ?

- Que comptez-vous faire, maintenant?

- Justement, je profite de l'occasion qui m'est donn�e ici pour interpeller amicalement, mais aussi solennellement, tous mes partenaires politiques qui exercent, � diff�rents niveaux, une part de responsabilit�. Je les invite, m�me, � se r�unir autour d'une table, dans le seul souci de concevoir une d�marche unitaire. Les diff�rents contacts que j'ai �tablis, � cet effet, me laissent penser que l'on peut se retrouver sur l'essentiel. Je suis d'autant plus libre de proposer cette concertation que, personnellement, je ne revendique rien d'autre que la possibilit� d'�tre utile � ma famille politique. Dans les prochains jours, je prendrai l'initiative de cette concertation. Je pense que d'aucuns accepteront ce r�le de m�diation.

- La situation actuelle de la Corse ne vous para�t-elle pas imposer d'autant plus cette d�marche unitaire?

Nous sommes dans une situation contrast�e : les perspectives d'avenir sont relativement encourageantes si l'on sait s'organiser de fa�on coh�rente autour du PEI.

Il faut surtout que l'on donne toutes ses chances � la Corse, dans le respect des opinions et des origines, de se d�velopper comme une r�gion moderne et d�mocratique. Toute notion de, contrainte pouvant peser sur les, personnes et sur les biens doit dispara�tre en tant que mode d'expression politique. Malgr� la nouvelle tr�ve qui vient d'�tre annonc�e, subsiste le sentiment d'une menace toujours. possible. J'ai personnellement,; et ma famille avec moi, trop souffert de la violence pour ne; pas compatir avec tous ceux qui
en sont les victimes et ne pas: comprendre leur traumatisme.: Mais, malgr� tout, l� comme, ailleurs, je continue d'esp�rer.

- Votre sentiment sur le retrait de Jean Baggioni avec lequel vous n'aviez pas les meilleures relations?

- S'il est vrai que des divergences de vue nous ont parfois conduits � des strat�gies diff�rentes, il n'en demeure pas moins que j'�prouve le plus grand respect pour l'homme et que, le plus souvent, nous nous sommes soutenus mutuellement. Mais en politique comme dans la vie, chacun agit selon sa nature, son temp�rament et les sollicitations de ses amis. Cela n'appelle pas d'autres commentaires. En revanche, le fait que l'actuel pr�sident de l'Ex�cutif ait annonc� qu'il passait la main doit nous conduire � prendre en compte cette nouvelle donne avec s�rieux et la volont� d'organiser l'avenir avec efficacit�.

- Pr�nez-vous le rassemblement derri�re Camille de Rocca Serra ou bien avez-vous l'intention de b�tir une autre liste � droite ? Sur ce point, il semblerait que vous ayez pris vos distances avec Jos� Rossi...

- Je ne veux pr�juger de rien en la mati�re, je ne veux �carter quiconque ni proc�der � je ne sais quelle d�signation. Je n'ai pas l'autorit� ou la l�gitimit� pour proc�der de la sorte. J'entretiens avec les personnalit�s que vous citez les meilleures relations possibles et elles le savent. A vrai dire, rien n'est fig� et je dirais m�me mieux, tout est possible ! En ce qui me concerne, je n'ai pas d'autres ambitions que de faire gagner mes couleurs. Cela me conf�re une totale libert� de comportement mais m'invite aussi � observer la situation avec tout le s�rieux qu'elle requiert. Veut-on regarder vers l'avenir et privil�gier les vrais probl�mes en s'extrayant des querelles de personnes ou de chapelles ? Voil� la vraie question.
(Propos recueillis par Jean-Marc RAFFAELLI)


Un article du quotidien Le Monde relatif � l��tat de la droite en Corse :

La droite corse aborde tr�s divis�e les �lections r�gionales de 2004


Au moins quatre listes devraient �tre en concurrence en mars prochain.

Le d�put� et maire (UMP) de Porto-Vecchio (Corse-du-Sud), Camille de Rocca Serra, peut-il s'imposer comme le chef de file de la droite insulaire pour les r�gionales de mars 2004 ? Les signes favorables se sont en tout cas accumul�s au cours des derniers jours. Jean Baggioni, le pr�sident de l'ex�cutif territorial (divers droite), a d�clar� au quotidien Corse matin du 15 novembre qu'il se retirait de la vie politique, intronisant, en un vibrant plaidoyer, M. de Rocca Serra comme son successeur. Il "m'appara�t le mieux � m�me de conduire notre liste, indiquait M. Baggioni. J'appr�cie sa loyaut� et son �l�gance intellectuelle. C'est un homme exp�riment�, au charisme affirm�".

