France 2 : "Nous n'avons cherch� qu'� comprendre �
Nov 15, 2003
Beno�t Duquesne, grand reporter � France 2, est le r�dacteur en chef de � Compl�ment d'enqu�te � dont les quatre dossiers consacr�s � la Corse ont provoqu� un toll� dans l'�le. La Corse votre hebdo l�a interrog� sur les accusations port�es contre son �mission

Si le sentiment d'amertume laiss� par le magazine � Compl�ment d�enqu�te � est toujours omnipr�sent en Corse, le temps a toutefois fait son oeuvre et un mois apr�s sa diffusion la col�re qu'il avait g�n�r�e a laiss� la place � une forme de r�signation concernant le comportement des m�dias nationaux vis-�-vis de la Corse.

� On ne m'y prendra plus. Il n'y a plus rien � attendre d'eux� assurent aujourd'hui tous ceux qui, dans le cadre de ces reportages sont intervenus au titre de t�moins, la plupart avec la seule motivation d'expliquer leur �le, avec pour unique objectif de faire comprendre certaines choses � l'interlocuteur phare qu'�tait, par l'entremise de cette �quipe de t�l�vision, la � France continentale �.

� leurs yeux, la faillite a �t� totale! Malhonn�tet� intellectuelle, propos d�natur�s, partis pris, sujets orient�s, volont� de nuire, vision caricaturale : les r�actions, au lendemain de cette �mission (voir Corse-Matin du 8 octobre et des jours suivants) ont d�montr� que le foss� s'�tait effectivement un peu plus creus� entre la Corse et la presse nationale.

Un ph�nom�ne qui nous a conduits � savoir ce qu'en pensait � � froid � le r�dacteur en chef de � Compl�ment d'enqu�te �.


Question- Avec le recul quelle est votre r�action au toll� provoqu� en Corse par votre magazine?

Beno�t DUQUESNE : La plus grande surprise, bien �videmment. Non seulement les accusations port�es contre notre travail m'ont paru excessives dans la forme, mais �galement infond�es. Nous avions d�cid� de r�aliser cette �mission du fait que la Corse avait, durant l'�t�, souvent occup� le devant de la sc�ne dans l'actualit� nationale, avec l'arrestation de Colonna, le r�f�rendum et l'affaire de Luri notamment. Mais notre d�marche �tait �galement motiv�e par le sentiment que dans les rapports entre la Corse et le continent l'incompr�hension gagnait du terrain. Notre objectif �tait donc d'essayer d'apporter, sur quatre dossiers, un �clairage de nature � mieux � saisir � le probl�me corse. Ceci, avec l'aide de nos interlocuteurs, invit�s au travers de leurs t�moignages, � expliquer le pourquoi et le comment de la situation.

Q- Le probl�me, justement, est que ces t�moins ont dit avoir �t� d�stabilis�s par l'orientation de vos questions.
B.D : L'�mission existe depuis trois ans. Elle a trait� bien d'autres sujets graves, et jamais ce proc�s ne nous avait �t� fait. Nous avons abord� celui-ci comme les autres, sans parti pris, sans id�es pr�con�ues.

Q- Concernant par exemple le sujet sur Luri, il vous est reproch� de ne pas avoir recherch� les causes profondes de la cassure puis de l'affrontement entre la population et les gendarmes, et de ne pas avoir soulign� la disproportion entre les faits reproch�s et les mesures prises.
B.D: Ce travail d'investigation ne correspondait pas � l'angle que nous avions choisi. Nous avions d'ailleurs pr�cis� au pr�alable � nos interlocuteurs l'orientation que nous donnerions � ce reportage. Il s'agissait de mettre en lumi�re l'�tat d'esprit des gendarmes confront�s � une situation vraiment pas banale. Tout du moins vue de Paris.

