Il a commenc� par quelques touches avec les journalistes cens�s l�interroger. Lui se blottissait patelin dans son fauteuil, petit format, oreilles de diablotins et grande cravate cachant l�embonpoint du bourgeois de Neuilly. Parfois la cam�ra pointait son �pouse et la fille de cette derni�re, groopies d�embl�e acquise � l�artiste de poche.
Des journalistes il n�a fait qu�une bouch�e, trop modeste pour �tre honn�te, rendant des hommages tellement appuy�s au premier ministre que �a en devenait g�nant.
Puis il y a eu les intervenants, des intervenants de taille. Le premier d�entre eux, le maire socialiste de Lyon, G�rard Collomb, a donn� l�impression de dig�rer au sortir d�un repas trop arros�. Il bredouillait se f�chait � contre temps, bref ne tenait pas la route. Retrait du permis de conduire. C�est simple, il endormait son public et rendait son propos relatif � une demande de policiers et � des millions pour ses transports, totalement incompr�hensibles. Sarkozy l�attendait au d�tour d�un hoquet angoiss� et d�un coup de patte le renvoyait dans ses buts. Path�tique.
Deuxi�me challenger : Tariq Ramadan, le dialecticien musulman accus� r�cemment d�antis�mitisme et de double langage. On avait d�conseill� � Sarkozy de l�affronter. Il a maintenu le pari de le d�masquer. D�j� en premi�re partie, le ministre de l�int�rieur avait affirm� ses positions sur les musulmans de France, son ouverture, sa volont� de pr�ner la �discrimination positive�. Oui, il nommera des hauts fonctionnaires musulmans. Non, il n'est pas favorable � une loi sur le voile...
Tariq Ramadan est un homme brillant. Il plante ses rep�res histoire de montrer qu�il est chez lui. Il affirme sa �condamnation absolue� de l'antis�mitisme. Sarkozy est poli et lui dit son d�saccord. Puis soudain il sort son atout. Il a un fr�re qui justifie la lapidation des femmes adult�res et lui-m�me semble ambigu par rapport � la violence exerc�e sur les �pouses par les maris. Ramadan h�site. Il ne veut pas se d�savouer aupr�s de sa communaut�. Et c�est justement l� que voulait l�amener le ministre. Il r�clame un �moratoire� � propos de la lapidation mais se refuse � demander sa disparition! Dans la salle la femme de Sarkozy s�indigne. Apr�s cela, l'intellectuel musulman est fini. Exit Ramadan. Chapeau l�artiste.
Christophe Aguiton est repr�sentant d'Attac. Sarkozy sait qu�il est un militant de la LCR mais n�en dit mot. L� encore il l�attend au coin du bois. Et soudain, tandis que l�autre se r�pand dans un discours d�intention g�n�raliste, il le coupe. Aguiton a eu le malheur de d�plorer que le nombre de d�tenus augmente. Sarkozy lui demande s�il est pour les violeurs de petites filles, pour les agresseurs de vieilles dames. Aguiton bafouille r�pond que non. Sarkozy se f�licite qu�Aguiton soit d�accord avec lui. Aguiton est fichu. Il bl�mit, proteste. C�est fini.
Vient ensuite LePen qui, � son habitude, se pr�sente en victime du syst�me Sarkozy lui reproche de �remonter toujours � Mathusalem� mani�re habile de le pr�senter comme un vieux. Un gros plan cruel montre ses mains frip�es, ses traits affaiss�s de bull dog. Le Pen s�emporte : il a tort. Nicolas Sarkozy enfonce le clou : �Vous �tes all�, monsieur LePen, dans une capitale ch�re � mon c�ur: Budapest. Et, l�, vous avez particip� � un rassemblement avec le vice-pr�sident d'un mouvement d'extr�me droite qui a lanc�: �Il faut parquer les juifs!� Vous n'en avez pas assez de fr�quenter ces gens-l�?�
Le Pen r�pond sur la pr�f�rence nationale. Sarkozy va plus loin. Il parle de son p�re, cet �tranger et en rajoute. Sa m�re avait un p�re lui aussi �tranger. Le Pen ne sait plus quoi dire. Sarkozy frappe encore plus fort. Il met au d�fi Le Pen de parler concret. �Citez-moi un seul quartier o� je ne suis pas all�.� Le Pen en bave de rage, fait un petit tour puis s�en va. Vingt sur vingt pour Sarkozy avec un syst�me identique pour pi�ger ses adversaires : les accuser de parler quand lui agit.
Entre-temps, il aura avou� ne penser qu�� �a : les pr�sidentielles et � pas seulement quand je me rase�. Il a assur� s�attacher pour l'instant � �gravir une montagne immense�, c'est-�-dire ses chantiers de ministre de l'Int�rieur.