Mercredi 19 novembre, le maire de Porto-Vecchio �tait le convive de Jacques Chirac lors d'un d�jeuner auquel participaient plusieurs d�put�s de la majorit�. Il en a profit� pour glisser au pr�sident de la R�publique quelques mots sur la Corse et r�clamer au chef de l'Etat son aide pour d�fendre la cause de l'�conomie insulaire � Bruxelles. Et il lui a rappel� que les Corses �taient "tr�s d�sireux" de le recevoir sur l'�le. "Il n'a pas �cart� la possibilit� d'une visite, raconte M. de Rocca Serra, mais elle ne se fera pas avant les �lections r�gionales."

En d�pit de ce double soutien de Jacques Chirac, M. de Rocca Serra est d'ores et d�j� certain d'affronter au premier tour une concurrence � droite. Mais aussi une liste unique des partis nationalistes, qui pourrait devancer l'ensemble des listes rivales au premier tour. Le 13 novembre, la principale formation clandestine de l'�le, le FLNC-Union des combattants, a d�cr�t� une tr�ve des attentats "sans condition de temps ni de lieu", ouvrant ainsi la voie � la constitution, comme en 1992, d'une liste unique pour les �lections de mars 2004.

La perspective d'un bon score des nationalistes n'a pas fait taire pour autant les ambitions � droite. Au moins quatre listes, auxquelles il faut ajouter celle du Front national, pourraient briguer le vote des �lecteurs. Outre celle de M. de Rocca Serra, trois autres listes devraient figurer au premier tour du scrutin : celle de Jos� Rossi (UMP), le pr�sident de l'Assembl�e territoriale sortante, �galement candidat aux cantonales � Ajaccio ; celle de J�r�me Polverini, qui s'�tait impos� � droite comme le seul partisan officiel du "non" au r�f�rendum du 6 juillet sur la cr�ation d'une collectivit� dans l'�le ; et celle de Philippe Ceccaldi.

Cette abondance de candidature au sein de la droite explique, pour une part, que l'UMP n'a pas d�sign� de chef de file dans l'�le, comme dans les vingt et une autres r�gions fran�aises. Des militants et des responsables locaux risquent, en effet, de figurer sur l'une des quatre listes en concurrence. Elle peut aussi expliquer les ultimes vell�it�s de M. de Rocca Serra, qui ne s'est pas encore d�clar� officiellement, m�me s'il tient d�j� un discours de candidat. "La Corse a besoin de renouvellement, dit-il. Elle exige une action politique forte. Elle n'a rien � redouter du rassemblement des nationalistes. C'est une union de fa�ade � vis�e purement �lectoraliste."

Pour sa part, M. Rossi n'a plus d'h�sitation. "Je me pr�senterai sur la d�fense du bilan de l'Assembl�e sortante", affirme-t-il, sans vouloir faire de la division un drame. Elle est induite, selon lui, par le mode de scrutin sp�cifique � l'�le, qui facilite le maintien au second tour des "petites listes". Le souci de ne pas les faire dispara�tre du paysage politique explique que le gouvernement n'ait pas appuy� l'alignement du scrutin insulaire sur celui du continent. "Il faudra, de toute fa�on, se rassembler au second tour", se rassure M. Rossi. Il a cependant un regret : "Dans ma famille, il n'y a pas beaucoup de d�bat."

A Paris, la situation est observ�e avec prudence. R�serve des responsables nationaux de l'UMP, refus proclam� du ministre de l'int�rieur, Nicolas Sarkozy, de prendre position sur la constitution des listes. En charge du dossier corse au sein du gouvernement, il ne souhaite indisposer aucun de ses interlocuteurs politiques locaux, et donc ne pas s'immiscer dans les jeux complexes de la droite insulaire. En Corse, les candidats de la droite aux r�gionales se consolent en observant la situation � gauche. Elle n'est ni plus simple ni plus unitaire. Quatre ou cinq listes pourraient s'en r�clamer.
(Pascal Ceaux, Le Monde 22.11.03)

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