Q-Une affaire au retentissement m�diatique bien plus important que l'attaque et la destruction, � Pau quelques jours plus tard, d'un commissariat. Est-ce logique � vos yeux?
B.D : Notre propos n'�tait pas, concernant l'affaire de Luri, de dire qui avait tort et raison, ou quel �tait le degr� de responsabilit� de chaque parti. Ce qui donne en r�alit� � l'affaire de Luri tout son impact m�diatique, c'est la position du conseil municipal! Et c'est elle qui a ainsi orient� notre sujet, nous a conduits � l'aborder sous l'angle de l'affront fait � la gendarmerie. � Pau, l'autorit� communale n'a pas demand� le remplacement des policiers en poste. Je pr�cise maintenant qu'en donnant la parole � M. Susini, nous avons fait en sorte que puissent �tre �galement d�velopp�s les arguments de la population de Luri. Apr�s tout chaque Corse qui s'est exprim� durant ce magazine


orient� notre sujet, nous a conduits � l'aborder sous l'angle de l'affront fait � la gendarmerie. � Pau, l'autorit� communale n'a pas demand� le remplacement des policiers en poste. Je pr�cise maintenant qu'en donnant la parole � M. Susini, nous avons fait en sorte que puissent �tre �galement d�velopp�s les arguments de la population de LurL Apr�s tout chaque Corse qui s'est exprim� durant ce magazine avait quand m�me l'opportunit� de clamer sa v�rit�

Q- Justement, ils disent que leurs propos ont �t� d�natur�s au montage.
B.D Notre travail dans ce domaine s'est op�r� de la fa�on la plus classique qui soit, �tant entendu que nous ne pouvions �videmment pas tout diffuser. Sans pr�tendre faire le tour de la question corse en 90 minutes, notre souci a �t� de retenir, non pas les phrases qui pouvaient nuire � l'image de la Corse comme je l'ai entendu dire, mais simplement celles qui donnaient le meilleur reflet de la r�alit� telle que nous l'avions per�ue, au travers des �v�nements v�cus sur place et des t�moignages enregistr�s.

Q-Savez-vous que des �lus ont demand� � ce que se tienne une session extraordinaire de l'Assembl�e de Corse sur le th�me de la communication, de l'information et de l'image de la Corse v�hicul�e par les m�dias, et que le conseil municipal de I'Ile Rousse souhaite l'ouverture d'une enqu�te parlementaire?
B.D : Je l'ignorais. Et l� encore je suis tr�s �tonn�. J'ai le sentiment que les Corses n'ont retenu de notre magazine que les choses qui n'�taient pas valorisantes � leurs yeux et qu'ils ont occult�es toutes celles qui se voulaient positives, notamment dans le reportage de Lumio. Un travail de cette nature se doit d'�tre jug� dans sa globalit�. Pas seulement en d�non�ant ce qui peu effectivement d�plaire.

Q- N'avez-vous pas le sentiment que votre �mission va dissuader les Corses de s'exprimer � l'avenir, face � une cam�ra ou un micro? Jean Baggioni, lui-m�me, les a encourag�s � ne plus se laisser pi�ger...
B.D: Se renfermer sur soi-m�me serait dommageable. Encore une fois, j'ai vraiment le sentiment que nous n'avons en aucun cas fait preuve de malhonn�tet� intellectuelle vis-�-vis des Corses et plus particuli�rement de ceux qui ont accept� d'�tre nos interlocuteurs. Oui, nous avons pos� des questions d�rangeantes et provoqu� des r�ponses que les int�ress�s eux-m�mes ont eues ensuite du mal � entendre, qu'il ne leur a pas �t� facile d'assumer, je le con�ois. Mais cela �tait n�cessaire pour tenter de comprendre la Corse. Ces questions nous les avons pos�es dans le respect de la d�ontologie. Je dirais m�me en amis, et non dans le but de condamner. Je connais bien la Corse, j'ai pas mal d'amis Corses et mon unique pr�occupation �tait de mieux comprendre, et de mieux faire comprendre la Corse au reste de la communaut� nationale. Mon souhait est maintenant que notre �Compl�tement d'enqu�te � ne devienne pas une affaire en soi et que les explications que vous venez de solliciter de ma part ne contribueront pas � jeter de l'huile sur le feu. Le d�bat doit au contraire �tre d�passionn� car c'est dans le dialogue que se trouve la solution.

Propos recueillis par Jean-Paul CAPPURI

Les th�mes de ces reportages �taient les suivants : Attentats, � qui profite le crime? - Luri : l'affront aux gendarmes - Subventions en eaux troubles - Le silence de Lumio (sur le th�me du r�f�rendum).

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