D�loyal avec Jean-Pierre Raffarin ? Sarkozy se dit �compl�tement solidaire� du Premier Ministre et affirme �Je suis le num�ro deux, il est le num�ro un. Quand quelqu'un marque des buts dans une �quipe, qui peut penser que �a ne sert pas � l'arriv�e le capitaine ?�
�Au minist�re de l'Int�rieur, j'ai tant � faire. Si je ne gravis pas cette montagne, il n'y a aucune chance que je puisse en monter une autre.� �Ce n'est pas moi qui suis populaire, c'est ce que je fais�, insiste-t-il. Pour conserver son capital de sympathie, Nicolas Sarkozy s'est donc concentr� sur ses dossiers. Avec le zeste de modestie qui lui permet d'�chapper au reproche d'arrogance. Sur la Corse : �Fallait-il que je m'ent�te dans une politique qui ne marche pas ?� Sur la s�curit� : �Je ne pr�tends pas tout r�ussir, mais au moins j'aurai essay�.� Sur la la�cit� encore, o� il a confirm� ses r�serves sur une loi : �Je ne suis pas si s�r d'avoir la v�rit� que je refuse la v�rit� des autres ; ce que le pr�sident d�cidera s'imposera.� Comme sur la question de l'entr�e de la Turquie dans l'Union europ�enne. Sur ce point encore, il s'est dit �r�serv�.
Nicolas Sarkozy estime toujours que le probl�me du voile � l'�cole ne doit pas �tre r�gl� par la loi mais a fait acte d�all�geance � son � patron : �C'est le pr�sident de la R�publique qui d�cidera, et sa d�cision s'imposera.�
� propos de la Corse il a su trouver le ton juste sans utiliser les Corses comme repoussoir.
�Il y a cinquante-deux terroristes corses qui sont en prison depuis que je suis ministre, et �a va continuer !� Nicolas Sarkozy a confirm� hier soir, sur le plateau de France 2, la poursuite de sa politique corse, en rappelant qu'il avait deux objectifs pour l'�le � son arriv�e place Beauvau : �arr�ter Yvan Colonna� et �donner la parole aux Corses�.
�voquant l'�chec du r�f�rendum du 4 juillet, il a r�p�t� qu'il avait �sous-estim� le fait qu'en Corse il y a des gens qui ont peur parce que, depuis trente ans, l'Etat laisse consciemment ou inconsciemment un certain nombre de mafieux faire r�gner une forme de terreur sur l'�le�. Un syst�me mafieux dont �les Corses sont les premi�res victimes et pas les premiers coupables�.
Concernant le nationaliste Charles Pieri, vis� par une enqu�te financi�re, le ministre a remarqu� qu'�un juge s'occupe de lui�, avant de conclure : �On ne combat pas les terroristes avec des m�thodes de terroristes.�
Nicolas Sarkozy a donc �tonn� par son savoir faire et sa ma�trise de l�outil m�diatique. Il s�est impos� comme le seul homme politique fran�ais � donner l�impression de parler juste. Mieux, il est parvenu � ne laisser � ses interlocuteurs que le bafouillage ou la langue de bois.
Bravissimo. M�me si on sait en nous m�me que cet homme est tellement habile qu�il ne peut �tre sinc�re. Mais de toute la bande des faux-culs de droite et de gauche, d�extr�me-droite et d�extr�me-gauche, il est bien le meilleur. Faudra le faire empailler !
Ci-dessous un article du Figaro sur la haine que lui voue le camp chiraquien.
Les chiraquiens ne pardonnent rien � �l'aventurier de la politique�
Le num�ro deux du gouvernement fascine autant qu'il exasp�re les fid�les du chef de l'Etat. Avant l'�mission d'hier soir, ils ne m�nageaient pas leurs critiques par Anne Fulda
�Ah bon, Bernadette Chirac dit que je suis un �petit salaud qui a du talent� ? Pourquoi petit ? C'est injurieux.� C'est une boutade lanc�e r�cemment par le ministre de l'Int�rieur, mais elle est r�v�latrice du temp�rament de Nicolas Sarkozy.
�Petit salaud qui a du talent�, la phrase refl�te en tout cas les sentiments contrast�s de bien des chiraquiens � l'�gard du ministre de l'Int�rieur. S'ils s'inclinent devant son �talent� � Fran�ois Baroin, chiraquien pur sucre, estime ainsi que certains de ses d�tracteurs �feraient mieux d'en avoir autant� �, les fid�les du pr�sident de la R�publique ne mettent g�n�ralement pas longtemps � d�gainer lorsqu'on �voque devant eux le nom du ministre de l'Int�rieur.
