Pour la seconde fois depuis qu'il est ministre de l'Int�rieur, Nicolas Sarkozy dispose aujourd�hui sur France 2 de � 100 minutes pour convaincre � de son action en Corse, pour la s�curit�, face � la recrudescence des actes antis�mites ou � propos de la la�cit�. Il va s'attacher � d�fendre son bilan sur fond de conflit larv� entre lui et le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, inquiet de le voir grimper dans les sondages tandis que lui recule.
Il sera encore confront� sur les th�mes de la s�curit� et de l'immigration avec le pr�sident du Front national Jean-Marie Le Pen ce qui permettra � Nicolas Sarkozy d�adopter une position dure qui satisfera la droite de son �lectorat mais aussi de passer pour un humaniste afin de s�duire l��lectorat musulman et juif.
Le quotidien Le Monde a analys� la tactique du ministre de l�int�rieur
Corse, islam : les na�vet�s calcul�es de Sarkozy
Non, M. Sarkozy n'est pas "na�f". Si peu, m�me, que ce qui pourrait appara�tre chez certains ministres comme une gaffe ou un d�rapage, doit toujours, quand il s'agit de lui, �tre jaug� � l'aune des avantages qu'un mot incongru ou une phrase malheureuse pourrait lui rapporter aupr�s de l'opinion.
C'est vrai chaque fois qu'il s'agit des dossiers - infiniment sensibles - qu'il doit r�gler pour gagner ses ultimes galons politiques, et qui lui valent une certaine incompr�hension de Fran�ais peu enclins � tenter de comprendre la diff�rence : l'organisation du culte islamique, et la Corse.
Faisant mine de s'inqui�ter que certaines femmes musulmanes puissent porter le voile sur une photo d'identit�, en avril, devant l'Union des organisations islamiques de France r�unie en congr�s au Bourget, Nicolas Sarkozy s'�tait fait siffler. Accus� par certains de se montrer trop lib�ral avec l'islam - notamment par tous ses pr�d�cesseurs place Beauvau, de Charles Pasqua � Daniel Vaillant -, le ministre n'�tait pas forc�ment m�content de cette bronca, qui avait d�tourn� l'attention du d�bat principal.
De m�me, en portant plainte contre les paroles "antis�mites" du groupe de rap Sniper - ce qui restera � prouver devant la justice -, sans doute veut-il rassurer ceux qui, plus l�gitiment, s'inqui�tent des propos tenus par le th�ologien musulman Tariq Ramadan, avec lequel il dialoguera, le 20 novembre, sur France 2.
La m�me logique pr�side au spectaculaire mea culpa de M. Sarkozy sur la politique qu'il m�ne depuis plus d'un an en Corse. Le num�ro "deux" du gouvernement a avou� avoir eu " la na�vet� de penser qu'une discussion loyale pouvait avoir lieu" avec les nationalistes avant d'avoir �radiqu� de l'�le un "syst�me mafieux" (Le Monde du 30 octobre). Ce faisant, il reconna�t une erreur pour un discours flattant la part croissante des �lecteurs qui souhaitent voir la France larguer les amarres corses.
Ce revirement "jurisprudentiel" refl�te une loi bien connue des gouvernants qui ont � se frotter aux pouss�es de terrorisme ou de nationalisme identitaire. Quand on ne souhaite pas - ou plus - "dialoguer", il y a la place pour deux voies. Soit "surpolitiser" les nationalistes en en faisant les ennemis int�rieurs du pays - c'est le cas de Jos� Maria Aznar avec l'ETA -, soit les d�consid�rer en les criminalisant.
L'AGACEMENT DES FRAN�AIS
Nicolas Sarkozy a choisi la seconde solution. Quitte � faire semblant de d�couvrir ce qu'il savait depuis longtemps : le syst�me claniste de la Corse, la porosit� entre le monde des affaires et certains milieux ind�pendantistes. Et � faire de Charles Pieri l'ennemi public num�ro deux, apr�s l'arrestation d'un Yvan Colonna, h�las ! �clips�e, � ses yeux, par l'�chec du r�f�rendum.
M. Sarkozy a surtout pris la mesure, quoi qu'il en dise, du ras-le-bol qui traverse la France vis-�-vis de la Corse. Une exasp�ration qui a enfl� durant l'�t� et que le ministre n'a pas aid�e � calmer. Contre l'�vidence, son entourage, et m�me le juge d'instruction Gilbert Thiel, M. Sarkozy persiste � consid�rer que le jet de cocktail Molotov contre la gendarmerie du petit village de Luri, d�but septembre, �tait un acte qui relevait de la justice antiterroriste.
