Une interview de Paul-Antoine Luciani, responsable communiste de Corse-du-Sud
Nov 18, 2003
Le discours de Nicolas Sarkozy vous a-t-il s�duit?

- Le ministre de l'Int�rieur a effectu�, le 30 octobre 2003, sa dixi�me visite dans notre �le depuis l'installation du gouvernement Raffarin au d�but de l'�t� 2002.
Il est venu recadrer et rectifier la politique gouvernementale que le peuple corse avait d�mocratiquement sanctionn�e le 6 juillet dernier.
La victoire du non a �t� d'autant plus significative qu'elle a �t� remport�e face � une coalition qui semblait irr�sistible le pr�sident de la R�publique, le pr�sident du S�nat, le Premier ministre, l�UMP, la direction nationale du parti socialiste, trois d�put�s corses sur quatre, un s�nateur sur deux, un pr�sident du conseil g�n�ral sur deux, les quatre-cinqui�mes des �lus de l'assembl�e de Corse, le corsisme dans tous ses �tats, le PNC, Corsica Nazione, sans compter de nombreux m�dias�
Il fallait une vraie motivation populaire pour faire �chec � tous ces partis, mouvements, institutions et relais d'opinion coalis�s.
Le ministre de l'int�rieur, qui n'a pas oubli� l'accueil en fanfare (et les chaises en plastique) que les syndicalistes lui avaient r�serv� � l'a�roport de Poretta juste avant le � r�f�rendum �, a dit clairement qu'il saurait retenir les le�ons de ce scrutin sans pr�c�dent.
1 - Il va recevoir les organisations syndicales insulaires car la question sociale est une question centrale �. L'intention est louable, mais nous jugerons l'arbre � ses fruits et ces rencontres � leurs r�sultats concrets.
2 - Il va s'attaquer aux racines financi�res de la violence clandestine et � frapper l� o� �a fait mal : au porte-monnaie �. Les enqu�tes financi�res sur l'argent sale sont absolument n�cessaires, mais elles ne sauraient �tre s�lectives. Elles doivent concerner toutes les formes d'extorsion de fonds et d'enrichissement sans cause, l'affairisme local et ses connexions continentales n'ayant rien � envier, de ce point de vue, au noyau d�voy� de la violence clandestine.
3 - Il va, enfin s'employer � tenir ses promesses �lectorales et avancer dans le r�glement de certains probl�mes structurels, comme la dette agricole... Instruits par l'exp�rience, nous attendrons que ces annonces aient produit des effets tangibles avant de porter un jugement.
Nous avons d'ailleurs rappel� au ministre que la mise en �uvre de certains grands projets d'�quipement rencontrait d'importantes difficult�s. Le tissu �conomique insulaire n'est pas en capacit� d'absorber, � lui seul, le volume de travaux envisag�. La tendance g�n�rale �tant en outre � prot�ger le march� local, les prix s'envolent dans certains secteurs du BTP, ce qui ralentit consid�rablement les proc�dures d'appel d'offres. Le contr�le des prix et la transparence dans la d�pense publique sont une n�cessit� absolue.

Redoutez-vous que les nationalistes r�ussissent leur union?

- L'union au sein d'une famille politique, quelle qu'elle soit, n'a rien de � redoutable �, bien au contraire. Elle signifie que les tensions internes se sont apais�es et, en g�n�ral, cela vaut mieux pour tout le monde.

Mais le probl�me du nationalisme n'est pas qu'il r�ussisse ou non son unification. Son probl�me, c'est son incapacit� � rompre r�ellement avec la violence clandestine. Les groupes radicaux, d�pourvus de toute l�gitimit� populaire, qui s'arrogent le droit de parler � au nom du peuple � et de lui dicter sa conduite, constituent pour la soci�t� corse et pour le nationalisme lui-m�me une menace bien plus s�rieuse que toutes les man�uvres combin�es de l��tat colonial � et du clan. Certains militants sinc�res 'ont dit clairement dans des ivres ou des chansons.

Leur questionnement va plus loin encore puisqu'ils s'interrogent sur ce que peuvent recouvrir, dans le monde d'aujourd'hui, les termes m�me de nationalisme et de mouvement national...

Comment abordez-vous les prochaines �lections?

- Nous avons �t� la seule force politique � rester unie � l'occasion du "r�f�rendum les deux f�d�rations, dirigeants, militants et �lus, ont fait la m�me campagne dynamique et solidaire en faveur du non. Cela nous rend les choses plus faciles aujourd'hui.

Mais les clivages apparus le 6 juillet ne vont pas subsister tels quels � l'occasion des prochaines consultations.

D'abord parce que ces �lections auront une signification nationale. Ensuite parce que les grandes familles politiques vont se retrouver autour de leurs r�f�rences traditionnelles. Enfin parce qu'une aspiration forte � un vrai renouvellement est d�j� perceptible dans la soci�t�.

La parit� va produire de nouvelles �lites. Le maintien des d�partements va compliquer la t�che des candidats qui souhaitaient la disparition des conseils g�n�raux.

Et les tendances observ�es en Corse � l'occasion des l�gislatives 2002 devraient se confirmer r un contexte national plus tendu, une certaine usure du pouvoir local, une aspiration collective � un vrai progr�s social, la mont�e en puissance de forces nouvelles, le refus de plus en plus explicite de la violence clandestine et des pressions affairistes, autant d'�l�ments qui vont influencer le scrutin territorial, autant d'indications quant aux attentes populaires auxquelles il faudra, r�pondre. Face � la" collectivit� unique" et au commandement centralis� o� certains " progressistes " voulaient corseter la vie d�mocratique, il nous faut promouvoir une nouvelle mani�re de faire de la politique : partage du pouvoir et coordination entre collectivit�s, d�termination et solidarit� dans l'action sociale, ambition culturelle, transparence dans la gestion, contr�le de l'argent public. pour r�ussir la mise en �uvre des grandes op�rations d'investissement dont la Corse a besoin et qui aideront � cr�er des activit�s et des emplois nouveaux, voil� quelques pistes" pour faire de la politique autrement, et pour pr�parer l'alternative qui s'impose.

TOUT LE DOSSIER CORSE

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s