Il faut dire que l'exemple vient d'en haut. Jacques Chirac a beau recevoir deux fois par mois l'ancien maire de Neuilly, la bonhomie qu'il affiche � son �gard n'est qu'apparente. Le pr�sident de la R�publique sait tr�s bien embrasser pour mieux �touffer. Et tout le monde en convient, Sarkozy le premier, son attitude plus conciliante qu'il y a quelques mois n'annonce en rien une future nomination � Matignon. �Chirac n'est pas un sentimental, s'il me nomme � Matignon, c'est que �a va vraiment mal ou que �a va trop bien pour moi�, estime en priv� l'occupant de la Place Beauvau.
Dans ce contexte, et alors que, comme l'analyse l'un de ses proches, �Chirac ne veut surtout pas voir sa succession ouverte et bloquera tant qu'il le pourra l'acc�s de l'UMP � Sarkozy pour prot�ger Jupp�, certains chiraquiens jugent �ind�cente� la mani�re qu'a le ministre de l'Int�rieur de briguer ouvertement la place de Jean-Pierre Raffarin tout en �cognant� sur lui. D'autres s'agacent de l'entendre critiquer la plupart de ses coll�gues sans am�nit� et de les traiter �d'imb�ciles�. R�sultat : ils tentent de dresser une esp�ce de cordon sanitaire afin de circonscrire tant bien que mal l'influence de �Sarko�, soulignant qui ses faiblesses, qui ses fautes.
Il y a le temp�rament d'abord, cette mani�re brutale d'afficher ses ambitions, de se comporter �comme un aventurier de la politique�, comme le d�plore Pierre B�dier. Le secr�taire d'Etat aux Programmes immobiliers a une dent contre Nicolas Sarkozy, car il est convaincu que celui-ci n'est pas pour rien dans ses d�boires avec la justice, qui l'ont contraint � ne plus briguer la pr�sidence du conseil r�gional d'Ile-de-France. �Le candidat de Sarko en Ile-de-France, c'est Huchon�, l�che-t-il, avant de regretter que Sarkozy �ne vive qu'� l'imitation et n'ait aucune personnalit�. C'est un m�tissage de Chirac, Balladur, Jupp�, Mitterrand. La seule question, c'est de savoir s'il n'est pas pris dans un pi�ge abominable : Sarko arrive � un moment o� sa boulimie politique n'est plus au go�t du jour. Sera-t-il le �dernier des Mohicans� ou Chirac le sera-t-il ? Est-il le plus jeune des vieux ou le plus vieux des jeunes� ?
L'ambition d�vorante de Sarkozy, cette mani�re de tout lire � travers le prisme du pouvoir, cette obsession d'arriver � l'Elys�e, reviennent comme un reproche r�current chez les amis de Jacques Chirac. Un autre ministre chiraquien, � qui l'on demande pourquoi l'h�te de la Place Beauvau est � ce point oppos� � une loi sur le voile, que semble pourtant r�clamer la majorit� des militants UMP, lance : �La position de Sarkozy sur le voile n'a absolument rien d'�tonnant. Sarkozy ne pense qu'� une chose : devenir pr�sident de la R�publique. En prenant cette position, il esp�re ramasser les cinq millions de voix des Fran�ais d'origine musulmane.�
D'autres chiraquiens, qui citent au passif du ministre la gestion du dossier corse, ne cachent pas leur scepticisme sur la mani�re dont le ministre de l'Int�rieur a mis sur pied l'organisation de l'islam de France. �Il n'�tait peut-�tre pas n�cessaire de faire des gestes tr�s appuy�s vis-�-vis de la branche tr�s radicale de l'islam, il n'�tait pas non plus indispensable de se rendre � l'UOIF�, note un parlementaire chiraquien. Avant d'ajouter : �Sarkozy joue un jeu dangereux. Parler, comme il l'a fait lors de son d�placement dans le Loir-et-Cher, de sa volont� de voir nommer des pr�fets d'origine musulmane est une erreur grave. C'est entrer dans une logique communautariste.� Fran�ois Baroin pense, lui, que c'est �un mauvais proc�s d'accuser Sarkozy de communautarisme�. En revanche, il est sceptique sur la n�cessit� qu'il y avait � d�battre avec Tariq Ramadan, hier soir, sur France 2 : �C'est faire le jeu de Ramadan, lui offrir une tribune inesp�r�e. Que Sarkozy, ministre de l'Int�rieur, accepte de d�battre avec lui donne plus d'importance.�
Enfin, certains chiraquiens reprochent au ministre ses �liaisons dangereuses� avec Fran�ois Bayrou. �Sarkozy, regrette ainsi un d�put�, est totalement �maqu� avec Bayrou. Il ne cesse de le montrer. Il nous fait une reconstitution de ligues dissoutes : � Bayrou l'UDF, � lui le RPR.� Les deux hommes, tout comme Alain Madelin et Philippe S�guin, avec qui le ministre de l'Int�rieur entretient d'excellentes relations, tout comme Laurent Fabius aussi, ont en commun un d�sir : ouvrir, enfin, l'�re de l'apr�s-Chirac.
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