Dans un petit recueil, Id�es re�ues sur la Corse (Le Cavalier bleu, 2001), Philippe Franchini citait, au milieu de lieux communs comme "la Corse co�te cher � la France" ou "ils forment une vraie mafia", la phrase d�sormais c�l�bre de Raymond Barre : "Si les Corses veulent l'ind�pendance, qu'ils la prennent !"Nicolas Sarkozy ne pense pas, comme Jean-Luc M�lenchon, que "mieux vaut sauvegarder la R�publique que la Corse". Et n'a jamais �t� pris en flagrant d�lit de corsophobie primaire, tel l'ancien ministre du budget socialiste Michel Charasse. "C'est en tapant � la caisse qu'on les aura. (...) Il n'y a que le fric qui les int�resse", l�chait-il encore le 29 octobre.
M. Sarkozy n'en a pas moins hum� l'agacement croissant des Fran�ais. Dans les toutes derni�res aventures de San Antonio, �a se corse ! (Fayard, septembre 2003), "Sana" dit � "B�ru": "Si j'�tais quelque chose au gouvernement, j'm'arrangerais pour qu'cette putain d'�le obtenasse son ind�pendance. �a nous ferait �a de moins � payer, nous aut'les bons cons tribuab'. Y's'd�merdraient entr'eux, s'laisseraient bouffer par les mafieux, les Ritals ou les Amerlocks ! (...) V'l� le tr�finfonds d'ma pens�e, Sana. Et la majeurit� des Fran�ais, ils pensent pareil que moi.
- Tu raisonnes en blaireau, B�ru !
- Normal : j'suis un blaireau !"
M. Sarkozy est sensible aux �volutions de l'opinion. Il �tait r�ticent � une loi sur le voile. Par id�ologie, mais aussi parce qu'il sait que c'est un bon moyen pour ne pas se mettre � dos les quatre millions de musulmans qui vivent en france, dont deux millions sont des �lecteurs. De m�me a-t-il pris la mesure de l'ab�me qui se creuse entre la Corse et le continent. Il fait mine de s'en inqui�ter, mais s'en accommode. La question de l'ind�pendance, aujourd'hui, n'est plus taboue, constate-t-il. "La Corse ind�pendante, que se passerait-il ?", demandait le 30 octobre Emmanuel Chain dans son nouveau talk-show, "Merci pour l'info", en prime time, sur Canal+. Les Corses sont toujours tr�s majoritairement oppos�s � leur ind�pendance, mais le "corsisme" a gagn� toutes les nouvelles g�n�rations insulaires. Lors de l'inauguration de la nouvelle plaque en hommage au pr�fet Claude Erignac, le 16 octobre, le comit� d'accueil de Nicolas Sarkozy, �g�, endimanch� et m�daill�, avait des allures d'Alg�rie 1958.
Surtout, pour la premi�re fois, seulement 50 % des Fran�ais demeurent partisans d'une Corse fran�aise, d'apr�s un sondage r�alis� les 10 et 11 octobre par Ipsos pour Le Vrai Journal de Canal+. Ils �taient 59 % en ao�t 2000. M. Sarkozy a pris la mesure de ces �volutions de l'opinion. Comme, d'une certaine mani�re, les nationalistes. "Ils ont chang� de strat�gie", a justement analys� le s�nateur radical de Corse-du-Sud Nicolas Alfonsi, lors d'un r�cent d�bat sur France 5 : "Ils ne jouent plus sur les �lections, mais sur la lassitude de la communaut� nationale."
"Le bon sens, enfin", se r�jouissait l'�ditorialiste de l'hebdomadaire nationaliste U Ribombu apr�s que Philippe Bouvard avait demand� en "une" de France-Soir, le 3 ao�t, s'il n'�tait pas "opportun d'accorder leur ind�pendance (...) � des citoyens qui pourrissent la vie quand ils ne donnent pas la mort, qui apr�s nous avoir donn� l'un de nos plus grands monarques bafouent le Code portant son nom, qui pr�nent le droit � l'hospitalit� mais qui dynamitent les r�sidences secondaires, qui r�clament des subventions mais qui refusent d'acquitter l'imp�t, qui tuent le repr�sentant de l'Etat".
Les nationalistes ont applaudi l'animateur des "Grosses t�tes". "La France profonde a parfaitement compris l'�vidence que ses gouvernants refusent toujours de voir : la Corse, ce n'est pas la France", s'est f�licit� U Ribombu trois jours plus tard. Faussement "na�f" � son tour.
A. C.
TOUT LE DOSSIER CORSE
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